L’examen des dossiers relatifs au procès des attentats du 16 mai se poursuit sans relâche. D’ailleurs, depuis quelque temps, c’est devenu un rendez-vous du passage quotidien incontournable et à heure fixe ( 9 heures ), des sirènes de police, pour les habitants du quartier où siège la Cour d’Appel de Casablanca. Les magistrats de la Chambre Criminelle de cette Cour travaillent d’arrache-pied pour clore tous les dossiers afférents à ces attentats. Les séances se déroulent à un rythme accéléré. Un agenda très chargé, peut-on ainsi dire, pour ces magistrats en cette période estivale. En ce début de semaine, la salle n°8 de la Cour d’Appel a connu la reprise des dossiers de la nébuleuse Salafia Jihadia impliquée dans les attentats sauvages du 16 mai. Première remarque, les familles des inculpés ont pu finalement avoir, pour la première fois, la permission d’assister aux audiences. Les mesures de sécurité n’ont pas changé. Elles sont strictes et serrées avec le passage au peigne fin des personnes et des objets aussi bien à l’intérieur du Tribunal qu’à l’extérieur où l’on pouvait observer également un attroupement important des familles et amis des inculpés. Ce lundi 28 juillet, quatre théoriciens de la Salafia Jihadia à savoir, Mohamed Fizazi, Miloudi Zakaria, Omar Haddouchi et Abdelkrim Chadili ainsi que trois autres, Mustapha Dabte, Saïd Ghilane et Saïd Aguemir ont comparu devant le juge Lahcen Tolfi. La journée a débuté avec l’examen du dossier de ces inculpés qui n’ont pratiquement fait que passer à la barre des accusés derrière la barrière blindée. Juste ce qu’il faut pour voir leur prochaine audience fixée au vendredi 1er Août et ce à la demande de la défense, pour préparer ses plaidoiries. Deux autres groupes dont le passage était prévu ce lundi ont, de leur côté, vu leurs dossiers renvoyés à la même date que les autres. Il s’agit d’une part, du groupe de Saïd Naqiri qui comprend 12 individus dont le dénommé Youssef Ousaleh, le trésorier de la section de Sidi Tayebi du PJD. D’autre part, il y a le groupe du dénommé Abdelhak Hamdi. Outre ces dossiers, le dénommé Zakaria Miloudi comparaissait, quant à lui, pour deux dossiers: L’un de ces dossiers concerne probablement les anciennes affaires dans lesquelles le chef du groupe d’Assirate Al Moustakim est mis en cause. Là encore, la Cour a décidé de reporter cette séance au 1er août 2003. Toutefois, ce sont les séances des vendredi et lundi derniers qui ont attiré le plus l’intérêt et de curiosité. En effet, l’on attendait la séance de l’interrogatoire des kamikazes rescapés. Au devant de la scène, bien sûr, Mohamed Omari et Rachid Jalil, deux des trois kamikazes qui ont renoncé à la dernière minute à se faire exploser la nuit du 16 mai. Que s’est-t-il passé donc ce jour là? L’assistance attendait avec impatience la réponse formulée directement des langues des mis en cause.
Faits
Omari prend la parole et raconte à la Cour ce qui s’est passé ce jour là. A coeur ouvert, le juge Tolfi écoutait Omari en l’interrompant à chaque fois qu’il commencait à délirer. « Je n’ai tué personne». Cette phrase n’a pas quitté les lèvres de Omari. « Que fais-tu alors cette nuit là avec ton sac à dos bourré d’explosifs à l’hôtel Farah? «, lui demanda le juge Tolfi. Quelques minutes après, Omari a tout dit ou presque au sujet des conditions dans lesquelles ont eu lieu les attentats terroristes. Un nouveau nom qui a joué un rôle important dans la dernière étape de ces actes est apparu. Il s’agit d’un certain Abdelfattah Bouyaqdane, chef du groupe qui a rassemblé la veille du 16 mai les auteurs des attentats de Casablanca dans la maison de Omari. Ensuite, la Cour a repris, lors de la séance du lundi, l’interrogatoire de Moukhtar Baoud, l’un des premiers mis en cause, objet d’une note de recherche avec sa photo publiée dans la presse. Âge de 25 ans, célibataire, tôlier, il figurait, selon les charges retenues contre lui, sur la liste des kamikazes de réserve devant frapper la ville d’Essaouira. Selon les charges, Omari lui avait dit que les kamikazes devaient recevoir les explosifs de Khalid Mourrasel après l’exécution des attentats de Casablanca, comme la Cour devait le rappeler à l’inculpé en lui faisant lecture de ses propres déclarations à la police et aussi de celles faites devant le juge d’instruction. Cependant, Baoud a rejeté en bloc les faits qui lui sont reprochés. Il a nié avoir connu Omari. Pour sa part, Mourassel, 27 ans, né à Casablanca, marié et père de 4 enfants, demeurant lui aussi à Hay Massira III, a nié toutes les charges retenues contre lui. « Si je savais quoi que ce soit sur ce qui se tramait, j’en aurais aussitôt informé les autorités», dit-il. Devant ses négations en bloc, le Président de l’audience lui rappelle les charges concernant des cellules devant frapper d’autres villes, en plus de celle de Abdelfattah Bouyaqden qui a frappé Casablanca le 16 mai. Des charges qui le désignent lui-même, Khalid Mourassel, comme le chef de la cellule des kamikazes de réserve devant frapper par la suite la ville de Tanger, au même titre que la cellule de Yassine Lahnech était destinée à frapper des sites à Marrakech. La cellule de Abdessamad El Ouled devait, quant à elle, frapper la ville d’Essaouira tel que cela avait été retenu par le programme de Moulsebbat. La Cour a poursuivi l’interrogatoire des inculpés, notamment, Abdessamad El Ould et Abderrezzak R’tioui. Comme les autres, les deux mis en cause ont rejeté catégoriquement les charges retenues contre eux.
En somme, la Cour d’Appel suit son cours normal d’examen des dossiers des auteurs des attentats du 16 mai. Toujours et au devant de la scène, bien sûr, les barbus de la Salafia Jihadia et autres sectes du genre. Pour la plupart de ces personnes dont la majorité sont des vendeurs à la sauvette qui ont raté leurs études. Ils ont en commun le ressentiment contre les gouvernants qu’ils tiennent responsables de leurs conditions.
H.Z
Ce jour là...!
Selon Omari, ils étaient 14 candidats kamikazes se préparant à se faire exploser la nuit du 16 mai. « Ils m’ont rejoint jeudi 15 mai vers 22 h chez moi au quartier Hay Massira III...Ils ont pris des sandwichs avant de visionner une cassette vidéo sur un cours de Hassan Abou Ayoub sur le paradis et l’enfer... Ils se sont réveillés tôt le lendemain pour la prière d’Al Fajr. Après quoi ils sont restés à la maison jusqu’au moment de la prière d’Al Joumouâa. Sauf moi, aucun n’est sorti. C’est Abdelfattah Abouyaqden qui le leur a interdit...Ce dernier préparait, le jour même dans la terrasse de la maison des explosifs...Tous se sont rasés la barbe et ont changé de vêtements...Après c’est «Adieu et à bientôt au paradis»...De ma part, j’ai renoncé à la dernière minute à participer aux attentats..., mais j’étais obligé de les accompagner par crainte de me faire tuer...Je ne voulais pas tuer mes frères musulmans à l’hôtel Farah...J’ai jeté le sac à dos et j’ai pris la fuite...», a affirmé Omari devant la Cour.