Les qualificatifs manquent certainement pour décrire la coopération qu’entretiennent Rabat et Paris. On le sait, la France est le premier pourvoyeur de fonds du Maroc, après la Banque Mondiale et la Banque Africaine de Développement. La visite effectuée par M. Jean-Pierre Raffarin (24-25 juillet 2003) a réchauffé davantage cette relation exemplaire, avec une aide supplémentaire de 150 millions d’euros.
Si Serge Gainsbourg n’avait pas existé, on n’aurait pu pasticher sa célèbre chanson au titre évocateur. En effet, «je t’aime, moi aussi» vient à point nommé pour qualifier les bonnes relations qu’entretiennent Paris et Rabat. Une relation devenue pluridimensionnelle au fil des ans. Ce témoignage d’amitié et de solidarité s’est manifesté une fois de plus lors de la visite de travail au Maroc que vient d’effectuer M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre français les 24 et 25 juillet 2003. Durant ces deux jours, M Driss Jettou et son homologue français ont multiplié les déclarations, toutes allant dans le sens de la consolidation de l’amitié existant entre les deux États. D’ailleurs, lors de la clôture du séminaire, organisé à cet effet et qui était consacré à l’entreprise, M. Jettou a rappelé le rôle moteur des acteurs économiques mais aussi de l’excellence du partenariat qui unit le Maroc et la France. «Ce séminaire sur les grandes infrastructures économiques et sociales et leur financement est le reflet du rôle majeur que jouent les acteurs économiques et financiers dans nos relations bilatérales. De facto, les opérateurs privés sont d’ores et déjà les acteurs principaux de la relation maroco-française. L’intensité et la pérennité de cette relation dépendront dans une large mesure de la qualité des partenariats tissés entre eux (...). Notre ambition, à travers ce programme de projets volontariste, est de changer la physionomie même de notre pays. Le programme s’articule autour de la construction de centaines de kilomètres d’autoroutes, l’édification de complexes portuaires et technopoles adossées à des plates-formes aériennes et portuaires, de zones d’aménagement touristiques et de complexes sportifs» Dans son message, le Premier ministre marocain à invité les opérateurs français à prendre part aux grands projets que son Gouvernement : «Je suis persuadé qu’ensemble, vous saurez saisir les opportunités multiples qu’offrent ces grands projets infrastructurels lancés par le gouvernement. Je ne doute pas que vous saurez ensemble accompagner notre pays dans son entreprise globale de modernisation économique et sociale».
Volonté commune
Autrement dit, la visite de M. Raffarin a confirmé qu’entre le Maroc et la France le courant passe bien. Preuve en est que la venue du Premier ministre français a été matérialisée par la signature de nouvelles conventions de partenariat dans plusieurs domaines. La première convention concerne la coopération culturelle et de développement. En vertu de cette convention, les organes chargés de la mise en œuvre du suivi et de l’élaboration des actions de coopération ont été créés. Il s’agit du Conseil d’orientation et de pilotage de partenariat (COPP), du Comité sectoriel et thématique (CST), du comité ad hoc, du forum de partenariat et du fonds incitatif de coopération. La deuxième convention est un protocole d’accord instituant une assistance au profit du Secrétariat général du Gouvernement du Royaume du Maroc. Pour ce qui est du troisième accord, il concerne la promotion du mécanisme pour un développement propre prévu par l’article 12 du protocole de Kyoto. La visite de M. Raffarin a été également marquée par l’octroi de Paris à Rabat d’une enveloppe supplémentaire de 150 millions d’euros sur trois ans au titre de l’Agence française de développement. Il convient de rappeler à ce niveau que le Maroc est le premier pays bénéficiaire de l’aide française dans le monde avec une aide annuelle de 50 millions d’euros alors qu’au total l’aide publique au développement s’élève à 168 millions d’euros par an. Dans la déclaration commune, et la perspective des rendez-vous méditerranéens importants des prochains mois, le Maroc et la France entendent jouer pleinement leur rôle au service de l’espace euro-méditerranéen. Ils confirment ainsi leur volonté de développer des coopérations renforcées entre les pays du Maghreb et de l’Union européenne dans le cadre du processus de Barcelone. Les deux pays se sont également félicités de l’importance de la concertation politique entre le Maghreb et l’Europe du Sud dans le cadre informel du «dialogue 5 + 5». Concernant le statut avancé souhaité par le Maroc avec l’UE, la France contribuera activement à faire aboutir ce projet qui s’inscrit dans la perspective de la nouvelle politique de voisinage de l’Europe. Le communiqué final souligne, à propos du 16 mai, que le Maroc et la France continueront de renforcer leur dialogue et leur coopération bilatérale et d’œuvrer conjointement aux plans régional, international et multilatéral contre le terrorisme et son financement, le blanchiment de l’argent et le crime organisé, le trafic de drogue et l’immigration clandestine. Quant à la question du Sahara, la France a réitéré sa position qui est celle d’un règlement accepté par tous de ce conflit artificiel entretenu par les séparatistes de Tindouf. C’est dire que le Maroc et la France entendent renforcer leur partenariat qui, il faut le reconnaître, a beaucoup de cordes dans son arc.
M.S.
ANIMA, stratégie régionale d’investissement
L’un des moments forts de la visite du Premier ministre français a été sans nul doute la convention de partenariat signée entre Mme Clara Gaymard, ambassadeur, déléguée aux investissements internationaux et M Abderrazaq Mossadek ministre Délégué chargé des Affaires économiques et générales et de la mise à niveau de l’économie. Cette convention crée un nouvel espace d’échange des investissements dans les deux pays. Ce projet baptisé ANIMA est d’abord européen. Il consiste à aider 12 pays du Sud de la Méditerranée et du Proche Orient associés à l’UE (pays Med) à se doter de stratégie et d’outils des investissements étrangers. Pour mettre en œuvre le plan d’actions, l’UE a contracté une convention avec l’AFII (l’Agence française pour les investissements internationaux) qui joue le rôle de chef de file, mais elle est également censée mobiliser d’autres agences contribuant au projet. La quote-part de financement UE s’élève à 3,95 millions d’euros (contrat passé entre Europe Aid et l’AFII), contre une dépense globale estimée à plus de 6 millions d’euros. Confrontée à un volume très exigeant d’opérations à monter, l’équipe ANIMA s’est efforcée de développer des partenariats avec diverses sortes de points d’appui. Le plan d’actions ANIMA comporte environ 50 actions lourdes par an (séminaire d’une semaine, voyage d’étude de deux semaines, participation à un salon euroméditerranéen, site web, études etc.) Avec ce nouvel outil, le Maroc entend capitaliser ses investissements internationaux.