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Dialogue et tolérance à Essaouira De la Catalogne au Maroc

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Publier le : July 31, 2003

La Nouvelle Tribune : Comment a germé l’idée de cette université d’été et quel en est le thème fondateur?
Angel Colom I Colom :
Ce projet qui nous tient à cœur nous a été suggéré, depuis un bon moment déjà, par des jeunes de différents quartiers de Casablanca qui nous ont contactés spontanément. L’idée initiale, en fait, était d’organiser un forum Catalogne-Maroc, essentiellement parce que Barcelone, la mégapole de la Catalogne, contient à elle seule quelque 200.000 coopérants marocains.
Mais, pour tout dire, la décision définitive d’organiser une manifestation d’envergure destinée à la jeunesse de ce pays est postérieure et intimement liée aux événements tragiques du 16 mai. Le gouvernement de Catalogne a évidemment été secoué par ce qui s’est déroulé ce jour-là à Casablanca et se devait de proposer sa contribution, d’apporter sa pierre à l’édifice de la démocratie et de la modernité. J’ai personnellement été très touché par le discours du Roi consécutif aux attentats, celui dans lequel il demande aux Marocains de devenir des acteurs de la paix. Ceux qui organisent cette université d’été sont des jeunes. Le résultat de leur labeur aura une immense valeur parce qu’il aura été réalisé par des jeunes, pour des jeunes. L’objectif de cette rencontre de jeunes de tous les horizons est notamment d’aider au processus de création d’une société civile au Maroc.
Le thème fondateur de l’université d’été est le dialogue des civilisations. La communication a été interrompue entre le nord et le sud, entre l’orient et l’occident et cela a généré plusieurs conflits. J’ai toujours conçu Essaouira comme un berceau de civilisations et de religions, une ville qui a su préserver cette caractéristique du dialogue des civilisations. Elle le démontrera une fois encore dans à peu près un mois !

Une telle manifestation nécessite une logistique importante et j’imagine que vous avez dû faire appel à une aide extérieure. Comment l’idée de cette université d’été a-t-elle été accueillie par les autorités et la société civile?
Les autorités locales de la ville d’Essaouira ont tout de suite adhéré à ce projet. Nous jouissons également du soutien du Conseiller du Roi, M. Azoulay, qui est le Président d’honneur de cette manifestation. Notre base logistique se trouve à Essaouira, au  siège de l’association Essaouira-Mogador (fondée par le Conseiller « souiri », NDLR). Pour mener à bien son projet, le gouvernement de Catalogne a invité diverses associations à but non lucratif à participer à l’organisation et aux activités de cette université d’été. La Fondation Hassan II, la Fondation M’jid et le réseau Maillages ont contribué à la tenue de cette première édition, de ce galop d’essai, et nous espérons que des ONG d’autres pays, européens particulièrement, adhéreront à cette université lors de ses prochaines éditions.

Quel programme avez-vous concocté pour les jeunes qui prendront part à votre université d’été ?
La séance d’ouverture verra la présence de M. Azoulay, des associations, des autorités locales et de 500 jeunes, les véritables stars de la manifestation. Nous offrons aux participants un programme des plus étoffés. Nous comptons prendre en charge 150 jeunes qui participent socialement dans des quartiers pas faciles de Casablanca et d’autres villes du Royaume. Des jeunes de Sidi Moumen, Ben M’sick, Sidi Bernoussi, Bachkou… En outre, nous avons invité de nombreux intervenants du Maroc et d’ailleurs, des sommités dans leurs domaines respectifs qui vont animer , entre autres, quatre séances plénières : « Démocratie et droits de l’homme », « Dialogue des civilisations », « Modernité et société de l’information » et, enfin, « Les grands défis de la jeunesse ».
Il est également prévu une douzaine de séminaires traitant de l’extrémisme religieux, du rôle de la femme en société… Enfin, Une vingtaine d’ateliers se proposeront d’initier à des activités ludiques et de sensibiliser les participants à des thèmes universels. Aux côtés des ateliers de théâtre, d’aérobic, d’arts martiaux, de danses… sera proposé un atelier traitant de la résolution des conflits par la non-violence. Il sera animé par un éminent formateur qui justifie d’une longue expérience dans les Balkans.

Vous avez dans votre bureau un photo du Mahatma Ghandi et une autre où vous serrez la main au Dalaï-Lama (carrément !). Ces deux icônes de la non-violence sont –elles un exemple pour vous et pour le gouvernement que vous représentez à Casablanca ?
Mon pays (la Catalogne, pas l’Espagne, NDLR) s’est clairement positionné contre les idées de José-Maria Aznar lors de la guerre inique du Golfe. Le caractère festif et enjoué des Catalans s’accorde très bien avec les théories de non-violence. Personnellement, j’ai poursuivi mes études en Inde en 1979, à l’université de la paix d’Ahmedabad. C’est l’institut le plus réputé de la planète dans le domaine de la polémologie. C’est une science nouvelle qui travaille à gérer les crises par les médiations non-violentes. J’ai effectué un long séjour dans cette région industrielle, surnommée le Manchester de l’Inde, et j’ai eu l’occasion de rencontrer des disciples et des amis du Mahatma. Quant au Dalaï-Lama, je l’ai rencontré trois fois et cela a toujours été un grand moment. C’est un homme qui applique à la perfection l’enseignement ghandien. Ce serait un enchantement de l’avoir pour une prochaine édition de cette université d’été.

Propos recueillis par
Mehdi Laaboudi



 

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