Au lendemain de la visite d’Etat de Nicolas Sarkozy au Maroc, c’est au tour de l’Union européenne d’occuper le terrain politique, économique et social. En effet, une importante délégation de l’UE s’est rendue à Casablanca (Chambre consulaire d’Espagne), en tout début de semaine avec à sa tête Bruno Dethomas, Ambassadeur, Chef de la délégation de la commission européenne au Maroc et René Perez, représentant de la Banque Européenne d’Investissement (BEI) au Maroc.
«Plus qu’une association, moins que l’adhésion», tel était le vœu de Feu Hassan II quant au statut du Royaume au sein de l’espace économique dans le vieux continent. S’il est inutile de rappeler que le Maroc a toujours exprimé son attachement à l’Europe, de scander son désir de jouir d’un «label» plus marqué ou encore de postuler comme candidat…à la candidature. Un ancrage dans l’Union est une ambition du Maroc. Pour autant, qu’en est-il ? Un statut avancé, avant-garde de l’adhésion, est-elle d’actualité ? «Un groupe de travail vient tout juste d’être constitué pour travailler dans ce sens. Dans le cadre des relations entre l’UE et le Maroc, le volet institutionnel est en pleine effervescence. Un Conseil d’association a été créé et une réunion de travail s’est déroulée le 13 juillet dernier à Rabat. Dans un souci d’efficience, des comités et des sous comités sont en place pour évaluer le plan d’action, constitué d’un agenda de réformes arrêté par le Maroc. Au vu de l’état d’esprit de chacun, de l’engagement du Royaume à se réformer, de nouvelles générations de conventions de partenariat devraient donner lieu à la une révision du statut. Un rapport d’activité sera remis au siège de l’Union européenne, courant 2008. Il se pourrait que sous la présidence de l’UE par la France une annonce soit faite dans ce sens» indique Bruno Dethomas.
Autant dire que depuis 1976, date du premier accord de coopération (qui s’est transformé en accord d’association en 2000), du chemin a été parcouru. Aujourd’hui, il semblerait que la «balle» est (aussi) dans le camp des acteurs économiques. «Les entrepreneurs doivent y croire ! Nous, nous y croyons» précise le chef de la délégation européenne au Maroc. Le message ne peut être plus clair.
Cinq nouveaux centres techniques à Casablanca
Cependant, pour permettre aux entrepreneurs d’être à la hauteur du défi, le rôle de l’Etat est de dessiner un environnement propice à l’investissement, à la création de richesses, à la compétitivité,… au travers de politiques publiques efficientes en matières d’équipement et d’infrastructures, pour un climat social apaisé, pour une fiscalité au service du développement socioéconomique ou encore pour assurer l’exercice d’une gouvernance exemplaire dans la conduite et la gestions des affaires publiques. En clair, ouvrer pour la stabilité d’un cadre macroéconomique. Sur cet aspect, l’UE appuie la quasi-totalité des réformes engagées par le Royaume au travers d’aides budgétaires sous la forme de chèques au Trésor public marocain. Ce «soutien» financier s’élève à 7,5 milliards de dirhams. «Au-delà de cette manne financière destinée à accompagner le pays à aller le plus loin possible dans son programme de réformes, l’aide et l’appui aux entreprises économiques pour faire face à la libéralisation des marchés est une priorité» insiste Bruno Dethomas. Ainsi, l’UE intervient dans le secteur manufacturier, principalement visé par le démantèlement. A ce jour, 430 entreprises bénéficient de son soutien logistique et elles devraient être 500 en 2008. Cinq centres techniques (NTIC, plasturgie, équipement automobile) sont également soutenus par l’UE et cinq nouveaux centres (textile, agroalimentaire) doivent voir le jour prochainement.
La formation professionnelle n’est pas oubliée. Un programme d’appui à la formation a été défini avec un recentrage à la demande de la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM) dans des secteurs comme le tourisme, le textile où les nouvelles technologies alors que l’appui aux associations professionnelles entre dans sa deuxième phase de réalisation (54 associations et fédérations sont concernées).
Quid de l’avenir ? Des chantiers importants et lourds seront poursuivis. Depuis 18 mois, le Royaume s’est engagé sur le chemin de la libéralisation des secteurs des services, de la pêche maritime ou encore des produits agricoles. «Sur ce dernier point, après trois rounds de négociations, on peut dire que la tâche est ardue car l’Etat marocain cherche le bon équilibre économique et évolutions sociales. C’est un long processus, mais l’optimisme est de mise», déclare Bruno Dethomas.
Pour «inciter» les réformateurs, si besoin est, une enveloppe «voisinage et partenariat» de 654 millions d’euros (soit 7,2 milliards de Dh), est prévue dans le cadre du contrat 2007/2010. Il faut y ajouter des financements techniques pour le secteur de l’énergie où celui des droits de l’homme. L’UE a versé 700 millions d’euros (environ 7 milliards de dirhams) aux pays orientés vers la démocratie, l’installation d’un Etat de droit et d’une économie de marché. Pour sa part, le Maroc a reçu 28 millions d’euros (308 millions de dirhams) en 2007.
L’éducation, la santé, le social,… ne sont pas les «parents pauvres» de la relation UE/Maroc. «Des lignes budgétaires sont prévues pour permettre au Maroc de réduire le gap en matière de développement humain où le Royaume figure au 140ème rang mondial et au niveau économique, le pays est positionné au 100ème rang mondial. La modernisation de l’administration et de la justice sont aussi une nécessité» conclut le chef de la délégation de la commission européenne à Rabat.
Rachid Hallaouy
A propos de la FEMIP au Maroc
La Facilité euroméditerranéenne d’investissement et de partenariat (FEMIP) regroupe l’ensemble des instruments d’intervention de la Banque européenne d’investissement (BEI) dans les pays partenaires méditerranéens. Opérationnelle depuis octobre 2002, elle est aujourd’hui un acteur de référence du partenariat économique et financier entre l’Europe et la Méditerranée avec près de 6 milliards d’euros (environ 70 milliards de dirahms) mis en place entre octobre 2002 et décembre 2006.
Sur la période 2007/2013, la FEMIP disposera de 8,7 milliards d’euros (plus de 90 milliards de Dh) pour soutenir des projets dans les neuf pays partenaires méditerranéens. S’y ajoutent 2 milliards d’euros (soit 22 milliards de Dh) au titre du mécanisme de partenariat méditerranéen II, ainsi que des ressources provenant du budget communautaire pour les activités d’assistance technique et capital investissement.