Actualité | Economie | Entreprise | Finance | Grand Public | Lire, Voir, Entendre

Rechercher :
  
Edition


Administration
Articles » Actualité
Affaire Ben Barka : Des mandats d’arrêts qui tombent à pic... : Le bras de fer du juge Ramaël

Auteur :

La coïncidence est certes troublante. De là à supposer que les mandats d'arrêt signés par le juge Ramaël dans l'affaire Ben Barka ont été instrumentalisés pour nuire à la visite du Président de la République française, il n'y a qu'un pas. Il a été rapidement franchi dans certains milieux officiels marocains où l'on a préféré garder l'anonymat, comme en témoigne les réactions plutôt vives recueillies par les journalistes et agences de presses accréditées par l'Élysée. En termes plus diplomatiques, le ministre marocain de la Communication,  Khalid Naciri, cité par le journal Le Monde, demandait : «Est-ce que la démarche est appropriée? Je pose la question. Je veux croire qu'un juge ne fait pas de politique».
Nicolas Sarkozy, lui, s'est borné à souligner que la justice de son pays est indépendante. Difficile d'en douter, puisque le juge Patrick Ramaël lançait sa procédure au moment même où Rachida Dati signait avec son homologue marocain un nouvel accord d'entraide pénale pour permettre « aux deux ministères de la justice de communiquer directement sans passer par le canal diplomatique, de façon à accélérer le traitement des procédures". Voilà qui tombe à pic!
Parmi les personnes visées par le magistrat français figurent donc deux personnalités marocaines de haut rang. Le première, le général Hosni Benslimane, actuel chef de la Gendarmerie Royale, était à l'époque l'un des officiers des services secrets dirigés par le général Oufkir ; la seconde, le général Abdelkkader Kadiri, Inspecteur général des Armées après avoir été à la tête à la tête de la Direction Générale des Etudes et de la Documentation, la DGED, qui est le service de renseignement militaire du Royaume.
Le 29 octobre 1965 lors de l'enlèvement par des truands français du leader de l'opposition marocaine à Paris, il était en poste comme attaché militaire à l'ambassade du Maroc en France. Pour le juge français, ces deux hauts gradés font surtout partie des derniers témoins encore vivants qui pourraient éclairer la justice.
Les trois autres mandats concernent des protagonistes dont les noms sont revenus régulièrement dans cette interminable procédure: Miloud Tounsi, alias "Chtouki", Boubker Hassouni, un infirmier, et Abdelhak Achaachi, tous trois liés aux fameux « Cab1 », un service secret marocain de l‘époque. Ils sont soupçonnés d'avoir été des exécutants dans l'enlèvement de Mehdi Ben Barka.

Un coup de semonce?

À vrai dire, ce rebondissement judiciaire, en dehors de son impact médiatique et diplomatique, n'apporte pas d'éléments nouveaux dans les investigations, mais pour Me Maurice Buttin, l'avocat de la famille Ben Barka, c'est d'abord un « coup de semonce » dont il espère qu'il fera « bouger les autorités marocaines » à qui il attribue l'enlisement de l'enquête. Les héritiers du disparu leur reprochent de ne pas exécuter les commissions rogatoires, et les demandes d'entraide judiciaire en affirmant, par exemple, ne pas savoir où sont domiciliés les témoins à entendre. Le juge français a multiplié les auditions dont celle de feu Driss Basri. Il s’est déplacé à Casablanca en Novembre 2005 et, selon la partie civile, se serait plaint amèrement du manque de coopération de son homologue marocain, le juge Jalal Sarhane.
Une autre polémique porte, toujours selon la partie civile, sur certaines vérifications à effectuer. Le magistrat instructeur n'avait pu, malgré la précision des documents transmis, obtenir de fouilles sur l'ancien centre de détention secret, baptisé PF3, où, selon certains témoignages, la tête du disparu ou les corps des truands français qui l'ont enlevé, pourraient être enterrés. La justice marocaine assure cependant tout ignorer de ce site
Les mandats d'arrêts internationaux du juge Ramaël ne sont pas encore exécutoires et doivent d'abord recevoir le feu vert de la Chancellerie, c'est à dire des services du ministère français de la justice avant d'être transmis à Interpol. Des mandats qui pourraient alors empêcher les personnes visées de voyager en dehors des frontières du Royaume. Ils risquent surtout, compte tenu de la personnalité des généraux Benslimane et Kadiri, de provoquer quelques complications diplomatiques de plus. Les dernières investigations cheminent entre chausses trappes coups bas, manipulations et mythomanie. Elles ont certes permis à quelques éléments du puzzle de remonter à la surface. Mais 42 ans après, jour pour jour, la vérité reste enfouie quelque part avec le corps de Mehdi Ben Barka.

Alex PANZANI



 

Hebdomadaire marocain paraissant le jeudi - Directeur de la publication: Fahd Yata 320 BD Zerktouni, angle rue Bouardel - Casablanca - Maroc
Tel : +212 (0) 22 42 46 70 (7 lignes groupées) | Fax : +212 (0) 22 20 00 31
eMail :  
courrier@lanouvelletribune.com | www.lanouvelletribune.com