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"Il faut mettre en avant le Maroc positif" Noureddine Ayouch, Président de «Zakoura»

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Publier le : July 17, 2003

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur le concept de solidarité au Maroc, en particulier après les événements du 16 mai ?
Pour ce qui est des événements du 16 mai, beaucoup attribuent cela à la misère, à la pauvreté et à la marginalisation. Je pense que c'est un peu juste. Il y a d'autres facteurs tout aussi importants. La cause principale à mon sens, est la perte des valeurs. J'entends les valeurs  de respect de la dignité du citoyen, de solidarité, de tolérance, d'égalité entre les hommes et les femmes. Le deuxième facteur étant la démission de l'État, des partis politiques et de la société civile face à la montée de l'intégrisme et de la violence. Puis en troisième position la marginalisation d'une partie importante de notre société, notamment le milieu rural, qui est totalement marginalisé, en particulier l'élément féminin.  La femme, en milieu urbain et rural, n'a pas évolué sur le plan social, économique et juridique, mais aussi éducationnel. C'est-à-dire que l'alphabétisation est encore loin d'être généralisée.  Le taux d'analphabétisme atteint, dans le rang des femmes, 95 % à 100% dans certains villages. Le cas de la jeune fille est  plus dramatique. Dans certaines régions, les filles âgées de 13 à 14 ans ne savent ni lire ni écrire, à raison de 80 à 90%. En moyenne générale, c'est près de 50 % de la population nationale qui ne sait ni lire ni écrire. Résultat: cette population est marginalisée sur les plans politique, culturel,  juridique et socio-économique.

La Fondation Zakoura s'investit dans le travail associatif, en vue de permettre l'intégration de ces populations marginalisées que vous évoquiez. Elle intervient dans plusieurs secteurs, et non des moindres, à savoir le micro crédit, l'alphabétisation, mais aussi l'éducation civique... Après les événements du 16 mai, quelle stratégie compte adopter Zakoura et est-ce que vous entendez réorienter votre plan d'action ?
En effet, vous soulevez une question importante, car tout le problème est à ce niveau, à savoir quel type d'actions doit-on mener pour aboutir à ce qu'on appelle le développement durable. S'agit-il d'actions sociales, d'actions d'alphabétisation, de lutte contre la pauvreté? A mon sens, tout cela est insuffisant. Zakoura a depuis deux ans, entrepris une action au niveau de l'éducation et du civisme. Cela veut dire qu'il ne suffit pas d'alphabétiser les gens, de leur donner les moyens  de se prendre en charge, il faut aussi les aider à acquérir une éducation civique.  Pour ce faire, il me paraît fondamental d'instaurer un esprit de solidarité, de lutte contre la corruption,  d'égalité entre les hommes et les femmes, tout comme il est impératif d'exiger un travail de qualité. Ce sont donc toutes ces valeurs et bien d'autres dont nous  avons besoin. Le Maroc a perdu ces repères. Au sein de la Fondation Zakoura, on a compris cela et on s'investit dans ce sens depuis 2 ans déjà. Le travail du gouvernement, de la société civile, des partis politiques, des syndicats doit s'engager dans cette action de civisme. Parce qu'il ne suffit pas de lutter contre la pauvreté. Nous luttons aussi contre la pauvreté intellectuelle, champ délaissé en faveur des mouvements intégristes, et où certaines formes de violence peuvent trouver une terre fertile pour semer leurs graines obscurantistes. L’éducation et le civisme sont des anticorps destinés à neutraliser ce vide, empêchant aussi la prolifération de proies faciles pour les mouvements obscurantistes. Il est essentiel que l'État marocain, les partis politiques, les médias, les ONG... mènent une action importante dans ce sens.

Comment cela peut-il se concrétiser, en particulier, à court terme, et à travers des actions simples?
A mon sens, l'éducation est à la base de tout. Juste après la famille ou en même temps que la famille, l'école intervient dans l'éducation des enfants. Elle a un rôle fondamental dans notre éducation. Or, je trouve scandaleux que certains manuels scolaires comportent encore, et de manière explicite, des formes d'intolérance, de discrimination et de marginalisation. Des livres où la femme est pratiquement bafouée et considérée comme un être faible, où l'enfant n'est pas mis en valeur au niveau de son épanouissement, de son éducation. A mon sens il est nécessaire de revoir tous ces manuels scolaires de l'Éducation Nationale , au niveau du contenu. Il faut qu'il y ait une agence d'évaluation et de contrôle pour qu'on ne laisse plus passer des âneries qui vont à l'encontre de l'épanouissement et de l'éducation de nos enfants. Il n'est pas normal que dans certains établissements, on apprenne aux enfants que celui qui ne s'acquitte pas de ses devoirs religieux doit être tué ! Il faut absolument encourager la tolérance, l'esprit civique, les valeurs humaines, principes qui ont tendance à disparaître et qu'il faut raviver.

De par votre qualité de citoyen engagé dans le travail associatif, est-ce que vous pouvez nous donner une idée sur les difficultés que rencontrent les structures associatives, comme Zakoura, ou autres et  existe-t-il des mesures incitatives à même de donner un essor au travail social ?
Il est essentiel que l'État marocain et les ONG travaillent en partenariat. Il est révolu le temps où les ONG pouvaient régler seules tous les problèmes sociaux . Les associations ne peuvent pas résoudre tous les maux des Marocains. Le Gouvernement non plus. Pour cela il faut des moyens colossaux, une véritable stratégie, tout comme il est important de définir les tâches de chacun, avec un organe de contrôle, un organe d'évaluation et un organe de sanction. Car on ne peut pas engager l'argent du peuple marocain ou de l'État comme ça.
D’abord il faudrait favoriser plusieurs partenariats pour la protection des enfants, un partenariat pour le développement des valeurs humaines, un autre pour le développement rural...  Il y a plusieurs types d'ONG et plusieurs actions à mener, sur la base d'une stratégie qui définit les principaux objectifs à atteindre sur une durée bien déterminée avec un contrôle et une évaluation et, s'il le faut, une sanction. 
 
Est-ce qu'il y a des blocages ou des difficultés que rencontrent les associations? 
Tout d'abord, certaines associations n'ont pas de structures professionnelles. Cela veut dire qu'elles ne peuvent pas, elles-mêmes, répondre aux attentes importantes de la population. Elles ne disposent pas de moyens nécessaires, à savoir un local, un personnel permanent, une formation au travail associatif, une rigueur en termes organisationnel et stratégique... Je dirais que c'est  l'environnement des ONG qui doit être revu. Maintenant, qui doit prendre cela en charge? Il revient à  l'État de s'acquitter de cette tâche. En second lieu, les ONG n'ont pas de relations entre elles, pour éviter qu'elles ne se dupliquent. D'où la nécessité d'une vision structurelle, dans le temps et l'espace, à travers une espèce de comité d’orientation pour coordonner le travail de toutes les ONG, en partenariat avec l'État.  Par ailleurs, le principal blocage demeure le financement pour une grande partie des ONG, sachant que beaucoup d'ONG n'ont pas le statut d'utilité publique. Plus que cela, les ONG n'ont pas les moyens financiers d'entreprendre des actions, notamment celles de micro-crédit. Si le Fonds  Hassan II n'avait pas octroyé une aide consistante de près de 100 millions de Dhs, le secteur du micro-crédit n'aurait jamais atteint cette dynamique et par conséquent n'aurait pu soutenir autant de personnes dans le besoin. Au niveau de Zakoura, ce sont des centaines de milliers de micro-crédits que nous avons octroyés grâce au Fonds Hassan II. Comme nous avons pu développer 60 programmes de développement intégré de douars grâce au soutien de la Fondation Mohammed V pour la solidarité. Le gouvernement nous a également accordé une enveloppe de l'ordre de un milliard de centimes pour l’alphabétisation des adultes. Ce qui nous permet d'évoluer sensiblement dans notre activité et mener à bien notre mission. Ceci pour vous dire que la solidarité n'est pas une affaire d'une seule personne, mais de plusieurs acteurs.
Sa Majesté est conscient de l'ampleur et de l'importance du travail associatif. C'est, en effet, grâce au Souverain que la Fondation Mohamed V pour la solidarité a signé plus de 400 contrats de partenariat avec diverses ONG. Après le 16 mai on assiste, il est vrai, à un développement des actions sociales. Il y a une prise de conscience plus importante de la part du Gouvernement Jettou en vue d'accélérer les actions en faveur des populations démunies, rurales ou urbaines. J'espère que ce mouvement va être accentué car malgré tout, il demeure à mon avis insuffisant. Notre Fondation avait proposé à l'ancien gouvernement des actions plus importantes,  visant à alphabétiser 5 millions d’hommes et de femmes, à scolariser 2 millions d'enfants, à apporter une éducation civique à plusieurs millions de familles, et à octroyer 7 millions de micro-crédits. Certes ceci nécessite des moyens. Il faut que l'État comprenne que ce sont des investissements à moyen et long termes. La pauvreté, l'ignorance et l'incivisme, ce sont là les trois facteurs ayant conduit  aux événements du 16 mai. Ils peuvent être résolus si tout le monde s’y met. Il faut valoriser le travail des partis, mais ces derniers doivent à leur tour investir plus le terrain pour un travail de proximité. D'où la création du Collectif Démocratie et Modernité, pour travailler en partenariat avec les partis politiques, les pouvoirs publiques, les ONG et les médias. Car il est  temps de travailler ensemble. La société civile ne doit pas travailler seule. Il faut travailler la main dans la main, tout en gardant l'indépendance de chacun. Nous défendons au sein du Collectif, en plus de la démocratie et la modernité, des valeurs de tolérance, de respect de l'autre, de la non immixtion dans les convictions religieuses d’autrui...C'est à nous tous de travailler pour le changement. Pour cela on ne doit pas travailler les uns contre les autres mais les uns avec les autres. 

En conclusion,  y a-t-il un message à passer à travers notre Spécial Solidarité ?
Les Marocains ne doivent plus critiquer pour critiquer, ils doivent retrousser leur manches et proposer leur aide aussi minime soit-elle. Les médias doivent, à leur tour, cesser de montrer un Maroc négatif. Il n' y a pas qu'un Maroc sale, pauvre, et injuste..., il y aussi un Maroc qui bouge, évolue et essaie d'aller de l'avant, un Maroc solidaire, qui crée... Il faut absolument mettre en avant ce Maroc positif. Il faut aussi un esprit de construction et non seulement critique. Il ne faut pas se limiter à ne montrer que le mauvais côté des choses, il ne faut pas hésiter à valoriser tout ce qui mérite de l'être. Il nous faut un véritable projet de société qui n'existe pas encore. Le Roi a dit que le Maroc est résolument engagé dans la démocratie et la modernité. Ce sont là les valeurs de notre collectif.  Or qui dit démocratie et modernité dit respect des libertés publiques, de la presse, etc. Il ne faut pas qu'on revienne sur les acquis d'avant le 16 mai. Bien au contraire. Il faut que la sécurité du citoyen soit assurée, mais à côté de cela, les acquis doivent à leur tour être préservés

Doit-on comprendre qu'après le 16 mai, il est question d'un revirement de situation concernant les acquis démocratiques?
Je suis persuadé que le sécuritaire a  pris le pas ces dernières semaines. J'espère que ce n'est qu'une parenthèse de courte durée. Je pense que maintenant les libertés sont plus surveillées, que la liberté d'expression est plus contrôlée, mais je crois qu'il ne faut nullement que cette situation perdure. Évitons à tout prix les excès, même si des barbares ont tué des innocents le 16 mai. Le sécuritaire ne doit en aucun cas prendre le pas sur les acquis, que nous avons réussi à conquérir avec l'avènement du règne de Sa Majesté Mohammed VI. Je suis persuadé que ce n'est qu'une parenthèse. Aussi, les médias, la société civile, les partis politiques, doivent-ils rester vigilants pour veiller sur ces acquis et à chaque fois qu'il y a des dérapages, une dérive de la part du sécuritaire, il faut les dénoncer. Il ne faut pas uniquement dénoncer ce qui émane de l'État, toute sorte de dérive, qu'elle émane des partis politiques, des ONG, mais aussi des individus doit être dénoncée. Toute sorte d'intolérance, de racisme, d'intégrisme ou de violence, représente une dérive qui doit être condamnée. Car pour construire, une véritable démocratie, on ne doit pas fermer les yeux sur les dérapages que nous pouvons constater, quels qu’en soient les auteurs.

Propos recueillis par
Leïla Ouazry


La Fondation Zakoura active le civisme chez les femmes

La Fondation Zakoura n’est plus à présenter. S’activant dans le domaine du micro-crédit et de l’éducation depuis 1995, elle est connue même dans les villages les plus reculés du Royaume. Obnubilés par le souci d’améliorer le quotidien d’une population défavorisée, les fondateurs ont en effet investi les villages, les quartiers populaires ou périphériques depuis la création de cette entité, l’objectif étant d’améliorer leur condition, non en leur apportant une aide instantanée, mais plutôt un moyen de développement durable. L’activité de départ consacrée au micro-crédit sera donc agrémentée d’une autre activité sinon vitale, au moins indispensable à tout développement, il s'agit de l'éducation civique.
Déterminée à améliorer la condition des femmes démunies, la Fondation Zakoura Micro Crédit poursuit son action de soutien et d’orientation qui est axée sur un travail de terrain et de proximité. “Civisme et Éducation” est un programme qui vient couronner la série d’interventions menées  par la Fondation depuis 1995. Destiné aux femmes analphabètes ou en cours d’alphabétisation, ce programme s’articule autour de six axes stratégiques à savoir hygiène, santé, sensibilisation et formation, qualité et amélioration du niveau de vie, environnement... L’activité de la Fondation s’articulant autour du  périurbain et de l’urbain, Casablanca a constitué une ville-pilote, avant la généralisation du programme dans les autres régions du Maroc.
Basé sur une approche participative des bénéficiaires, ce programme a vu la réalisation de diverses activités, allant du nettoyage, jardinage, badigeonnage des murs...Les activités culturelles et sportives n’étaient pas en reste, puisque des pièces de théâtres, des spectacles et un mini-marathon étaient au rendez-vous. Le tout avec un engouement impressionnant. Selon les organisateurs de ce mini-marathon “une telle manifestation avait pour objectif la sensibilisation des femmes aux problèmes de santé découlant de la sédentarité.” et de poursuivre “La pauvreté ne doit pas  être synonyme de fatalité et de blocage mais d’ambition, d’épanouissement et d’une grande volonté de s’en sortir”. Tel est le message que véhiculent  les responsables de la Fondation Zakoura Micro Crédit, puisque l’objectif majeur qu’elle s’est fixé depuis sa création est d’apporter des changements significatifs dans les rangs d’une population pauvre, généralement analphabète et majoritairement féminine.
Forte de ses expériences et de ses résultats, la Fondation Zakoura, compte aller encore de l’avant. Donc, après Casablanca, ce sera aux autres régions de profiter du programme “Civisme et éducation”, en vue d’assurer et d’assumer une meilleure citoyenneté.



 

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