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Une arme du combat politique

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Sans doute, les partis politiques constituent-ils les locomotives de la société marocaine et ce qu’ils ont, en principe, de mieux. Sa fine fleur et son gratin. Néanmoins, il n’est pas certain qu’ils tirent toujours dans le bon sens. Bien sûr, ils ont un devoir d’exemple par lequel, selon qu’il est bon ou mauvais, ils agissent sur les comportements de la société. Sont-ils essentiellement l’élite démocratique toujours en mesure d’être cette force de l’exemple qui tire les citoyens vers le haut? L’engagement n’étant apparemment plus ce qu’il était. Le doute est, désormais, permis. Les événements du 16 mai à Casablanca ont été condamnés à l’unanimité par toutes les formations politiques. De la Gauche à la Droite en passant par le Centre et les Islamistes du PJD et autres associations, l’indignation a fait le plein. Tous ont exprimé leur solidarité avec les victimes des attentats de Casablanca. En même temps, pour plusieurs partis, c’était également l’occasion de règlements de comptes politiques. Normal, diront certains, puisque les communales pointent à l’horizon.
Reconversion, recomposition, renouvellement? L’incertitude se mêle au scepticisme. Les enjeux sont importants. Les formations politiques ne se sont pas fait de cadeaux. Dans son quartier général, chacun des dirigeants des partis responsabilise politiquement et idélogiquement l’autre. Au devant de la scène, bien sûr, l’USFP face à son «souffre-douleur» le PJD.

Amalgame/ambiguïté

Cependant, devant cet argument, se posent évidement certaines questions d’ordre politique. Dans un tel contexte, peut-on toujours se demander si la solidarité est une forme d’arme efficace de combat politique? Solidarité et politique sont elles compatibles? Comment distinguer la solidarité de bonne volonté de celle exprimée à des fins politiciennes ou électoralistes? Comment éviter également amalgame et ambiguïté au sujet de la solidarité? A ces questions et autres, Mohamed Darif, politologue au cursus bien fourni, estime que la solidarité devrait, en principe, constituer la base de l’action politique de tous les acteurs tant que ces derniers agissent dans un système qui obéit à des constantes. Conséquence directe selon M. Darif: ces constantes qui constituent le consensus des différents acteurs politiques devraient être à la base d’un minimum de solidarité. Alors que la différence se situe au niveau de variables éventuelles. Autrement dit, explique-t-il, la plate-forme de la solidarité ce sont les constantes et tous ce qui touche de près ou de loin les variables s’exerce au niveau de la gestion politique. Seulement, la problématique qui se pose n’est autre que la nature de la gestion du système politique. « C’est toujours cette même question qui se pose à savoir comment les acteurs politiques gèrent-ils les variables tout en respectant les constantes? «. Pour ce qui est de l’ambiguïté des discours des formations politiques après le16 mai, M. Darif a tenu à préciser que ces événements ont éclipsé les conflits entre les partis ainsi que la nature de la gestion des variables. « A travers l’histoire contemporaine du Maroc, la contrepartie de tous les défis qu’a connus le Maroc a été exprimée à travers ce qui est appelé l’unanimité. A titre d’exemple, l’indépendance du Maroc dans les années 50, la marche verte en 1975...et en 2003 les attentats de Casablanca», souligne M. Darif tout en ajoutant que c’est face à un événement qui menace les constantes du pays que la solidarité revient en force sur la scène publique. Résultat: actuellement et lorsqu’on évoque le principe de la solidarité c’est en fait pour combattre à l’unanimité l’extrémisme qui menace l’intégrité du pays et ses institutions.
« Aujourd’hui, à travers tout le Royaume, il existe une unanimité nationale, c’est-à-dire solidarité, pour éradiquer le terrorisme et la violence. Par conséquent, au fur et à mesure que cette notion de l’unanimité se renforce, la solidarité se traduit de plus en plus en politique. Ainsi donc, unanimité et solidarité vont de pair «, explique M. Darif. Dans ces conditions, la solidarité ne peut-être qu’une arme du combat politique. Mais, pour notre interlocuteur, les partis usent le plus souvent du principe de la solidarité à des fins politiciennes et électoralistes.

D’une pierre deux coups

Sur ce point, M. Darif pense qu’après les événements du 16 mai, beaucoup de voix, tout en exprimant leur solidarité, se sont levées contre certains acteurs politiques les accusant d’en être les responsables moraux. Que peut-on comprendre de ces discours ? s’interroge-t-il. 
« D’abord, il s’agit à première vue d’un discours de solidarité mais en même temps qui exige le départ, le retrait de certains acteurs politiques de la scène publique ou la dissolution de certaines formations. Donc, l’objectif dans ce discours de solidarité vise l’exclusion des partis concurrents. Pour cette raison, malheureusement le champ de la solidarité au Maroc demeure limité et incomplet, tout simplement parce que celles et ceux qui appellent pour la solidarité veulent réserver son champ uniquement à une catégorie d’acteurs qui ont les mêmes orientations et les mêmes convictions». Donc, c’est clair et ce n’est un secret pour personne: les discours de solidarité que certains partis politiques véhiculent sont en fin de compte électoralistes et politiciens. « A mon avis, exprimer sa solidarité comme arme de combat politicienne ou électoraliste fausse le débat et nuit énormément à la gestion politique. En contrepartie, une véritable solidarité est l’expression d’une grande mobilisation nationale destinée à combattre le danger et préserver les constantes du pays, à savoir, l’Islam, la Monarchie constitutionnelle et l’Intégrité territoriale. Car là, c’est l’intérêt général qui prime sur toute autre considération et le moyen n’est autre que l’unanimité et la solidarité. Que faut-il, dans ces conditions, pour une vraie culture politique de solidarité? A cette question M. Darif a indiqué qu’une vraie culture politique de solidarité s’inscrit dans l’esprit de la dualité constante/variable. Cela exige essentiellement et dans un premier lieu un consensus autour des constantes du pays, notamment, la Monarchie, l’Islam et l’Intégrité Territoriale. « Et c’est là le point de départ. Viennent ensuite les variables qui agissent dans le cadre, bien sûr, de ces constantes. De toutes les manières, pour une vraie culture politique de solidarité, il faut, conclut-il, distinguer entre ce qui est constant et variable dans le jeu politique et il faut que les conflits entre partis se résolvent par le recours aux règles de la démocratie et non pas par le recours à la violence quelles que soient ses formes.

H.Z.



 

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