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La solidarité doit s’inscrire dans une action de proximité Entretien avec Mme Yasmina Baddou, Secrétaire d’État chargée de la Fa

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Publier le : July 17, 2003

La Nouvelle Tribune : Depuis votre nomination à la tête de ce Département, vous menez de multiples actions et plusieurs réalisations sont à votre crédit. Pour autant, vous en convenez, il reste beaucoup à faire. Quel a été le premier travail de votre équipe ?
Mme Yasmina Baddou :
Notre premier objectif a été d’abord de définir les missions du Secrétariat. C’est un ministère dont l’appellation est nouvelle. En effet, ce Département est passé d’un Haut commissariat aux handicapés à un ministère chargé de la condition de la femme, des enfants et des handicapés, pour devenir famille, solidarité et action sociale de la famille. Donc, il a fallu, en premier lieu, définir toutes nos missions avec nos objectifs. Ce qui a nécessité une réorganisation de nos structures pour mener à bien notre action, dans le cadre d’une planification optimum.

Doit-on comprendre par là qu’il s’agit d’un nouveau départ du ministère, semblable à une sorte de reconversion ?
En effet, on peut parler d’un nouveau départ car nos missions ont évolué par rapport à ce qu’elles étaient auparavant. Il fallait donc cerner toutes les missions qui sont dévolues à ce  ministère et ensuite réorganiser à l’intérieur pour ne plus rester dans des structures qui sont cloisonnées. C’est-à-dire que les personnes en charge du dossier des handicapés, ne travaillaient que sur cela, en terme de communication et de coopération..., alors qu’il y a des missions transversales comme le service juridique, la communication, la coopération, qui sont communes à toutes les actions. Auparavant, chaque service s’occupait de sa communication, indépendamment des autres services. Nous avons donc rationalisé même nos efforts à l’intérieur du ministère.

Concrètement, qu’est ce que cette réorganisation va-t-elle donner de plus ou de mieux à  votre action ? 
Nous nous occupons comme je l’ai déjà signalé, de la solidarité, des handicapés et de la famille. A l’intérieur de la famille, il y a la femme et l’enfant. Et tout ce qui tourne autour de la solidarité est renforcé justement selon une nouvelle dynamique initiée par Sa Majesté le Roi, dynamique  qui est, en fait, une priorité.  Notre rôle à nous, au sein du ministère, est de promouvoir cette solidarité, la vulgariser, à travers des actions ciblées. Dans cette optique, nous luttons contre certains  fléaux sociaux comme la mendicité, à titre d’exemple. Les personnes âgées occupent également une place prépondérante dans notre plan d’action, même si on en parle beaucoup, contrairement aux femmes et aux handicapés.

Qu’en est-il des chantiers ou des actions sur le terrain ?
Depuis notre arrivée au ministère, nous avons ouvert beaucoup de chantiers et toute l’action sociale que nous menons est basée sur cette solidarité. A ce titre, nous avons pu mettre en place le projet de l’accessibilité au profit des personnes handicapées. Pour voir aboutir ce projet, nous avons fait appel à la solidarité de tous. Car pour rendre l’intégralité du Maroc accessible aux personnes handicapées, cela nécessite un budget énorme. Et par conséquent, un handicap majeur pourra entraver notre action. Partant, il était nécessaire de sensibiliser tous les acteurs, à savoir : les différents ministères, le secteur privé (banques, assurances...), le secteur semi-privé, les communes, les agences urbaines, etc. Notre rôle était de les convaincre à rendre leurs locaux accessibles aux personnes handicapées, à leur charge. Et cela fonctionne très bien. D’ailleurs, plusieurs opérateurs sont déjà passés à l’acte, comme la Lydec, à travers un vaste programme de mise à niveau, donnant ainsi l’exemple à leurs homologues qui n’ont pas tardé à suivre le programme. Le nouveau siège de la CNSS est entièrement accessible. Voilà à mon sens comment s’organise la solidarité. A travers une action sociale concrète, nous faisons appel à la solidarité des gens pour la réussir. Donc, l’action sociale et la solidarité sont étroitement liées.
Un autre exemple, dans ce sens. Nous avons opté pour la proximité, en tant que stratégie de travail et la déclaration gouvernementale s’inscrit dans cette proximité. Aussi, avons-nous choisi de jouer cette proximité à travers les ONG. Donc, il s’agit à la fois d’actions que nous menons, dans le cadre de notre activité ministérielle d’une part, mais également en solidarité avec les ONG qui ont besoin de notre soutien. En outre, les bureaux d’intermédiation qui doivent être créés un peu partout dans le Royaume. Il y a beaucoup de bienfaiteurs qui sont disposés à aider, mais qui ne savent pas à qui s’adresser. Ces bureaux seront donc un intermédiaire entre les personnes et les donateurs.

Est-ce qu’on peut parler d’un développement social en dehors de la  solidarité ?
Il est évident que les deux sont étroitement liés. La solidarité s’impose. Elle doit être un complément, voire une composante de toute action sociale.  Mais ceci ne peut se faire que dans le cadre d’un programme qui permettra d’ouvrir des chantiers qui seront réalisés  grâce à cette solidarité. Car sans cela, on ne pourra jamais atteindre nos objectifs tellement les chantiers sont vastes et appellent à la solidarité de tous. L’exemple de l’accessibilité que j’ai évoqué auparavant, illustre parfaitement et concrètement cette solidarité.

Justement, la question d’accessibilité avait provoqué une sorte de mécontentement dans le rang de certaines associations œuvrant en faveur des personnes handicapées, qui estiment qu’elle est discriminatoire. Qu’en pensez-vous ?
La loi de l’accessibilité a été récemment votée. Certes, elle a été un peu critiquée par certaines associations, qui estimaient qu’elle n’intégrait pas les bâtiments déjà existants. Alors qu’à notre niveau, nous avons contourné cette loi, en tenant compte du principe de  non rétroactivité, qui ne pouvait pas prévoir les anciens bâtiments. Nous avons en quelque sorte transgressé cette loi pour que nous puissions avancer dans notre action de solidarité de proximité. Dans le sens où toute modification ne sera autorisée que si l’accessibilité est intégrée, donc, on l’a intégrée d’une manière indirecte. On s’est basé un peu sur le droit de contre-arrêt, comme c’est le cas en Europe et aux États Unis et c’est de cette manière qu’eux aussi ont, également, contourné ce principe de non rétroactivité. Dans cette optique, nous avons mis en place une cellule qui s’occupe du suivi de tous ces projets. Partant, nous avons organisé une journée d’étude et de sensibilisation où les différents acteurs qui sont concernés, aussi bien dans le secteur public que privé, étaient présents. Ensuite, nous avons signé une série de conventions de partenariat. Ce qui m’a un peu surprise, lors de mes différentes visites dans certains établissements, c’est que ces derniers avaient rendu leurs bâtiments accessibles. Cependant, cette accessibilité ne répondait nullement aux normes. Il y avait même du danger dans certains cas. Aussi, actuellement, nous sommes en train de travailler sur ces normes. De ce fait, nous prêtons assistance technique à tous les établissements avec qui nous avons conclu des conventions et qui auraient besoin de notre aide afin que l’accessibilité soit effective. Et pour cela, elle doit répondre aux normes. 

Vous faites montre d’un dynamisme impressionnant. Depuis quelques temps, vous avez effectué plusieurs des tournées à travers le pays. Dans ce contexte, le fait d’être constamment sur le terrain vous permet-il de mieux appréhender les problèmes sociaux ?
On ne peut parler de proximité ni d’actions sociales si on n’est pas proche des  problèmes que rencontrent les personnes dont s’occupe notre Département. Pour ce faire , nous nous sommes rendus, à ce jour, dans dix régions du pays et ce n’est pas tout car nous devons en visiter encore six autres dans les semaines à venir. Dans chaque région nous avons pris attache avec les ONG qui s’activent dans le social. A partir de là, nous avons pu constater une série de problèmes que nous ignorons auparavant.

Du fait de votre activité sur le terrain, qu’est-ce qui vous a le plus interpellé, quels sont les maux les plus accrus des populations défavorisées et par conséquent les urgences ou les priorités à traiter?
Nous avons un petit Département qui n’a pas de délégations à travers tout le Royaume. De ce fait, on s’est heurté au choix d’ouvrir des délégations ou œuvrer à travers les associations et nous avons opté pour la seconde possibilité. D’abord parce que les associations sont un peu partout au Maroc. Elles ont déjà des structures, du personnel et elles sont opérationnelles et à même, par conséquent, de traiter des problèmes des personnes qui les sollicitent. Cependant, elles-mêmes sont confrontées à certains problèmes, ce qui les empêche d’être efficaces. Nous avons donc décidé de les aider à dépasser ces contraintes, en particulier en termes de formation et d’encadrement. Partant d’une bonne intention, des personnes créent des associations mais souvent elles n’ont pas les compétences nécessaires pour les gérer.  D’où les cycles de formation que nous avons lancés dans ce sens, car il ne suffit pas uniquement d’apporter des fonds à ces institutions, mais apporter aussi un savoir-faire. Par ailleurs, nous avons également constaté que les associations manquent de personnel encadrant en particulier en matière de paramédical (Kinésithérapeutes, orthophonistes, ...) A titre d’exemple, une association destinée aux sourds-muets et qui n’a pas d’orthophonistes ne peut pratiquement pas aider  cette population par manque d’expertise. Loin de moi l’idée de dénigrer ce que font ces associations, car ce qu’elles font est méritoire, mais nous œuvrons pour que leurs actions soient efficaces. Autre point, les associations rencontrent d’énormes difficultés pour assurer leur gestion et dans la plupart des cas elles ont du mal à couvrir leurs frais de fonctionnement.

Est-ce que votre Département a un plan d’action concret pour mener à bien cette mission qu’on pourrait peut-être qualifier de «solidarité dans la solidarité», puisque vous soutenez les associations qui soutiennent à leur tour les populations nécessiteuses ?
Tout à fait. Cela confirme ce que je disais tout à l’heure, à savoir que l’action sociale est indissociable de la solidarité. Nous avons un objectif, celui de toucher le plus grand nombre de notre cible et, par ricochet, de répondre à ses besoins, mais nous le faisons à travers la solidarité envers les associations. Dans ce sens, nous jouons l’intermédiaire entre les associations et divers ministères, en particulier ceux de la santé et de l’éducation, pour encadrer les associations en  personnel notamment dans les domaines de l’éducation et de la kinésithérapie. Ce n’est qu’à travers une collaboration constante que nous pouvons atteindre nos objectifs.

Quels sont ces objectifs  ? 
Notre objectif prioritaire est l’intégration des personnes handicapées, l’amélioration de la condition des enfants, la promotion de la femme. Et nous ne pouvons, encore une fois, y parvenir qu’à travers un travail continu avec les associations qui  œuvrent dans ces domaines de compétence, qui relèvent de notre Département pour les mêmes missions que nous, et nous leur apportant notre aide pour qu’ils puissent atteindre leur objectifs et en même temps les nôtres. Aussi, avons-nous signé des conventions de partenariat pour un objectif bien déterminé pour financer un projet précis et nous avons mis en place une cellule qui s’occupe du suivi de ces projets. Tout comme nous avons mis en place un système de contrôle de gestion pour voir non seulement l’aboutissement du projet et sa réalisation, mais aussi et surtout pour que l’argent soit utilisé à bon escient.

Quels sont les freins qui empêchent la solidarité d’avoir un élan réel alors que la solidarité fait partie de notre culture? S’agit-il là d’un problème de mentalité?
En effet, nous travaillons au sein de notre Département sur l’aspect de sensibilisation en vue de changer justement les mentalités, en particulier le regard de la société sur les personnes handicapées. Notre objectif est de l’intégrer complètement dans la société. Car très souvent, en milieu rural, ce qui n’est certainement pas le cas dans les grandes villes, le handicapé est caché. De ce fait, il est privé de ses droits les plus élémentaires et les plus simples. Notre travail consiste à réorienter par le biais de la sensibilisation pour changer l’approche qu’ont les gens vis-à-vis des femmes, des enfants handicapés, des personnes âgées. Cela fait partie, également de notre stratégie. Aujourd’hui, la solidarité connaît une véritable dynamique qui a été créée par Sa Majesté. c’est vrai, comme vous dites, les Marocains ont toujours eu cet aspect de solidarité dans leur vie de tous les jours de par leur culture et leur religion, mais c’est vrai aussi, que cela s’est réduit. C’est grâce à cette mobilisation initiée par Sa Majesté le Roi que cette dynamique est relancée, que les gens se sont empressés de s’organiser et de s’engager dans le travail social. Cependant, cette solidarité n’a pas encore atteint le niveau escompté. A mon sens, c’est particulièrement dû à un manque d’engagement de la part du secteur privé. Certes, certaines entreprises font montre de solidarité et d’esprit citoyen impressionnants, mais  d’autres, malheureusement, ne suivent pas ce mouvement. Par ailleurs, pour une solidarité optimisée, j’estime que les associations doivent se fédérer entre elles pour que leurs efforts ne soient pas dispersés. Ce qui est le cas à ce jour. En effet, dans une même région, on peut trouver plusieurs associations qui œuvrent pour la même cause, or pour les soutenir, l’aide, qu’elle soit financière ou autre, est un peu partagée entre elles et du coup on est loin d’atteindre les objectifs tant les efforts sont dispersés. Donc, il est impératif de fédérer ces associations. Et je pense qu’elles sont conscientes de cette déperdition d’énergie, mais seulement elles ne sont pas encore mûres pour franchir le pas. D’ailleurs, dans le secteur du handicapé, une Fédération s’est constituée mais elle n’a jamais pu fonctionner pour diverses raisons. Aujourd’hui, nous essayons de la relancer afin qu’elle puisse de s’acquitter convenablement de sa mission, et permettre une bonne organisation du secteur en vue d’une meilleure efficacité.

Outre la sensibilisation, y a-t-il des actions concrètes que vous entendez entreprendre à la suite de vos différentes visites pour, justement, amener le secteur privé à suivre votre démarche ?
A part la sensibilisation, nous avons lancé une opération de parrainage des enfants qui commence à donner ses fruits. L’État dispose de très peu de Centres destinés aux enfants en difficulté (abandonnés-handicapés), tels des centres de rééducation... Nous soutenons ces enfants en les parrainant pour qu’ils puissent trouver des places dans des Centres spécialisés, sachant que ces derniers sont payants, même s’ils émanent d’initiative associative. Au niveau du ministère, on est limité dans notre l’apport. D’où notre action auprès du secteur privé pour parrainer un plus grand nombre d’enfants. On commence à percevoir les résultats de cette action, même si cela demeure assez timide.

Votre Département dispose d’un petit budget au moment où les besoins et les ambitions sont considérables. Y a-t-il une explication à cela?
Avec notre budget, tel qu’il figure dans la loi de finances, on n’aurait certainement pas pu aller loin. Cependant, nous avons reçu le soutien du Premier ministre et nous sommes aujourd’hui à près de 16 millions de dirhams (hors budget), pour l’action de proximité que nous menons en faveur des associations. Ces 16 millions seront bientôt doublés. Ceci pour dire que nous avons les fonds nécessaires pour mener notre stratégie. Dans le cadre de la coopération internationale, nous avons un programme très ambitieux pour la lutte contre la pauvreté. Il vise essentiellement la femme. Pour ce programme, nous disposons de 18 millions de dirhams. Nous disposons également d’une enveloppe de près de 12 millions dans le cadre du programme MEDA. Dans cette optique, nous entendons réaliser une étude sur les personnes handicapées au Maroc, dont les résultats pourront permettre une meilleure prévention. Idem pour la femme, la mendicité, les personnes âgées. Bref, plusieurs études seront donc menées, pour avoir une vision globale sur les divers phénomènes qui saignent notre société, et par conséquent, parvenir à les cerner pour mieux les combattre. Par ailleurs, il faut aussi noter que notre plan d’action s’étale sur 5 années. Aussi, pour les prochaines lois de finances, nous avons d’autres projets que nous allons présenter et défendre. J’ai vraiment bon espoir (puisqu’aujourd’hui le social est une priorité de ce gouvernement), que nous aurons les budgets nécessaires pour la mise en œuvre de notre politique sur les cinq années à venir.

Entretien réalisé par
Mamady Sidibé
et Leïla Ouazry



 

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