Actualité | Economie | Entreprise | Finance | Grand Public | Lire, Voir, Entendre

Rechercher :
  
Edition


Administration
Articles » Actualité
Les paradoxes du gouvernement Jettou

Auteur :

Il semble, en effet, qu’un hiatus est déjà installé entre les actions, indéniablement positives, des différents départements ministériels et cette visibilité sans laquelle le retour de la confiance et de l’optimisme est impossible.
Pourtant, incontestablement, le bilan des trois premiers mois de l’équipe Jettou n’est pas inconsistant. Les premières mesures, notamment dans les champs économique et juridique ont été favorablement accueillies, tant pour la mise entre parenthèses de la loi sur les AT que pour le lancement du grand chantier de la réforme de la Justice. La Cour Spéciale de Justice, en tant que juridiction d’exception, vit ses derniers jours, tandis que les murs des prisons, (souvent marqués par les fumées des incendies meurtriers et ravageurs) ne sont plus aussi opaques qu’ils l’étaient dans le passé.

Une équipe performante, mais…

Des avancées réelles ont également été enregistrées sur des dossiers sensibles, comme celui de l’ANAPEC, où les responsabilités des uns et des autres seront déterminées par la Justice et les victimes indemnisées.
Des ministres comme Rabii, Alioua, Malki, Douiri, Mossadaq, Ghellab, Baddou, Hjira ou Boutaleb ont clairement exposé leurs priorités et les moyens de leur mise en œuvre tandis que Nabil Benabdallah passait son baptême du feu avec la loi sur la libéralisation de l’audiovisuel.
Le Parlement, également, est fortement sollicité par l’Exécutif puisque la session d’automne est-elle à peine terminée que s’est ouverte une session extraordinaire destinée à l’examen et l’approbation de plusieurs projets de lois nécessaires à l’organisation des prochaines élections locales.
La diplomatie n’est pas en reste avec la normalisation des relations maroco-espagnoles, la négociation d’un accord de Libre Échange avec les Etats-Unis ou la poursuite patiente d’une amélioration de nos rapports avec le voisin algérien.
Tout cela indique clairement que M. Jettou et ses collègues travaillent vite, beaucoup et bien. Et c’est d’autant plus positif qu’on a pu remarquer que les pouvoirs publics privilégient, en chaque occasion, le dialogue, la concertation avec les milieux concernés, qu’ils soient syndicaux, politiques, économiques ou de la société civile.
On se demande donc, dans ces conditions, qu’elles sont les causes de la réelle morosité et du pessimisme qui continuent de polluer l’atmosphère générale.
La première tient, peut-être, à la situation de liberté et de démocratie que vit le pays depuis plusieurs années. Il ne s’agit pas, en aucune manière, de regretter cet état ou de souhaiter un retour à des époques révolues. Les citoyens s’expriment plus librement, à voix claire et intelligible, et cela est d’autant plus perceptible que la presse, vecteur de tous les discours, ne manque pas de les reproduire, parfois même en les dénaturant. Dans ce contexte donc, les opinions se font connaître, à l’avantage, le plus souvent, de ceux qui veulent marquer leur différence, leurs divergences, sachant que la majorité est chez nous, comme partout ailleurs, silencieuse…

Pistons et parachutes

La seconde raison est liée à la première en ce sens que le discours pessimiste, critique, destructeur (parfois) a d’autant plus d’impact qu’il ne trouve pas en face de lui une démarche communicationnelle convaincante. Il est sans doute trop tôt pour demander des comptes à ceux qui ont aujourd’hui en charge la politique de communication officielle, mais force est de constater que l’espace de persuasion et de conviction est uniquement occupé par les détracteurs. Les médias officiels, surtout les télévisions, sont particulièrement faibles, n’offrant d’autre alternative aux citoyens que le zapping, essentiellement parce que ceux qui les dirigent n’ont pas ou plus la force et la volonté de mener une bataille, un combat pour la reconquête de l’opinion publique. Secondés par des "copains" ou des "copines", entourés de parachutés, ligotés par des statuts obsolètes qui ont fortement contribué à faire des télés des établissements de bureaucrates et de planqués, les managements baissent les bras quand ils ne vaquent pas à leurs passions.
Des émissions et des concepts sont fabriqués à la hâte, confiés à des "spécialistes de l’à-peu-près", tandis qu’on retrouve toujours les mêmes intervenants sur les plateaux…
La télévision de proximité est ainsi dévoyée, au profit d’un report massif des citoyens sur des chaînes étrangères qui, chaque jour un peu plus, instillent leurs idées et leurs valeurs au point où certains de nos concitoyens et concitoyennes ont changé de mode de vie en l’espace de quelques années !
De même, le discours religieux est laissé aux extrémistes, aux prédicateurs de pacotille, aux faux dévots qui excitent les passions, les haines et l’intolérance au point où ils mobilisent leurs troupes pour tenter d’interdire le spectacle d’un humoriste français, au risque de donner de notre pays l’image d’une terre d’exclusion et de dictature de la pensée unique (la plus rétrograde d’ailleurs).

Où sont les partis ?


Le troisième facteur qui alimente le pessimisme vient de l’absence de perspectives clairement énoncées par les pouvoirs publics, lesquels non seulement ne disposent pas de relais efficaces au niveau de l’appareil de communication officiel, mais, en plus, sont victimes de la faiblesse organisationnelle et de la passivité des formations politiques démocratiques et progressistes. Ces dernières, qui ont chèrement payé le prix de leur passage aux affaires entre 1998 et 2002, sont encore aujourd’hui principalement préoccupées par leurs querelles intestines, leurs règlements de comptes et les menaces de scission, au point où les seuls acteurs de la scène politiques sont ceux-là mêmes qui agissent de plus en plus ouvertement pour la prise du pouvoir, par tous les moyens, légaux et illégaux.
Certes, les premiers signes d’une réaction se font sentir, notamment du côté de la Koutla démocratique, mais l’on se demande, du fait de la discrétion des protagonistes de l’opération, s’il s’agit vraiment d’une volonté forte et partagée ou seulement d’un simple "tour de piste" illusoire et sans lendemain.
C’est dans un tel contexte donc, celui d’une faiblesse grave de la communication officielle, de vacance de la machine politicienne démocratique, d’opacité en termes de prévisions économiques et de manque de concret sur le terrain des réalisations sociales que se répand le discours négatif.  Il se développe et se répand par tous les canaux dont il dispose, du prêche à l’éditorial, de la tribune parlementaire au meeting improvisé à l’occasion d’un sit-in, de façon de plus en plus ouverte, ostentatoire, insolente.
En face de lui, il n’y a que l’appareil répressif de l’État, qu’on ne saurait utiliser pour faire taire la critique dans un régime démocratique et qui n’agit qu’à l’occasion de violations patentes de la loi et de l’ordre public.
Ce climat délétère, qu’entretiennent également des campagnes de presse systématiques et pernicieuses, doit être combattu par une démarche offensive, forte et décidée, radicale même. Elle ne saurait être réductrice de nos libertés et de notre choix irréversible pour la démocratie et le pluralisme. Mais elle devrait s’appuyer à la fois sur les actions et les acquis du gouvernement, la poursuite du dialogue avec les acteurs de la scène publique (milieux d’affaires, syndicats, partis, société civile) et la mise en place, rapidement, d’une grande politique de reconquête des esprits et des cœurs.
Le vrai bilan du gouvernement Jettou ne sera fait qu’à la fin de la législature. Mais si l’opinion publique n’est pas convaincue, dans les prochains mois, de la pertinence de son action, les citoyens exprimeront des choix qui ne prendront pas en compte les acquis et les résultats qu’il aura engrangés. Car ils auront été définitivement "détournés"…

Fahd YATA



 

Hebdomadaire marocain paraissant le jeudi - Directeur de la publication: Fahd Yata 320 BD Zerktouni, angle rue Bouardel - Casablanca - Maroc
Tel : +212 (0) 22 42 46 70 (7 lignes groupées) | Fax : +212 (0) 22 20 00 31
eMail :  
courrier@lanouvelletribune.com | www.lanouvelletribune.com