Dans le processus de changement politique, économique, social et culturel en cours au Maroc, la Justice se trouve propulsée en première ligne et sommée de s’acquitter de nombreuses missions nouvelles et d’assumer de lourdes responsabilités inédites. Du jour au lendemain, et sans la moindre préparation préalable, la Justice s’est retrouvée à la croisée des chemins que commandent les évolutions. Actuellement, la réforme est à l’ordre du jour. A l’occasion de l’ouverture de l’année judiciaire, le Souverain a annoncé plusieurs grands chantiers urgents qui collent à l’actualité chaude qui a marqué l’année écoulée. D’abord, le devenir de la Cour Spéciale de Justice est pointé du doigt. Le gouvernement Jettou est appelé à se pencher sur la situation de cette Cour et à soumettre au Souverain des propositions en la matière. Dans le même ordre d’idées, ces propositions doivent contenir l’impératif de la mise en place d’une juridiction spécialisée dans les crimes financiers, soucieuse de moraliser la vie publique, de protéger les deniers publics contre toute sorte de prévarication et d’ancrer dans les mœurs la culture et l’éthique de la responsabilité. Cette réforme devrait également réduire le risque d’erreurs judiciaires longtemps décrié dans les affaires traitées par la CSJ tels les dossiers des cantines scolaires, les minotiers, la CNCA, le CIH... Les autres réformes décidées par le Souverain concernent les conditions matérielles des magistrats. En effet, il a été souligné avec précision que la mise à niveau de la Justice passe par une bonne formation des magistrats ainsi que l’amélioration de la situation matérielle des juges débutants et auxiliaires de justice. Les greffiers ne sont pas en reste. S’ajoute à cela la mise en place d’une Amicale des Fonctionnaires de la Justice pour la promotion de leur situation sociale et professionnelle. Dans ce sens, il a été décidé de créer une Fondation Mohammédienne des œuvres sociales des magistrats et des fonctionnaires de la Justice. La réaction du gouvernement ne s’est pas fait attendre. Il promet son respect des instructions contenues dans le discours royal du vendredi 29 janvier 2003. Très vite, une Commission ministérielle pour la réforme de la Justice est créée. Celle-ci sera présidée par le Premier ministre et sera chargée de mettre en application les instructions du discours royal. L’équipe gouvernementale a souligné aussi qu’elle veillera à mettre en exécution les procédures visant la réforme de la Justice, rappelant qu’une importance particulière sera accordée à l’élément humain à travers l’amélioration de la situation financière du personnel. In fine, ce qui est sûr à l’heure actuelle, en dépit des difficultés dues aux impératifs du développement économique et social, c’est que, par les avancées qui ont été accomplies, plusieurs choses positives ont été réalisées, sous l’effet de facteurs internes et externes. Reste à connaître le degré de la volonté politique pour que l’évolution irréversible en cours arrive progressivement à son terme. La balle est dans le camp du socialiste Mohamed Bouzoubaâ. Arrivera-t-il à entériner le processus de réforme de la Justice? Réponse dans les mois à venir.
H.Z.