Ce qui pouvait être une occasion pour consolider l’action syndicale se transforme en une guerre politico-doctrinale entre la CDT de Noubir Amaoui et l’UGTM de Abderrazak Afilal. Chacune des deux parties se renvoie l’échec des négociations sur le statut des administrateurs et Cadres assimilés de la fonction publique. Pourtant, personne n’aurait imaginé un tel scénario lorsque le Premier ministre a fait l’annonce concernant l’amélioration de la situation des travailleurs de l’Administration, beaucoup d’observateurs avaient vu dans cette démarche un signe de décrispation notamment sur les dossiers chauds du pays. Bien que des divergences existaient sur la date d’application de l’entrée en vigueur du texte relatif aux indemnités des administrateurs, tous s’accordaient cependant à dire qu’il s’agissait là d’un grand pas qui a été franchi par l’équipe de Driss Jettou quant à la volonté du Gouvernement d’ouvrir des perspectives heureuses pour les cadres de l’Administration publique. Le nœud du conflit entre la CDT et l’UGTM, dans cette affaire, est que pour la première il est temps de passer à la vitesse supérieure, c’est-à-dire que la date de l’effet doit être ramenée au 1er janvier 2000, comme ce fut le cas des ingénieurs alors que le Gouvernement avance le 1er septembre 2003.
Dépasser les divergences
Une position qui semblerait arranger les affaires de l’UGTM. D’ailleurs, son alignement sur cette proposition gouvernementale explique bien le fossé qui est créé entre les deux centrales. En la matière, la centrale de M. Amaoui est intraitable : «il faut rompre les négociations car elles ne prennent pas en considération les préoccupations des travailleurs». Des propos qui n’ont pas tardé à faire réagir les instances supérieures de l’UGTM par la publication d’un communiqué au ton ostentatoire appelant la reprise immédiate des discussions mais aussi et surtout la nécessité d’unir les efforts pour aboutir à une solution honorable et pérenne quant à la situation des Administrateurs et Cadres assimilés de la fonction publique. Dans ce cadre, «le Secrétariat permanent de la Commission nationale des Administrateurs et Cadres assimilés (UMT) et le Bureau national du corps des Administrateurs (UGTM), et en l’absence de toute volonté urgente de résoudre le problème des Administrateurs et Cadres assimilés, décident le maintien et l’exécution du programme militant tout en exprimant leur regret pour l’attitude de l’instance exécutive des Administrateurs affiliés à la CDT». Ces derniers se seraient dérobés sans raison valable dans les discussions. Il n’est donc pas étonnant que l’UGTM et l’UMT aient appelé l’ensemble des Administrateurs et Cadres assimilés dans les différents secteurs à l’unité et à la vigilance pour mettre en échec toutes les vaines tentatives destinées à porter atteinte à la légitimité des leurs revendications. En clair, il n’est pas question pour l’UGTM de rompre les négociations sur ce dossier, ne serait-ce que par des grèves et des sit-in, pour amener le Gouvernement à traduire dans les actes les progrès acquis dans ce domaine. Cependant, comme le font remarquer beaucoup d’analystes, l’attitude du Secrétaire Général de la CDT ne peut surprendre personne. En perte de vitesse, affaibli par la création de la FDT, l’ancien membre du BP de l’USFP ne veut rater aucune occasion pour dire que son organisation est encore plus mobilisée que jamais. Son ralliement soudain avec l’UMT, après son retrait sur les négociations des Administrateurs et Cadres assimilés, en dit sur cette réalité alors que la Chambre des Conseillers venait d’adopter le code de travail. Une adoption qui est considérée comme un signe de bonne entente sur le volet social entre le Gouvernement et les représentations syndicales.
M.S.