| | Articles » Actualité | | Khatib dans le MUR Le PJD, un simple paravent… |
|---|
Auteur : Publier le : July 10, 2003
Les choses sont désormais claires et le chahut organisé qui a précédé la sortie du vieux militant conservateur a prouvé, si besoin était vraiment, qu’il n’avait aucune autorité (ou presque) sur une formation constituée en réalité de troupes acquises aux thèses des éléments les plus radicaux et les plus intransigeants emmenés par le "très savant" Ahmed Raïssouni.
Une vitrine
Si à la fin du règne de feu SM Hassan II, l’entrisme des islamistes dans le MPDC (qui allait devenir le PJD) avait été présenté comme l’expression d’une volonté communément partagée par le pouvoir et les secteurs les plus acceptables du radicalisme obscurantiste d’offrir une vitrine légale à ces derniers, il était pourtant vite apparu à certains que le Dr Khatib et ses proches n’étaient en réalité que des marionnettes entre les mains des Ramid, Raïssouni et consorts. Mais, les nécessités (ou présentées comme telles) d’une représentation fidèle de la réalité politique nationale, l’exigence démocratique et pluraliste proclamée et engagée dès 1999, l’influence croissante des idées rétrogrades au sein de la société civile et de la classe politique, tout cela avait contribué à " policer " quelque peu la démarche et même le discours des anciens militants de la Chabiba Islamiya de Motii. Ceux-ci, qui avaient parfaitement compris que la fonction tribunitienne serait un complément indispensable à leur travail exercé en profondeur auprès des masses populaires abandonnées par les formations traditionnelles, ont pendant quelque temps accepté de laisser croire que le Dr Khatib était le " patron " du PJD. Ayant ses entrées dans les cercles les plus élevés du pays, porté par un réseau d’alliances familiales très éclectique, " le bon docteur " était sans doute la personnalité la plus apte à masquer les véritables orientations et les desseins des islamistes qui, sans nul doute, comptaient bien l’utiliser jusqu’à leur conquête (pacifique ?) du pouvoir. Abdelkrim Khatib était là pour arrondir les angles, faire passer la pilule, offrir des garanties et des assurances, tandis que dans la réalité, tant au niveau des instances décisionnelles qu’à la base, dans la presse comme au niveau de la représentation parlementaire, les affidés du MUR des sieurs Ramid et Raïssouni affirmaient leur prééminence, leur pouvoir, leur volonté. Une telle situation, qui n’allait pas sans quelque clash (comme " l’entretien peau de banane " accordé par Raissouni à " Aujourd’hui le Maroc "), aurait pu perdurer longtemps, grâce au discours fallacieux sur l’acceptation des règles démocratiques et du jeu parlementaire par une force qui, en quelques occasions, montrait son vrai visage. Le ventre de la bête …
Ainsi Me Ramid, tout heureux du score du PJD au soir des législatives de septembre 2002, proclama-t-il son souhait de voir prochainement l’application de la chariaa. Ainsi la presse du PJD ouvrit-elle en grand ses pages aux discours les plus intolérants de prêcheurs en furie. Ainsi, au Parlement, des représentants du PJD proclamèrent-ils la nécessité de censurer des œuvres cinématographiques ou celle d’interdire les centres culturels étrangers. Ainsi, le Dr Khatib lui-même, interrogé sur la Salafiya Jihadiya (avant le 16 mai), considéra-t-il qu’il s’agissait " d’égarés qu’il fallait remettre gentiment dans le droit chemin ". Ainsi, les islamistes légaux s’échinèrent en chaque occasion à nier la réalité de l’essor de mouvements clandestins extrémistes, alors que leurs avocats se mobilisèrent pour assister et défendre les inculpés de la cellule dormante d'Al Qaïda.
Un PJD, «bc, bg»
La tragédie du 16 mai, pourtant, allait modifier une donne qui, peut-être, aurait permis au PJD de réaliser un raz-de-marée électoral aux prochaines communales. Les odieux attentats perpétrés par des éléments radicaux d’un islamisme qui, pour exister et prospérer, a besoin de posséder plusieurs visages, ont eu pour effet de permettre une prise de conscience à la fois populaire et officielle sur la liaison dialectique qui existait et existe toujours entre une approche politique et légale et une stratégie de déstabilisation par la violence et le terrorisme. Ceux qui croyaient qu’on pouvait s’accommoder d’un PJD " bon chic, bon genre ", " maghzénien " et fidèle aux institutions, ont commencé à percevoir que le flou artistiquement entretenu depuis plusieurs années sur les réelles intentions de l’aile radicale de ce parti devait disparaître. Il fallait, en somme, lever le voile sur les amis et les soutiens de la Salafiya, sur les connections éventuelles entre des réseaux activistes et des militants politiques, parce qu’en réalité, le 16 mai avait sonné le tocsin de la complaisance, de l’aveuglement, voire de la veulerie qui, depuis des années, servaient le discours et la progression de l’obscurantisme dans notre pays ! M. Khatib fut donc sommé de procéder à la séparation du bon grain de l’ivraie et, ô surprise, c’est l’ivraie qui rejeta le bon grain. Cette " découverte ", qui n’en est pas vraiment une pour certains, a mis le PJD sous le feux de l’actualité et prouvé qu’il s’agissait en réalité d’une formation radicale, acquise aux thèses les plus extrémistes, intolérante et dangereuse pour le devenir pluraliste et démocratique de notre pays. On ne saurait en effet, croire une seule seconde que MM. Ramid et Raïssouni sont des démocrates, des esprits ouverts et tolérants, Ils dirigent désormais ouvertement un parti donc l’existence légale est cruciale, cardinale pour eux car, avec un groupe parlementaire étoffé, une presse acceptée, des permanences actives au grand jour et l’utilisation des moyens que l’État accorde aux partis politiques, c’est la poursuite en toute impunité de leurs activités qui leur est permise aujourd’hui.
L’arroseur arrosé
C’est pour cela qu’ils ont empêché que le Dr Khatib ne prononce le week-end dernier l’éviction du MUR du PJD, la coquille qu’il habite depuis longtemps. C’est pour cela qu’ils ont " vidé le videur ". parce qu’en réalité, le PJD n’est rien d’autre que la vitrine légale du MUR, sa caution auprès des autorités, son paravent ! Il sera sans doute difficile au leader banni par ses troupes de proclamer encore longtemps l’illusion de son pouvoir et de son influence. Il sera encore plus difficile à ceux qui l’ont chargé de nettoyer le PJD de justifier leur démarche, parce qu’aujourd’hui il est inutile. Le PJD n’est pas soluble dans la démocratie ! À chacun d’en mesurer les conséquences… Fahd YATA
|
|