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Listes électorales : Doit-on se réjouir du nombre des nouveaux inscrits ?

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A cinq mois des prochaines échéances électorales, la scène politique est plutôt calme, pour ne pas dire morose. Les Marocains ont suivi les élections présidentielles en France de bout en bout, entraînés par une dynamique de marketing politique et une couverture médiatique soutenue. Ils connaissaient les différentes tendances politiques dans l’Hexagone, les programmes des candidats, et suivaient même de près l’évolution des sondages. En revanche, une grande majorité des Marocains ignore tout de ce qui se passe sur la scène politique nationale ; alors que le calendrier électoral est fixé (les candidatures doivent être déposées entre le 17 et le 24 août et la campagne devra démarrer le 25 août et s’achever la veille des élections prévues le 7 septembre). Une bonne partie de la population se perd dans une carte politique brouillée, un grand nombre de partis et aucune vision sur les programmes des formations. Est-ce à dire que les Marocains ne s’intéressent pas à la chose politique, ou est-ce l’offre politique qui laisse à désirer parce que les partis politiques toutes tendances confondues, n’arrivent pas à rassembler, autour de leurs idéaux, de leur convictions, …une population de plus en plus dépolitisée ? La deuxième thèse semble la plus plausible. En atteste l’intérêt que les Marocains ont manifesté à l’égard des élections françaises. De même, l’opération de la révision exceptionnelle des listes électorales, qui s’est déroulée du 5 avril au 4 mai, à l’initiative du département de l’Intérieur, illustre également ce fait. 1.415.191 est le nombre des nouveaux inscrits sur les listes électorales. Ce qui équivaut à 10% de l’électorat national, chiffré à 14.518.750, avant le lancement de l’opération de la révision exceptionnelle des listes électorales. Un chiffre qui réjouit l’Intérieur. Selon M. Hassan Aghmari, gouverneur directeur des élections au ministère de l’Intérieur, il s’agit de «résultats encourageants et d’un bilan positif témoignant de la volonté de participer massivement aux prochaines échéances électorales». Mais, en réalité, malgré une campagne de communication (spots TV, radio et affichage publics), dont des affiches dans les consulats du Maroc dans les pays à forte concentration de la communauté marocaine, on note que le début de cette opération n’a pas connu une affluence massive et que la cadence est allée en augmentant, par la suite.  Pourquoi ? Parce que les « Mokadems » ont reçu des instructions pour faire du porte à porte en vue de convaincre la population de s’inscrire sur les listes électorales. Une mission, fort embarrassante, selon ces derniers. «Cela ne relève pas de notre travail, c’est aux partis de mobiliser les gens. Et puis, les temps ont changé. Les gens n’hésitent pas à donner la réplique. De plus, la question des élections est encore très confuse dans l’esprit des gens. Certaine personnes confondent inscription sur les listes électorales et acte d’électoral»
C’est dire que la situation n’est pas aussi réjouissante, qu’on veut le faire croire. Certes, la parité entre les deux sexes sur la liste des nouveaux inscrits, dont plus de 70 % ont moins de 34 ans est plutôt intéressant, mais cela ne doit pas nous voiler la face. Sur l.415.191, il n’y a pas que des nouveaux inscrits, il y a aussi les réinscrits qui ont changé d’adresse. Donc, malgré tous les efforts de l’Intérieur, qui se substituent aux formations politiques, pour mobiliser les gens autour des prochaines élections, cette mobilisation demeure faiblarde. Sinon pourquoi rallonger cette opération d’une semaine supplémentaire. Aujourd’hui, on est encore obligé d’avoir recours à des anciennes méthodes pour inciter les gens à s’acquitter de leur devoir.  Est-ce parce que la population n’a pas encore assimilé que le vote est le seul moyen de participer au processus démocratique et que grâce aux votes des électeurs, les choses peuvent basculer d’une extrémité à l’autre ?
Ce n’est certainement pas une question de conscience politique, mais plutôt d’un électorat déçu par des promesses jamais tenues, des formations dans lesquelles la population ne se reconnaît pas et une classe politique vieillotte qui refuse de passer la main. 

Leila Ouazry



 

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