Entre 2002 et 2006, les indices MASI et MADEX ont enregistré des performances boursières respectives de 218,05 % et 208,19 %. La capitalisation boursière a progressé de 378,42 % et les volumes échangés sont passés de 6,47 milliards de dirhams à fin 2002 à 117,38 milliards de dirhams à fin 2006. Quels sont les facteurs qui expliquent ces bonnes performances? Les analystes et observateurs avertis vous diront qu'il s'agit de l'effet combiné de nombreux facteurs émanant aussi bien de la Bourse de Casablanca, des autorités de tutelle, des émetteurs, des intermédiaires, des gérants de fonds, des investisseurs (particuliers et institutionnels), etc. Sans souci d'être exhaustive, nous essayerons, avec les analystes d'Attijari Intermédiation de revenir sur l'apport des différents intervenants.
Tout d'abord, il y a l'évolution favorable de l'environnement macro-économique se traduisant par une maîtrise accrue des fondamentaux de l'économie nationale (inflation, chômage, dette, etc.), une dépendance de moins en moins forte de la croissance du PIB des aléas climatiques et des avoirs extérieurs importants entretenus particulièrement par l'évolution favorable des transferts des MRE, des recettes touristiques et des investissements étrangers. En plus des différentes réformes entreprises au cours de ces dernières années et de l'amélioration de la bonne gouvernance, le climat des affaires s'est amélioré se traduisant par une plus grande visibilité pour les investisseurs locaux et un intérêt grandissant du Royaume pour les investisseurs étrangers, plus particulièrement des pétrodollars. «Cette situation a contribué à entretenir une surliquidité du système monétaire née de l'octroi de la 2 ème licence GSM et qui profite actuellement au marché boursier lequel tire également profit des arbitrages favorables que lui offre la baisse des taux obligataires», fait remarquer M. Abdelaziz Lahlou, Analyste chez Attijari Intermédiation.
Liquidité accrue
Ensuite, il y a bien évidemment l'ensemble des mesures entreprises par la Bourse et les autorités de tutelle pour moderniser la place et la rendre plus attrayante.
Au niveau de la Bourse, d'importants investissements ont été consentis pour restructurer la place et la moderniser, pour la mettre au diapason des places financières les plus développées. Ces investissements matériels et humains ont permis, avec la coopération des autres partenaires (CDVM, Maroclear, Sociétés de Bourse, etc.), de réduire considérablement les délais de règlement/livraison à J+3, de délocaliser les stations de trading au niveau des sociétés de Bourse, etc. En plus, durant la période de crise, «la Bourse n'a pas lésiné sur les moyens de communication pour vulgariser et démocratiser le marché boursier et aujourd'hui on récolte les retombées positives de cette politiques», soutient l'analyste. L'«Ecole de la Bourse», le «Championnat National de la Bourse» et les rencontres organisées régulièrement avec le public et les émetteurs potentiels ont ainsi beaucoup contribué à démystifier le marché.
Le CDVM, pour sa part, s'est beaucoup investi pour améliorer la confiance des investisseurs depuis la crise de 1998-2002 en renforçant ses pouvoirs, complétant le cadre règlementaire (offre publiques, radiation, etc.), mettant en place un système de garantie de bonne fin des opérations, veillant à l'intégrité du marché, etc.
Pour sa part, l’Etat n’a pas ménagé ses efforts en accordant une série d’incitations fiscales aux investisseurs et aux émetteurs. Dans ce cadre, et jusqu'à fin 2005, les plus values réalisées par les personnes physiques sur le marché boursier étaient exonérées d'impôt. Idem pour les plus values générées par les OPCVM investis à hauteur de plus de 85 % en actions. Et toujours dans le but d'attirer encore plus d'émetteurs, les entreprises nouvellement introduites en Bourse bénéficient depuis 2002 et sur trois années des abattements fiscaux compris entre 25% et 50 % sur les bénéfices réaliséss, selon qu'il s'agisse d'une opération de cession de titres ou d'une augmentation de capital. Aujourd'hui, les plus-values de cession de valeurs mobilières sont taxées sans que cela n'entraîne d’effets négatifs sur les transactions. La dynamique du marché durant l'année 2006 et depuis le début de l'année en cours en est une illustration de la maturité de la place casablancaise. Pour M. Lahlou, «le mécanisme d'imposition est entré dans les moeurs du fait notamment que les investisseurs acceptent plus facilement la méthode de retenu à la source et rechignent celle des déclarations». Contrairement aux deux premiers avantages fiscaux cités, l'abattement fiscal au profit des nouveaux émetteurs a été prorogé pour une période de trois années et court donc jusqu'en 2009. Avec cette prorogation, les autorités, bien qu’en lutte contre les niches fiscales, montrent une fois de plus leur volonté d'accompagner les entreprises qui souhaitent rejoindre la cote et donc adopter les règles de la transparence.
Les PME familiales
Par ailleurs, cette incitation fiscale a contribué au changement de périmètre de la Bourse de Casablanca matérialisé notamment par l'arrivée le marché de nouveaux émetteurs de poids (BCP, Maroc Telecom et Addoha) qui ont changé complètement la physionomie de la place. En tout, 15 nouvelles entreprises ont rejoint la cote depuis 2002 dont une belle brochette de PME. «La modernisation des outils industriels et l'évolution du capitalisme familiale marocain pour faire face à la mondialisation poussent à l'ouverture du capital des PME aux institutionnels qui disposent des capitaux et de l'expertise», explique pour sa part M. Jalal Berrady, Administrateur Directeur Général d'Attijari Intermédiation.
En outre, et conséquence du changement du périmètre, la liquidité du marché s'est fortement améliorée. Le ratio de liquidité de la place est ainsi passé de 7,4 % en 2002 à 28 % en 2006. «Les introductions populaires (Maroc Telecom, Lydec, Addoha, BCP, etc.), la fusion BCM/Wafabank, les programmes de rachats par les sociétés cotées de leurs propres actions (Ciments du Maroc, Auto Hall, BMCE Bank, BMCI, Unimer, Samir, etc.) et les augmentations de capital procédées par certaines entreprises de la cote (cas d’Afriquia Gaz) ont contribué à la dynamique du marché boursier en élargissant fortement la base de la clientèle et le champ d'intervention des investisseurs (OPCVM, particuliers, institutionnels locaux ou étrangers, etc.)», souligne M. Berrady. Parallèlement, «le professionnalisme dont font preuve les institutionnels en dotant leurs équipes des moyens humains et matériels performants et en introduisant la culture de la performance au niveau de la gestion déléguée de leurs portefeuilles ont influé énormément sur l'amélioration de la liquidité du marché», ajoute t-il.
De leurs côtés, les sociétés cotées, grâce surtout aux opérations de restructurations, de maîtrise des charges et de diversification des sources de revenus, ont vu leurs résultats s'améliorer considérablement depuis 2002 contribuant ainsi à la consolidation de leur solidité financière. Cela s'est traduit également par une politique de distribution de dividendes plus généreuse depuis 2002. «En plus des solides bénéfices engrangés par les sociétés cotées, celles-ci ont amélioré considérablement leurs communications financières au profit des investisseurs», rajoute M.Lahlou.
En gros, ce sont tous ces facteurs, et tant d’autres encore, qui expliquent les bonnes performances de la place casablancaise au cours de ces dernières années.
Enfin, et pour ce qui est des perspectives boursières 2007, les analystes d'Attijari Intermédiation jugent que «les valorisations sont à des niveaux élevés et qu'une consolidation est nécessaire”. Ils n’en demeurent pas moins optimistes quant à l'évolution du marché boursier en 2007 et de l'arrivée de nouvelles recrues.
Moussa Diop