La Nouvelle Tribune : CFG accompagne Risma en qualité de Banque d’Affaires depuis le démarrage du projet en 1996, pouvez vous nous dire en quoi Risma peut servir de « Cas d’Etude » pour des entreprises en développement ?
Souad Belbachir et Salma Benaddou Idrissi : Le développement de Risma a reposé sur une stratégie claire et pensée à l’avance. Avant toute chose, rappelons le contexte dans lequel a été initié le projet. En 1996, le Tourisme traversait la crise la plus grave de son histoire ; il s’agissait alors pour les autorités publiques de relancer le secteur en y associant l’un des premiers opérateurs mondiaux. C’est ainsi qu’Accor a accepté de concevoir un dispositif global très ambitieux dans le cadre d’une convention d’investissement signée avec le gouvernement.
La stratégie d’implantation de Risma prévoyait un développement en plusieurs phases. Elle consistait d’abord en l’acquisition et la rénovation d’unités existantes pour atteindre la taille critique de 2.500 chambres nécessaire pour assurer une commercialisation internationale efficace, puis passait ensuite par la création de nouvelles capacités plus modernes et adaptées à la demande. Le développement du groupe reposait également sur une reproduction à l’échelle nationale du modèle Accor et ce à travers une approche multi-segment et multi-régions.
Aujourd’hui, dix ans après, on peut dire que Risma a gagné son pari. Le groupe exploite un parc de 21 hôtels, soit 2.915 chambres dont 60% résultent de la reprise d’unités existantes et 40% de développements nouveaux. L’objectif d’arriver à une taille critique de 2.500 chambres est atteint. Risma a également réussi son pari avec un Business Model fondé sur les équilibres : une couverture de tous les segments d’hôtellerie allant du luxe à l’économique, et une couverture géographique avec une présence dans douze villes du Royaume.
Cette vision industrielle est également supportée par une logique financière rigoureuse basée à la fois sur la maîtrise des coûts investissements et l’orthodoxie financière. Tous les investissements sont financés à 50% en fonds propres et 50% en dettes.
Risma est un modèle de gouvernance et de transparence. Les promoteurs du projet ont opté pour une structure duale avec un Directoire chargé de la gestion et du développement et un Conseil de Surveillance qui le contrôle. Deux administrateurs indépendants représentent les minoritaires au conseil et jouent un rôle important puisque toutes les décisions importantes sont prises à la majorité qualifiée. Enfin, Risma bénéficie d’une excellente réputation de transparence auprès des marchés avec une stratégie de communication financière régulière (tous les trimestres) lui permettant de communiquer clairement sur la stratégie de développement du groupe et ce depuis l’émission de l’ORA en 2003 jusqu’à l’introduction en Bourse.
Risma a connu un grand succès à son introduction en Bourse, quelles en sont à votre avis les raisons ?
Risma rencontre en effet un vif succès auprès de la communauté des investisseurs. Au-delà des fondamentaux de l’entreprise que l’on vient d’évoquer ensemble et de l’embellie observée sur le secteur depuis 2001, le succès de Risma en Bourse repose sur la conception même du projet. En effet, les promoteurs du projet ont adopté dès l’origine, une logique de marchés financiers, axée sur la performance, la transparence et la rentabilité, eux mêmes gages de pérennité.
L’introduction en Bourse de Risma a été préparée 7 ans à l’avance. Elle apparaissait déjà comme un objectif dans le pacte d’actionnaires signé initialement en 1999. Et très vite dans la stratégie du groupe, Risma sollicite les marchés financiers pour financer son développement. Risma a ainsi procédé à une émission obligataire de 180 millions de dirhams en 2002, puis une émission d’obligations remboursables en actions de 200 millions de dirhams en 2003. Ces opérations ont permis d’initier petit à petit la communauté financière au secteur touristique et à l’entreprise à travers une communication financière régulière. Ces opérations lui ont également permis d’établir une relation de confiance avec les investisseurs, puisqu’elle a toujours atteint voire dépassé ses objectifs. Aujourd’hui encore, Risma est en avance d’un an par rapport au Business plan communiqué dans la note d’information de l’introduction en Bourse.
Vous avez parlé de l’Obligation Remboursable en Actions, pour quelle raison Risma a émis ce produit hybride au lieu de s’introduire directement en Bourse en 2003 ?
En 2003, le Business plan de Risma laissait apparaître un besoin de financement de 200 MDh pour faire face au programme de développement et maintenir une structure financière saine et prudente avec un niveau d’endettement de 50%. A l’époque, l’introduction en bourse de Risma était jugée prématurée puisque la société allait devenir bénéficiaire seulement trois ans après. Les ORA nous ont ainsi paru être le produit le plus adapté puisque qu’ils permettait de servir un coupon soit une sorte de dividende préférentiel en attendant que l’entreprise devienne bénéficiaire et puisse distribuer des dividendes. L’ORA offrait en sus du coupon, des perspectives de rémunération sous forme de plus-value à moyen et long terme. Toute la structuration de l’opération reposait sur l’engagement de Risma à s’introduire en Bourse avant le remboursement final des ORA en actions.
L’opération a connu un grand succès auprès des gestionnaires d’OPCVM et des compagnies d’assurance qui ont pu mettre cet investissement en face de leurs réserves techniques puisque le titre était coté. Les actionnaires historiques de Risma ont également participé à l’opération. Cette opération a été un parfait prélude à l’introduction en Bourse. Elle a permis de faire rentrer progressivement dans le tour de table de Risma les principaux investisseurs financiers de la place puis le grand public.
Aujourd’hui Risma a un ambitieux programme de développement, comment comptez-vous les financer ?
Aujourd’hui, Risma programme de lancer 13 nouveaux hôtels à horizon 2009, soit un total de 2.181 chambres, pour un investissement de 1,5 Mrds de Dh. C’est un programme ambitieux qui s’articule autour des trois axes stratégiques : développer une nouvelle génération de Sofitel en adéquation avec la montée en gamme de l’enseigne Sofitel dans le monde, compléter l’offre hôtelière 4* avec l’implantation des marques Novotel et Suitehôtel au Maroc et poursuivre le maillage du territoire avec la chaîne Ibis Moussafir.
Le financement de ce programme de développement repose principalement sur le produit de l’introduction en Bourse de Risma par augmentation de capital réalisée en mai 2006. A fin 2006, les fonds propres de l’entreprise s’élèvent à près d’un milliard de dirhams et le levier financier ressort à 27%. Cette structure financière solide combinée à une capacité d’autofinancement en augmentation lui permettent de financer confortablement son programme de développement à travers des levées de dettes supplémentaires. Une des options est de faire appel au marché obligataire pour financer une partie de son projet et profiter ainsi de la baisse historique des taux d’intérêts au Maroc.
Entretien réalisé par
Afifa Dassouli