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Mohand Laenser, S.G du Mouvement Populaire, livre ses vérités

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Publier le : June 19, 2003

- “Il faut que nous revenions à de grandes familles politiques pour que celles-ci puissent assumer leurs responsabilités.

- Nous ne pouvons pas continuer à avoir des gouvernements où tout le monde est présent et où finalement personne n’assume ses responsabilités.”

La Nouvelle Tribune : Quelle signification portent en elles les opérations terroristes du 16 mai ?
M. Mohand Laenser:
De prime abord, je pense qu’il ne faut pas cacher la réalité. Ce qui s’est passé à Casablanca le 16 mai est très grave en tant qu’événement puisqu’il a engendré beaucoup de blessés et de victimes. Très grave parce qu’il touche la crédibilité du Maroc et surtout les efforts qui sont en train d’être entrepris sur les plans démocratique, politique et socio-économique. Très grave également car nous sommes en train de rompre avec les valeurs de la société marocaine puisque tout au long de l’histoire du Maroc, et dans ses moments les plus difficiles, ce pays n’a jamais connu une situation dans laquelle ses enfants se sont fait exploser. Effectivement, cela signifie qu’il y a quelque chose qui n’est certainement pas marocain et qui n’a rien à voir avec les préceptes de l’Islam. Là je ne parle pas des commanditaires, mais je pense surtout à cette nouvelle culture que nous vivons et qui n’est pas marocaine et comme tout le monde le sait, elle nous vient d’ailleurs.

La fusion entre votre parti, le MNP et l’UD est, pour certains, purement électoraliste. Qu’en dites-vous?
Je ne le pense pas. Si c’était le cas, nous chercherions ailleurs, d’autres partis. Il faut dire aussi qu’actuellement nous sommes en train de discuter avec quelques formations pour des alliances électorales.

Pouvez-vous être plus précis à ce sujet?
Je pense qu’il est trop tôt pour en parler. Le champs est ouvert. Comme vous le savez, pour les élections locales il s’agit de situations différentes d’une province à l’autre. Donc, il est possible d’avoir une alliance avec un parti x dans telle province et avec un parti y dans une autre province. Pour revenir à la famille Harakiste, il s’agit  d’une relation plus profonde. Dans un premier lieu, nous avons commencé notre démarche d’alliance l’année dernière avec le MNP. Ce rapprochement était concrétisé par la création d’un groupe parlementaire. Nous avons également pu travailler en commun lors des élections législatives. Ensuite et dans la perspective d’élargir notre alliance, je ne dirai pas encore fusion, mais notre marche vers la fusion et de l’élargir à toute la famille de la mouvance Harakiste, nous nous sommes rendus compte que quelque chose ne fonctionnait pas sur le plan politique dans ce pays. Actuellement, il y a une prise de conscience, c’est que l’on ne peut pas faire de la politique avec un champs politique émietté et effrité. A partir du moment ou l’on parle d’alternance et une fois que la période transitoire est passée, il faut que nous revenions à de grandes familles politiques pour qu’elles puissent assumer leurs responsabilités. Nous ne pouvons pas continuer à avoir des gouvernements où tout le monde est présent et où finalement personne n’assume ses responsabilités.  Nous nous sommes rendus compte également que pour mieux défendre les valeurs du Maroc, il faut des forces politiques qui ont un poids significatif, qui puissent réellement influer sur la décision politique. C’est à partir de là qu’émane notre idée de fusion.

Dans le même sens, actuellement et en terme de chiffres, la mouvance Harakiste est la première force politique au Parlement. Néanmoins, votre poids dans la prise de décisions dans cette institution demeure faible et sans échos. Comment expliquez-vous cette situation?
C’est vrai, les trois partis qui ont décidé d’unir leur action et préparer leur fusion future, constituent la première force politique au Maroc à la fois à la Chambre des Représentants et à la Chambre des Conseillers. D’abord, il est à préciser que cette mouvance n’est dirigée contre personne. Elle se veut au service du pays et de la démocratie. Et elle se veut essentiellement une force qui peut influer dans le sens où elle sera une force de proposition. Mais c’est trop tôt. Je pense qu’il ne faut pas non plus que nous essayions de tirer un peu de gloriole de ce que vient d’être réalisé. Cela est encore fragile et il ne sera consolidé que dans les étapes à venir. Je dirais qu’au moment où cette force sera plus soudée, elle se manifestera non pas pour réclamer des postes au gouvernement mais pour faire exprimer la voix de cette masse qui lui a fait confiance.

Qu’en est-il aujourd’hui des acquis berbères ?
Pour être honnête, le monde amazigh avec sa culture et sa langue est une revendication qui a toujours existé dans nos programmes. Justement, le MP, depuis sa création, n’a jamais occulté cette revendication. Car en réalité, nous étions toujours convaincus qu’il faut absolument préserver l’authenticité, la personnalité et l’identité marocaines. Justement, nous n’avons jamais voulu politiser cette donne. Loin de là, nous avons laissé l’initiative aux associations et nous les avons soutenues indirectement au Parlement, au gouvernement et aujourd’hui nous estimons que le travail qui a été fait par la société civile amazigh, par les politiques amazigh, a bel et bien donné ses résultats. Ce n’est pas encore un acquis définitif. Les gens attendent encore plus, notamment, la création de l’institut, la reconnaissance de la langue, la charte..., et que tout cela soit traduit dans la réalité. De notre part,  nous mesurons les difficultés et nous estimons qu’il faut du temps. Et , bien sûr, nous continuons à militer.

Avec quel esprit préparez-vous les prochaines élections communales?
Il ne faut pas se faire d’illusions. Ces élections sont très difficiles. Ce sont des élections de proximité. Au niveau des communales, chaque commune est un cas très particulier. Il faut des hommes et 25 000 candidats. Il faut tenir compte de ce qui est en train de se faire politiquement dans la famille de la mouvance. Cela veut dire qu’à côté de l’esprit unitaire qui voudrait qu’on aille vers le candidat commun, il faut tenir compte aussi des velléités et des individualités qui sont sur place. Donc, tout cela demande du travail et au sein de la mouvance, nous ne nous faisons pas d’illusion. Nous ne disons pas qu’on va arriver à 80 ou à 100% de candidats communs puisque nous venons juste de commencer. Mais nous voulons lors de ces consultations insuffler l’esprit de l’unité de la mouvance à nos candidats de la base. Nous sommes en train donc de travailler comme tout le monde. Il y a un nouveau mode de scrutin qui est celui de la liste, dans les villes. Ca va être aussi un éparpillement et ce n’est pas facile non plus. Mais nous estimons que c’est un prix à payer et nous le payerons. C’est-à-dire, nous irons avec nos moyens, nous battre sur le terrain. Car le Maroc vaut bien cela.             

Êtes-vous de l’avis de ceux qui estiment qu’il faut interdire un parti à obédience religieuse?
Je pense qu’au moment où dans un pays musulman la constitution reconnaît que l’Islam est la religion d’État et où le chef de l’État est Amir El Mouminine, nous estimons que nous devons mettre la barrière entre ce qui relève de la compétitivité politique - car là il y a divergence et multiples opinions - et ce qui est du domaine religieux qui est une valeur commune à l’ensemble des Marocains musulmans. Indirectement, tous les partis politiques au Maroc se reconnaissent dans le cadre musulman puisque c’est la Constitution qui le prévoit. Faut-il interdire ou non? Je pense que quand on aura adopté la loi sur les partis, il faudra interdire ceux qui ne la respectent pas. Actuellement, ceux qui veulent jouer le jeu politique et qui prônent un discours islamiste ou moins islamiste, ne me dérangent absolument pas. Mais qu’ils exploitent, instrumentalisent la religion et  utilisent les mosquées, là je serai contre. Aujourd’hui nous ne sommes pas arrivés là . Le seul parti a existence légale n’est pas encore au stade d’instrumentaliser la religion même s’il y a des individus à l’intérieur qui doivent payer s’ils sont reconnus un jour fautifs.

Propos recueillis par
Hassan Zaatit



 

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