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Le Koweït après la chute de Saddam : D’évidences en évidences … Reportage

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Aéroport ultra moderne et flambant neuf, largement identique à ses homologues que l’on rencontre un peu partout outre-Atlantique, telle est la première impression du passager qui atterrit à Koweït City. Tout juste avant, cependant, qu’un des membres d’une équipe médicale tout de blanc vêtue ne vous introduise dans l’oreille (ouf !) un thermomètre électronique pour vérifier si vous n’avez pas de la température, l’un des symptômes annonciateurs de la première grande épidémie du XXIe siècle, le SRAS.
Et, tandis que vous réceptionnez vos bagages dans un terminal climatisé, vous vous prenez à regarder avec curiosité et intérêt, la foule bigarrée qui vous entoure.
Car, ce qui frappe d’emblée le visiteur qui arrive dans cet État du Golfe connu pour ses richesses pétrolières (et partant celle de ses ressortissants), c’est l’extrême diversité des physionomies, des races et des modes vestimentaires qui le caractérise. Blancs, Jaunes, Noirs, Arabes, Européens, Asiatiques se côtoient et ainsi apparaît la première évidence du Koweït, un pays où les ethnies, les religions et les nationalités sont nombreuses, où les Koweïtiens de pure souche donc constituent au plus 35 % de la population totale de cet émirat.
La seconde évidence qui saute aux yeux est celle de la grande sophistication et la qualité des équipements et des infrastructures qui existent dans ce pays. Un réseau autoroutier de premier ordre, avec des highways à trois et quatre voies (contre deux chez nous), des échangeurs aussi nombreux que complexes en termes de circonvolutions, un éclairage public omniprésent, un bord de mer superbement aménagé, des galeries marchandes et des grandes surfaces à faire pâlir d’envie Marjane et Métro réunis, des boutiques de grand luxe pour les marques les plus célèbres (et les plus chères) du monde…
La troisième évidence, sans doute moins positive, est celle d’une réelle dichotomie entre certains quartiers ou plutôt îlots d’habitation du centre ville et les zones résidentielles. Car tout le monde n’est pas riche au Koweït où travaille une main d’œuvre immigrée, en provenance essentiellement du Bangladesh et des Philippines, et qui, de l’aveu même de certains Koweïtiens, n’est pas toujours rémunérée en fonction des efforts fournis. Ce sont ces immigrés qui habitent dans ces immeubles miteux et jaunis par le sable du désert que l’on devine tout proche malgré la luxuriance d’une végétation abondamment arrosée à prix d’or (quand on connaît le prix d’un litre d’eau provenant d’une usine de désalinisation d’eau de mer).
Enfin, dernière évidence, facile à reconnaître, celle d’une réelle tolérance et d’une grande liberté qui caractérisent la société koweitie. Les hommes portent indifféremment tenue traditionnelle, costume européen ou encore "casual wears" (avec une prédilection quand même pour l’habit national), quand les femmes adoptent soit le style moderne, soit l’habit du pays, ample et long. Les cheveux sont souvent couverts, mais rares sont les "burquas" de style saoudo-afghan, au point où l’on a l’impression que cette tenue d’un autre âge, qui transforme littéralement les femmes en bâches ambulantes, est plus répandue dans certaines zones de Casablanca et de Fès qu’à Koweït City !

Le trauma Saddam

Séjourner une semaine dans cet Émirat, rencontrer des officiels, discuter avec des candidats aux prochaines élections législatives (prévues pour début juillet), questionner les commerçants ou des collègues journalistes a largement constitué le menu quotidien de l’envoyé spécial de La Nouvelle Tribune, en marge donc d’un colloque consacré aux médias arabes après la chute du régime de Saddam Hussein. Et avec chacun des interlocuteurs s’est exprimée une forte conviction, celle de la délivrance, matérialisée par l’éviction de l’équipe dirigeante du pays voisin, l’Irak.
Car indéniablement, le Koweït et les Koweïtiens respirent depuis la fin de l’équipée américano-britannique contre le régime dictatorial de Saddam. Ils vouent une admiration et une reconnaissance sans bornes à MM. Bush et Blair, exactement à l’opposé sans doute de l’inimitié que ces deux dirigeants occidentaux inspiraient à la "rue arabe" avant l’effondrement soudain et passablement inexpliqué à ce jour du régime baâthiste en place à Bagdad.
Personne dans l’Émirat n’a, en effet, oublié la sauvage annexion entamée le 30 juillet 1990 et les sept mois d’occupation perpétrés par l’armée irakienne, avec ses cohortes de meurtres, d’enlèvements, de pillages systématiques, de viols et de vols.
Personne n’accepte, non plus, la disparition à ce jour de 605 personnes (dont des femmes, des vieillards et des enfants) emmenées en otages par une armée en déroute qui fuyait devant l’offensive de la "grande coalition" en février 1991. Les "glorieux soldats de Saddam" se saisirent alors de plus de sept mille civils comme boucliers humains avant de les interner dans des prisons irakiennes durant plus de dix années. La grande majorité de ces innocents est aujourd’hui rentrée au Koweït, mais il manque toujours six cent cinq noms sur la liste et si les parents des "missing" gardent encore l’espoir, la découverte de charniers et de fosses communes un peu partout en Irak, avec des centaines de cadavres présentant des traces de tortures et les stigmates d’exécutions sommaires laisse planer peu de doute sur le sort de ces malheureux.
Comme des dizaines de milliers d’Irakiens, des milliers de Kurdes, ces otages koweïtiens ont été assassinés par les séides de Saddam, dans le silence des prisons secrètes et l’indifférence totale d’une très grande majorité des opinions publiques arabe et internationale.
Pouvait-il en être autrement quand des décennies durant les "envoyés spéciaux" du régime irakien arrosèrent abondamment partis politiques, journaux et journalistes, syndicats et ONG pour couvrir les crimes de Saddam et lui conférer une auréole de victime et de héros de "la lutte antisioniste et anti-impérialiste" ?
Il est vrai qu’ils n’étaient guère nombreux au niveau de la grande famille de Gauche, dans le monde arabe et ailleurs, ceux qui, à l’instar des regrettés Ali et Nadir Yata, d’Al Bayane, du PPS (et de quelques autres) eurent le courage, dès le premier jour de l’invasion irakienne du Koweït à la fin de juillet 1990, de dénoncer cette violation de la légalité internationale et cette annexion d’un État souverain et indépendant…
Mais le Koweït, ses dirigeants, ses citoyens n’ont guère oublié, eux qui reprochent ouvertement à nombre de dirigeants politiques, à la presse et aux organisations de masse du monde arabe leur silence complice, considérant qu’il a été parfois acheté au détriment du bien-être et de la santé des millions d’Irakiens maintenus dans une situation alimentaire et sanitaire déplorable par un Saddam Hussein qui s’accommodait parfaitement de l’embargo  onusien et qui, avant sa disparition inopinée, a laissé derrière lui plusieurs milliards de dollars en cash dans ses palais et résidences, nonobstant les fonds déposés dans des banques étrangères.
Sans complexe donc, le Koweït en entier se félicite de la chute du régime dictatorial et oppresseur en Irak, comme il loue la présence des armées américaines et britanniques. L’Émirat appuie la démarche de Londres et Washington et affirme sa confiance dans l’avenir pacifique de la région, une fois "l’ogre de Bagdad" disparu. Mieux encore, tous les interlocuteurs de La Nouvelle Tribune ont exprimé la conviction que la nouvelle donne permettra rapidement de développer l’Irak frère et voisin et redonnera à son peuple la richesse, la puissance et la place qu’il occupait avant la prise du pouvoir par le Baas à la fin des années soixante du siècle dernier.
Et si l’Irak est aujourd’hui libéré, le Koweït, lui, respire.
(À suivre…)

Fahd Yata,
Koweït City



 

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