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Terrorisme islamiste : Des tentacules sur l’Afrique du Nord et l’Europe

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Al Qaïda étendant ses tentacules sur le Maghreb et donc sur l'Europe, le scénario cauchemar des services occidentaux de la lutte anti-terroriste après le 11 septembre 2001 est peut-être devenu réalité. La série d’attentats qui vient d’ensanglanter l’Algérie, et visait d’abord les forces de l’ordre, n’est certes pas inédite, mais le doute n’est plus permis. Il ne s’agit plus des derniers soubresauts d’un terrorisme qu’on disait moribond (voir ci-dessous). Des indices s’accumulent aussi sur l’autre rive de la Méditerranée. L'arrestation d'un ressortissant marocain, le 5 février dernier à Reus, en Catalogne, n’a certes pas fait grand bruit dans les médias internationaux, mais il confirme aux enquêteurs que la menace est montée d'un cran. M’bark El Jaafari, qui vivait en Espagne depuis trois ans avec un titre de séjour apparemment en règle, ne faisait guère parler de lui et n'avait pas de problèmes de voisinage. Il est pourtant suspecté d'avoir été l’une des chevilles ouvrières d’une filière de kamikazes pour l’Irak qui a pris en charge le recrutement et la logistique de 32 volontaires sous la houlette du GSPC (Groupe Salafiste pour la Prédiction et le Combat) algérien. Toujours selon les enquêteurs espagnols, les terroristes transitaient par les "camps d'entraînement" de cette organisation.

La mue du GSPC

Mais le « jihad » irakien dissimule d’autres objectifs puisque ce terroriste présumé était également recherché par la justice du Royaume pour sa participation à un réseau qui aurait "planifié opérations et attentats" sur le sol marocain. Depuis le démantèlement de ces cellules clandestines en juillet, puis décembre dernier par les services marocains de sécurité, El Jaafari faisait l'objet d'un mandat d'arrêt international. Quelques jours auparavant, dans le cadre de la même opération, les services espagnols avaient interpellé un autre Marocain, Abdellatif Nekkaoui, qui exerçait le métier de maçon en Espagne où il était arrivé cinq ans plus tôt en provenance de Fès. Il est soupçonné d'appartenir à une filière qui fournissait argent et papiers aux «martyrs» de la cause irakienne. "C’est désormais la question centrale sur laquelle recrutent toutes ces filières qui ciblent la jeunesse issue de l'immigration" souligne un spécialiste français des services de renseignements dont la mission consiste justement à repérer et à neutraliser les "candidats au départ". Ce travail de surveillance discret et efficace s'est traduit par des dizaines d'arrestations, mais aussi d'expulsions préventives, notamment de nombreux prédicateurs.
Dans ce domaine, la France a indiscutablement une longueur d'avance sur les autres pays. L'Espagne et l'Angleterre, qui ont payé pour savoir, prennent exemple sur ses méthodes. Ce n'est pourtant pas une assurance tous risques au moment où se produit la mue annoncée du GSPC algérien devenu, depuis le 26 janvier dernier,"Al Qaïda au Maghreb". Certains ne veulent y voir qu'un aveu d'échec et la fuite en avant d'une organisation privée de soutien populaire qui a fondu comme neige au soleil et qui ne semble plus en mesure de menacer le régime algérien. Mais au-delà de la rhétorique habituelle diffusée sur internet, la décision de se fondre dans la nébuleuse d'Oussama Ben Laden est certainement beaucoup plus qu'un simple changement d'appellation, contrôlée ou non. L'idée selon laquelle Al Qaïda ne serait plus depuis la chute des Talibans qu'un label, une franchise à usage externe, a fait long feu. Christophe Chaboud, chef de la coordination des services français de lutte anti-terroriste (UCLAT), déclarait récemment "Arrêtons d'être schématiques : Al-Qaïda est bien vivante et reste un instrument de propagande très puissant, soutenant les actions et appelant à un renouvellement des martyrs." Le réseau, doté d'outils de communication efficaces, rayonne sur ses ouailles depuis ses sanctuaires. Bien que difficile à localiser, ceux de la frontière pakistano-afhgane se trouvent actuellement sous le feu de l'OTAN, mais comme le redoutent les Américains, d'autres régions du monde peuvent constituer des alternatives. C'est ce que lui offre justement le GSPC déjà solidement implanté dans le secteur sahélo-saharien, notamment aux confins du Mali et de la Mauritanie, difficiles à contrôler. La fusion de la filiale salafiste avec sa maison-mère s'inscrirait alors, si ce n'est déjà fait, dans un espace géographique plus que symbolique. Surtout, d'autres champs d'action peuvent s'ouvrir pour l'organisation terroriste. Au-delà même des régimes "apostats" d'Afrique et du Maghreb, c'est l'Europe qui se trouve directement dans la ligne de mire. Paris a été la première capitale à sonner l'alarme et à resserrer son dispositif. "A la différence des USA ou du Royaume-Uni, la France ne fait pas figure d'ennemi numéro 1 pour les fondamentalistes, mais il n'en est plus de même, compte tenu d'un lourd contexte historique, si le GSPC est à la manoeuvre " précise-t-on de source sécuritaire. Le quotidien arabe londonien Al-Hayat affirme même qu'Al Qaïda se préparerait à frapper à l'occasion de la présidentielle française. Une répétition du "scénario espagnol" affirme le journal qui cite un prétendu rapport des services de renseignements français.
À Paris, on dément officiellement, mais il est certain que les services de sécurité français ont envisagé cette éventualité depuis les menaces très précises formulées par Abou Moussaab Abdel Ouadoud, alias Abdelmalek Droukdal, l'actuel chef du groupe algérien.

Cellules dormantes

À cela s'ajoute la libération de plus de 2000 détenus, dans le cadre de la politique de "réconciliation nationale" du Président Bouteflika. Le GSPC leur a déjà enjoint de reprendre la lutte armée. Sous la pression du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, la police française a fini par obtenir la liste des militants libérés et l'heure est désormais à la coopération entre services.
Les investigations se focalisent sur la capacité de la nouvelle "Al QaÏda au Maghreb " à nouer des connexions avec les autres composantes du terrorisme fondamentaliste, à les fédérer, et à leur donner les moyens matériels et financiers de passer à l'action. C'est bien ce que semblent démontrer les prolongements de l'opération "Tigre" déclenchée par les services espagnols. Les enquêtes qui ont suivi les attentats de Madrid attribués dans l'acte d'accusation au Groupe Islamiste des Combattants Marocains, (GICM), semblent mettrent en lumière des ramifications avec cette organisation crée en Turquie et au Pakistan en 1993 par des vétérans de la guerre d'Afghanistan. Le GICM a, par la suite, essaimé au Maroc dans les banlieues déshéritées de Casablanca et dans quelques cercles intellectuels, mais aussi sur les terres d'immigration européennes, en France, en Espagne ou en Belgique. Beaucoup de ses membres ont d'ailleurs des trajectoires typiquement occidentales. C'est le cas du mystérieux Mohammed El Garbouzi, présenté comme l'un des fondateurs du groupe. Il vit en Angleterre et son nom fut lancé, à tort, pour les attentats de Londres. La justice britannique ne lui reproche rien et fidèle à son "habeas corpus", elle se refuse à exécuter un mandat d'arrêt délivré par le Maroc. Les coups de filet qui se multiplient semblent en revanche établir une présence de plus en plus forte du GSPC et les services occidentaux redoutent surtout la mise en place de "cellules dormantes" pouvant être actionnées à tout moment. À l'évidence, le groupe algérien, bien que traqué sans répit sur son sol, s'efforce de coller à ses nouvelles ambitions en internationalisant ses actions et d'abord en Afrique du Nord. Il ne fait désormais plus de doute que le"gang criminel" anéanti au mois de janvier par les forces de l'ordre dans la banlieue de Tunis était un commando salafiste. C'est encore le GSPC qui, au mois de juin dernier, a conduit un assaut contre le poste militaire de Lemgheiti, en Mauritanie. Des raids qui visiblement s'appuient sur un réseau de complicités locales et constituent autant d'images fortes pour les réseaux de propagande d'Al Quaïda du Maghreb. De quoi séduire de jeunes recrues, fanatisées ou désespérées, tentées par un jihad mondial. "Le terrorisme islamiste, c'est la menace majeure pour au moins les vingt ans qui viennent" avait averti un grand policier français, Philippe Massonni, secrétaire général à la sécurité intérieure, devant le gratin du renseignement international. Ceux qui ont retenu la leçon de l'Afghanistan savent aussi que l'après Irak n'a pas encore commencé…

Alex PANZANI

Branle-bas de combat contre la menace terroriste
Le fracas des bombes qui ont explosé mardi en Algérie, a retenti dans toute l'Afrique du Nord et au-delà. C’est ce que voulaient sans doute les salafistes du GSPC qui ont choisi d’étrenner en Kabylie, de façon la plus sanglante, leur nouvelle appellation "Al Quaïda aux pays du Maghreb Islamique". Elle leur a servi de revendication. La puissance de la déflagration qui a rasé la gendarmerie de Si Mustapha, la coordination des attentats, le rythme et les moyens avec lesquels ils sont perpétrés depuis l'automne dernier, interpellent sur les moyens logistiques dont dispose l'organisation désormais adoubée par Ben Laden. C’était l’une des questions débattue lors du conclave militaire initié par les Etats-Unis et son commandement Europe qui a rassemblé à Dakar les représentant des armées et la plupart chefs d'état-major des pays du pacte transsaharien. L’objectif recherché, qui tombait à pic, était une coordination toujours plus efficace dans la lutte contre le terrorisme. On retiendra surtout l’inquiétude des Etats-Unis qui redoutent que certains pays puissent servir de sanctuaires à des organisations terroristes. Washington veut donc empêcher l’Afrique de prendre le relais de l’Afghanistan comme base arrière d’Al-Quaïda, d'ou la volonté du Pentagone de créer un commandement Afrique autonome, ce qui n'est certes pas sans arrières pensées géostratégiques. Mais, on sait aussi que dans la zone saharienne, carrefour de tous les trafics et qui sépare les pays du Maghreb du nord du Sahel, les salafistes algériens évoluent à leur aise. Leurs bases peuvent servir à mener ou à soutenir des attaques en Algérie, au Maroc et en Tunisie. Cette menace terroriste était aussi au coeur d’une réunion de haut niveau de tous responsables de la sécurité Maroc. Un vrai branle-bas de combat pour évaluer les dispositifs actuellement mis en place et parer à toute éventualité. L’entrée en scène d’Al Quaïda-Maghreb démontre qu’on n’en avait pas rajouté.

AP



 

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