Avec près de 112 morts, depuis le début de la crise guinéenne, début janvier, beaucoup d'observateurs se demandent quelles sont les intentions réelles du Président Lansana Conté. Les inquiétudes sont devenues encore plus grandes, après l'instauration du couvre-feu (20 heures sur 24). Une situation qui fait craindre le pire. Car il ne se passe plus de jour sans que des manifestants, aux mains nues et sans défense, ne tombent sous les balles de la garde présidentielles. Un corps d'élites dirigé par un plus proche du Général Président. Mais plus grave est aussi ce sentiment de vouloir faire des revendications de l'intersyndical guinéenne un conflit ethnique.
Ethnisation du conflit
En la matière et dans un passé récent, Conté avait fait de ce terreau son terrain de prédilection. Avec des coups d'État montés de toutes pièces, le Président Lansana Conté a, dans le passé, livré une guerre sans égale aux autres composantes sociales du pays n'appartenant pas à sa race. Face à cette deuxième grève illimitée, déclenchée en l'espace de moins d'une semaine, après une trêve précaire, le pouvoir de Conakry tente désormais de manipuler l'opinion nationale arguant que ce sont les autres ethnies qui veulent le chasser à tête de l'État. Ce qui explique d'ailleurs les récentes élévations aux grades supérieurs des officiers jusque-là restés dans l'ombre. Une façon de rallier toute l'armée à sa position, quitte à tuer des innocents pour sauver son pouvoir. Mais cela risque de produire l'effet contraire dans la mesure où c'est l'ensemble de la population guinéenne qui est désormais contre Conté. En se cramponnant au pouvoir, Lansana Conté met gravement la Guinée en danger puisque son départ est plus que jamais sur toutes les lèvres. Au pouvoir depuis 23 ans, l'actuel "homme fort" de Conakry est sur la pente et n'entend pas lâcher prise malgré le fait qu'il est gravement malade. En s'arc-boutant et en massacrant la population civile, le Président guinéen refuse d'obéir à la volonté populaire : quitter le pouvoir. D'ailleurs, on rappellera, à ce sujet, que Conté, nouvellement à la tête de l'État, déclarait "le jour où la population de mon pays ne voudra pas de moi, hé bien, je m'en irai." Le temps est venu de faire de cette déclaration une réalité pour épargner à la Guinée un bain sang. Comme cette boucherie, où plus d'une centaine de personnes ont déjà péri dans des manifestations contre le régime de Conté. Mais les dictateurs ne veulent rien entendre, c'est la rue qui les déloge. Le cas malien est éloquent à ce niveau.
M.S.
Les femmes en avant
La crise guinéenne est le choux gras des journaux en ligne. www.aminata.com et boubah.com se partagent la part du lion avec toujours des informations instantanées. À croire le premier, le pire est à craindre. Ainsi "dans un pays plongé dans une crise économique et sociale sans précédent, sans emploi, obligeant les hommes au chômage, les femmes tiennent la plupart des ménages aujourd’hui. Souvent, grâce à leurs petits commerces de légumes, d’agrumes, de riz et autres produits de consommation. Ce sont elles qui bravent aujourd'hui, l'état de siège" peut-on lire sur ce web. "S’il le faut, nous préférons mourir. Mais, nous ne pouvons pas rester à la maison et regarder nos enfants souffrir de faim", rapportent de nombreux habitants des quartiers populaires à aminata.com, ces vendeuses des marchés de Conakry.
La CGT au chevet de l'Intersyndicale guinéenne
Dans un communiqué, la première institution syndicale de France, la CGT, demande au gouvernement français d’intervenir de toute urgence auprès de ses partenaires européens pour que toute aide à la Guinée soit immédiatement suspendue. Les avoirs personnels dans l’Union Européenne du Président Conté, de ses proches et des plus hauts dirigeants guinéens, doivent être gelés. Pour les commentateurs, il s'agit d'un message clair qui doit être adressé aux responsables guinéens. Dans le même document, la CGT réaffirme "son engagement auprès de la communauté internationale à ce que les crimes commis, ou qui pourraient l’être dans les prochains jours, ne restent pas impunis".