Pour certains milieux, le plus souvent d’extrême gauche (et qui se cachent sous des appellations associatives), assurer le plein respect des libertés individuelles et collectives tout en luttant contre la menace terroriste ne serait guère possible et les " sécuritaires " tiendraient désormais le haut du pavé…
Collusion objective
Dans le même temps, les ennemis irréductibles de la modernité, de l’ouverture et de la tolérance, mis sur la défensive après les attentats de Casablanca, développent une argumentation aussi mensongère que scandaleuse qui cherche à les dédouaner de toute responsabilité (objective et subjective) dans l’instauration d’un climat propice au déclenchement d’actions violentes, illégales criminelles.
Enfin, parce qu’il le veut et s’estime au-dessus des lois, un journaliste éditeur, qui ne respecte même plus sa marocanité au point de la nier pour les besoins de sa cause, veut par une grève de la faim têtue et obstinée, avoir raison contre tous, contre la Justice, contre les institutions les plus sacrées de ce pays, contre l’État.
Pratiquant ainsi un terrorisme intellectuel digne de l’époque stalinienne, Ali Lemrabet et ceux qui le soutiennent veulent, au nom de la liberté d’expression, écrire et publier n’importe quoi, se gausser de tout, ridiculiser les uns et les autres, et ériger au passage le dessin scatologique au rang d’expression satirique.
Au risque de déplaire à certains, on ne saurait confondre liberté d’expression et apologie du désordre, de la désinformation, du dénigrement et du travail de sape systématique contre tous ceux qui ont la responsabilité suprême de porter, sans velléité de retour en arrière, ce pays et son peuple vers les rivages de la démocratie vraie, de la modernité, de l’ouverture et la tolérance, du développement et de la prospérité.
Préserver la loi et l’ordre, interdire par voie de justice des titres de presse, mettre hors-la-loi des groupes et formations politiques hostiles à la démocratie, imposer le respect de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale, édicter une législation anti-terroriste ne sont pas des démarches antinomiques et attentatoires à la démocratie.
Bien au contraire.
Comme le prouvent les actions du gouvernement et de la Justice en Espagne contre les menées de l’ETA, de son aile politique, de sa presse (désormais interdite) et de ses représentants officieux, l’État démocratique a le devoir de se prémunir contre les menées subversives. Et l’Espagne n’est pas considérée comme un pays qui viole les droits de l’Homme ou restreint les libertés.
La même chose est valable pour la France au moment où s’ouvre le procès contre les assassins du préfet Erignac, qui fut représentant de la République en Corse, alors que le ministre Sarkozy multiplie les initiatives destinées à rassurer un électorat qui exige plus de sécurité et d’ordre. La presse française ne s’en plaint guère alors que plusieurs dirigeants du PS affirment leur accord avec cette démarche, la seule à même de couper le Front National de son vivier électoral.
En Grande-Bretagne, pour combattre l’IRA, la forcer à désarmer et l’obliger à prendre des engagements irréversibles en faveur de la paix en Ulster, le gouvernement de M. Tony Blair n’a point hésité à pousser dans leurs derniers retranchements les dirigeants du Sinn Fein, vitrine légale de l’Irish Republican Army, en allant même jusqu’à suspendre les travaux du Stormont, le Parlement d’Ulster librement et démocratiquement élu.
Aux Etats-Unis, après les attentats du 11 septembre 2001, de nombreuses mesures ont été mises en application pour prévenir de nouvelles attaques terroristes et les autorités disposent désormais de moyens légaux qui autorisent même certaines immixtions dans la vie privée des citoyens.
Une double préoccupation
Au Maroc, depuis le 16 mai dernier, une priorité double s’est exprimée. Celle de tout mettre en œuvre pour éviter que des tragédies pareilles ne recommencent (alors que " le ventre de la bête immonde est encore fécond "), mais aussi de lancer une politique multisectorielle destinée à accélérer le rythme des réformes et celui des réalisations sociales et économiques du gouvernement.
Il y a ainsi un combat pour identifier et mettre hors de nuire toutes les composantes de la nébuleuse islamiste, (y compris en cherchant les connexions avec dans sa représentation légaliste) et une action déterminée et volontariste pour hâter la mise en place des infrastructures et des politiques pour améliorer le quotidien de nos concitoyens.
Cette démarche n’est pas antidémocratique, mais, au contraire, constitue l’essence même d’une action préventive à même de garantir la pérennité de l’expérience en cours dans notre pays.
Elle suppose que les pouvoirs publics, les partis politiques, les secteurs les plus conscients, qui sont à la fois patriotes, démocrates et citoyens, s’activent pour éliminer le plus vite possible les causes structurelles qui ont induit l’éclosion de réseaux terroristes, le développement de forces hostiles à la démocratie et aux institutions.
Elle suppose également que chacun, en tout responsabilité, connaisse exactement les conséquences de ses actes, écrits ou initiatives. Le dénigrement systématique, les campagnes successives pour affaiblir ou décrédibiliser les institutions, les rumeurs et fausses informations savamment distillées dans une presse automatiquement complaisante pour tous les " anti " (y compris ceux qui occupaient de hautes responsabilités à d’autres époques), la pratique privilégiée des accusations infondées, l’hostilité de principe à toute action officielle, tout cela est désormais appréhendé à sa juste valeur.
La collusion objective et subjective entre les ennemis de la démocratie ne sera sans doute plus acceptée.
Les thuriféraires du laxisme, les chantres de la tolérance absolue envers tous les adversaires d’un Maroc moderne, ouvert et pacifique, les partisans d’un État démissionnaire devront comprendre (et peut-être apprendre à leurs dépens) que la démocratie et la sécurité sont indissociables, mais aussi que la faiblesse et la passivité sont porteuses de déstabilisation et de désordres.
L’État, la société, les forces politiques saines réagiront afin que le Maroc ne soit jamais l’otage des cohortes islamistes et de ceux qui œuvrent objectivement pour elles.
Fahd Yata