La conférence de presse donnée par le Président de l’UMP et Ancien Premier ministre de France, M. Alain Juppé, en compagnie de M. Jean Gaudin, Maire de Marseille, vice-Président du Sénat et de l’UMP, a doublé d’ardeur la coopération de fraternité et d’amitié qui lie la Métropole au Royaume du Maroc. Dans son franc-parler habituel, M. Juppé n’y est pas allé du bout des lèvres pour condamner les horribles attentats survenus dans la nuit du vendredi à samedi à Casablanca, et qui ont coûté la vie à quarante trois personnes. L’occasion était propice de parler également des problèmes qui sévissent en Afrique. Ses difficultés économiques ainsi que les guerres qui freinent son développement. L’actuel Président de l’Union pour la majorité parlementaire (UMP) s’est déclaré en faveur de l’établissement de la paix en Afrique par le dialogue et la médiation diplomatique. À ce sujet, dit-il, la France ne ménagera aucun effort pour soutenir les pays africains dans leur marche pour l’établissement d’un État de droit basé sur le respect de la dignité humaine. «J’ai connu plusieurs pays africains. Je suis allé au Gabon, au Sénégal, au Mali etc. J’ai eu maintes fois l’occasion de dire que le partenariat France-Maroc est pour nous un partenariat stratégique. De la même manière, notre coopération avec l’Afrique est l’un des axes forts de l’action extérieure de la France. Nous sommes présents et acteurs en Afrique. Nous n’arrêtons pas d’y faire des actions concrètes. A ce titre, nous sommes le premier bailleur de fonds, premier investisseur, premier partenaire économique. Nous avons bien l’intention de persévérer dans cette direction. D’ailleurs, le Président Chirac l’a dit tout récemment en demandant au gouvernement d’augmenter progressivement l’aide publique au développement sans oublier son engagement personnel pour le NEPAD. Certes, il y a des pays qui vont bien mais pas d’autres. C’est le cas de la Côte d’Ivoire. Mais je crois que les choses commencent à s‘améliorer puisque l’accord de Marcoussis est en train d’y être appliqué par les différents protagonistes.
Diplomatiquement, nous essayons de trouver une solution politique à la crise ivoirienne mais également nous sommes présents militairement sur le terrain en tant que force d’interposition aux côtés des forces africaines. La France n’agit pas pour un camp contre l’autre mais pour assurer son rôle d’interposition et de médiation. C’est aussi la même démarche qui prévaut en RCA, au Congo ainsi que dans d’autres pays africains où nous constatons des conflits armés.» Par ces mots forts de sens, M. Juppé rassure les Africains du soutien total de son pays quant à l’instauration d’une paix durable dans le continent noir.
Par ailleurs, nous reproduisons ci-après les entretiens qu’ont bien voulu accorder à La Nouvelle Tribune les deux personnalités françaises.
M.S.
M. Alain Juppé, Président de l'UMP
et ancien Premier ministre français
La Nouvelle Tribune : Quels ont été les points des contacts que vous avez eus avec les autorités marocaines ?
M. Alain Juppé :

Il faut dire que ces contacts ont été extrêmement fructueux à tous les niveaux puisque nous avons été reçus par Sa Majesté le Roi. Nous avons également rencontré le ministre de l’Intérieur ainsi que le ministre des Affaires étrangères, les personnalités de la société civile et le monde des affaires. Nous sommes venus ici manifester, du côté français, notre solidarité avec le Maroc dans l’épreuve qu’il subit. Nous avons concrétisé cette solidarité en apportant notre coopération dans la lutte contre le terrorisme et dans l’enquête qui a été menée pour essayer de trouver les auteurs de ces horribles attentats. Et puis notre solidarité aussi dans le défi politique qui est lancé par le Maroc, c’est-à-dire poursuivre le chemin vers la démocratisation et amplifier aussi son développement économique et social. Puisque la pauvreté a été souvent, hélas, le terreau de cette violence.
Avez-vous déjà entamé des démarches, en tant que parti politique, auprès du Gouvernement français pour venir en aide au Maroc dans sa lutte contre la pauvreté ?
Je vous rappelle que le gouvernement français est soutenu par l’UMP, inspirée par Jacques Chirac qui est d’ailleurs très engagé dans ce combat. Nous le faisons par le trait bilatéral qui est l’un des plus importants. Nous sommes le premier bailleur de fonds dans à peu près tous les pays d’Afrique, du moins pour les pays appartenant à la sphère francophone. Nous avons l’intention de poursuivre nos efforts dans cette direction et par le biais de l’UE. Il est à rappeler à ce sujet que 20 % de tous les fonds distribués par l’UE sont apportés par la France. A ce niveau, il y a beaucoup à faire à un moment où l’Europe s’élargit à l’Europe Centrale et Orientale, il est plus que jamais nécessaire de renforcer ce pôle méditerranéen dans des programmes comme MEDA.
Actuellement, existe-t-il une nouvelle politique en France pour une meilleure intégration des immigrés ou des étrangers d’une façon générale ?
Je crois que dans ce domaine il faut agir dans deux directions. Il faut d’abord organiser les populations d’immigration, une immigration souhaitable que la France a besoin d’accueillir sur son sol. Il faut donc l’organiser. Le Président Jacques Chirac a souhaité un contrat qui facilite l’intégration de ces étrangers en France. En revanche, l’immigration clandestine n’est acceptable pour personne. Ni pour nous, ni pour ceux qui en sont les victimes, ni pour les pays de départ. Les deux grands axes c’est le développement parce que beaucoup de personnes quittent leur pays sous les contraintes du chômage ou de la pauvreté. Elles y resteraient volontiers s’ils elles avaient les moyens pour y travailler et vivre dans de bonnes conditions. C’est donc toute la nécessité de ce nouveau partenariat avec l’Afrique qui est soulevée par un certain nombre de pays africains et que la France a l’intention de soutenir, notamment à l’occasion du G8.
Propos recueillis
par Mamady Sidibé
M. Jean-Claude Gaudin,
Maire de Marseille, vice-Président du Sénat et de l’UMP
La Nouvelle Tribune : Vous connaissez bien l’Afrique. Quel nouveau type de partenariat peut-on établir entre la France et le contient noir ?
M. Jean-Claude Gaudin :

Jacques Chirac reste toujours le Président de la République française et ami des pays africains. Mais la tradition de la France est qu’on ne s’immisce pas dans les affaires intérieures d’un pays. A cet égard, nous avons une politique globale et générale mais très liée à l’Afrique, à son développement, à ses efforts vers la démocratie. Nous entendons poursuivre cette démarche et soutenir ces efforts.
On rencontre toujours des coups d’État en Afrique. Qu’est-ce qui s’y passe exactement?
Encore une fois, nous restons fidèles à notre ligne. Nous n’intervenons pas dans les affaires des pays. Cependant, nous sommes disposés à mettre en place différents moyens, y compris la diplomatie, et faire de sorte à éviter que les belligérants se battent entre eux pour que la paix et la concorde l’emportent sur la haine et la division.
Vous présidez aux destinées d’une ville cosmopolite, en l’occurrence Marseille. Quelle politique d’intégration menez-vous pour les différentes communautés qu’elle comprend ?
Cette politique est une politique de générosité, de fraternité qui s’oppose à celle de l’extrême droite qui ne veut pas des étrangers. Dans une ville comme Marseille, qui a 2600 ans d’existence et où il y a eu toujours des étrangers, eh bien, c’est une ville qui se doit d’être une cité d’accueil, de tolérance et d’amitié. Et c’est ce que nous faisons.
Propos recueillis
par Mamady Sidibé