Beyrouth et la trêve
Israël déclarait récemment son intention de se retirer de la ville frontalière de Ghajar, ainsi que sa volonté de quitter les Fermes de Sheba. Ces deux entités territoriales seraient remises dans un futur proche à l’Onu qui aurait la tâche délicate de choisir si les Fermes échoiront à la Syrie ou au Liban, ce qui mettra un terme définitif au différent territorial entre Israël et le Liban. Il s’agit d’une démarche unilatérale. Elle aurait un impact considérable si Libanais et Israéliens trouvaient la configuration d’un accord négocié, non seulement pour la partie territoriale, mais aussi pour l’ensemble des questions qui se posent naturellement à deux voisins. Reste la question des prisonniers qui devrait donner lieu à un accord tripartite, Israéliens, Libanais et Palestiniens. Ce volet est particulièrement sensible pour les Palestiniens dont presque chaque famille a un parent ou un proche emprisonné en Israël.
Il ne faut pas se laisser abuser par ce que l’on présente comme une défaite d’Israël et une victoire symbolique du Hezbollah. Les valeurs universelles auxquelles nous sommes profondément attachées sont primordiales.
Le Hezbollah ne va pas s’arrêter à ces démonstrations spectaculaires. Il est un élément majeur de la stratégie de l’Iran dont l’objectif est d’institutionnaliser sa représentativité sur l’échiquier moyen-oriental. Aujourd’hui, y aurait-il une dynamique de paix, elle ne pourrait être à terme viable que si l’Iran y était convié… C’est une donnée incontournable. Dans la confrontation croissante entre le monde arabo-musulman et le monde occidental qui couvre des banlieues parisiennes jusqu’aux Philippines en passant par Bagdad et Kaboul, Téhéran s’est autoproclamé comme l’entité militante par excellence. Sans s’identifier au chiisme radical, le monde musulman trouve en l’Iran un défenseur symbolique
Il faut mesurer la gravité de la situation. La machine iranienne, en route, ne peut être arrêtée par un coup de baguette magique. Elle a pris le Liban en otage et tente de s’imposer en Palestine. Elle joue sur l’amalgame de la résistance et du radicalisme religieux. Elle véhicule une idéologie qui fait une lecture oppressive de la religion. Ceux qui aiment passionnément le Monde Arabe et l’Islam ne se reconnaissent pas dans ce discours intolérant et violent de l’intégrisme radical qu’il soit d’ailleurs juif ou musulman. Le Liban était le pays du pluralisme, de la modernité, de la tolérance et de la prospérité. Il ne faut pas souhaiter qu’il devienne le bastion de l’obscurantisme.
Le ciel s’éclaircit
Plus au Sud et malgré sa volatilité, la trêve n’a pas cédé. Contre l’avis de son Etat-Major, Olmert semble intéressé par une stratégie nouvelle. On ne peut que souhaiter que les efforts entrepris se poursuivent. Si l’échange des prisonniers intervenait rapidement, le regain de popularité d’Abou Mazen lui permettrait d’avoir une marge de manoeuvre plus ample. Ce sera sans doute un des sujets abordé lors d’une rencontre prévue très prochainement entre Olmert et Abou Mazen. Concernant une éventuelle reprise du dialogue avec la Syrie, Israël tout entier y est favorable. Le voyage à Damas du Sénateur Kerry, représentant la majorité démocrate aux Etats-Unis, pourrait être le prologue de la reprise du dialogue et donc un feu vert pour Israël. Encore une fois ne nous leurrons pas. Israël ne peut prendre de réelles initiatives que si elles ne sont pleinement acceptées par la diplomatie américaine et la Syrie ne peut avancer que si elle a l’aval de l’Iran. La Syrie pourrait de venir l’intermédiaire de l’Iran, en échange d’un consensus territorial. Rabin et Barak étaient d’accords pour une concession territoriale. Avec les garanties sécuritaires nécessaires et une dynamique régionale, Olmert pourrait-il se rallier a cette perspective ?
Hamas, peut-on faire l’impasse ?
La surenchère du Premier Ministre Palestinien ainsi que l’affrontement en cours n est pas étranger à son récent voyage à Téhéran, où fort du soutien financier et politique de l’Iran, il a clamé haut et fort que son gouvernement ne reconnaîtrait jamais Israël. Le clivage entre Fatah et Hamas s’amplifie. Assassinats, enlèvements et escarmouches se multiplient. La radicalisation de l’affrontement entre les deux camps fait son chemin. Il est difficile d’évaluer le rapport de forces entre le Hamas et le Fatah… Mais, en participant aux dernières élections et donc au système parlementaire palestinien, Hamas acceptait de fait les engagements pris antérieurement par l’Autorité Palestinienne et entérinait la reconnaissance mutuelle des deux peuples dont Abou Mazen, on ne le rappellera jamais assez est l’architecte.
Lorsque l’on lit la charte du Hamas, on se rend vite compte qu’elle est en contradiction avec ce concept. Au début de son investiture, Hanyeh a fait preuve d’un certain pragmatisme. Aurait-il pu s’engager dans une voie qui aurait elle-même mené à un discours politique plus conciliant ? Cela n’était pas impossible. De la même façon, Israël avait deux options : soit celle de respecter le choix des électeurs palestiniens, soit celle de l’ignorer. Mais la conviction des politiques et des militaires israéliens s’inscrit dans un principe de fermeté absolu. Elle dépasse même les éléments de réflexion découlant d’une analyse politique rationnelle et trouve sa justification dans un comportement de survie, conséquence de la Shoa. Le leitmotiv : «Nous allons jeter les juifs à la mer» a une autre consonance lorsque parents ou grand parents sont morts dans les camps. Il s’agit d’une dimension psychologique incontournable. Les Israéliens pensaient qu’ils pourraient contraindre Hamas à renoncer à sa stratégie. Parallèlement, Hamas a été élu parce qu’il représente la résistance qui s’oppose à l’occupation. Nous sommes au cœur d’une logique d’affrontement car les deux entités ne sont pas prêtes à légitimer leur coexistence. D’autre part, Olmert et Abou Mazen vont se réunir très prochainement. Il semble toutefois léger d’exclure systématiquement Hamas de ce processus car tôt ou tard, il faudra bien trouver la configuration qui permette à toutes les parties de se faire entendre.
Barghouti au secours de la paix.
On parle de façon récurrente de libérer Marouane Barghouti. Ce serait peut être une solution. Il pourrait devenir un leader dont la stature égalerait celle d’Arafat. Libre, Marouane Barghouti serait capable de concrétiser la réalisation attendue d’un gouvernement palestinien de coalition susceptible lui-même d’entériner les Accords d’Oslo. Barghouti est une pièce maîtresse. En principe tout est sur la table, table autour de laquelle Téhéran n’a pas été invité. Les manifestations gigantesques du Hezbollah à Beyrouth ne sont pas étrangères a cette omission. Ceux qui croient que l’Iran va céder à la pression internationale se trompent lourdement. L’Iran a des ressources gigantesques qui proviennent de sa manne pétrolière. La crainte des Sunnites et de l’Occident est légitime. L’Iran ne peut pas se conforter dans une attitude qui conduit à se mettre au ban des nations. Il faudra bien qu’à un moment ou un autre, une voie se dessine pour reconsidérer la logique de l’affrontement.
L’Iran représente t-il une menace réelle pour la stabilité du Monde Arabe ?
C’est une question légitime. On connaît les discours du Président Ahmenidjad. Doit-on le prendre à la lettre ? Il est clair qu’à surenchérir, en niant l’Holocauste par exemple, il se met dans une position indéfendable. D’autre part, son projet politique n’est pas clair. En admettant que l’Iran possède le droit à un programme nucléaire civil et donc se soumet à un contrôle de l’Agence pour l’Energie Atomique, il devra jouer cartes sur la table et indiquer clairement derrière ses gesticulations quels sont ses véritables desseins politiques.
Claude Senouf