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Les quartiers périphériques, le vrai défi des ONG

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Publier le : May 29, 2003

Entretien avec M. Benaour, Président fondateur d’Alternatives
«Nous avons besoin autant d’idées que d’actions de proximité»

La Nouvelle Tribune : Quelle signification portent en elles les opérations terroristes du 16 mai à Casablanca ? 
Ce qui est passé est horrible, il doit cependant nous permettre de rebondir. Il m’est difficile de dire ce que je veux dire, mais je le dirai tout de même. A quelque chose malheur est bon. Ce qui s’est passé a contribué à faire en sorte que nous avons relevé la gravité de la situation et ce que certains d’entre nous avaient dit sans être suffisamment entendus. La prise de conscience la plus importante, à mon sens, a trait aux responsabilités. D’abord, il y a les responsabilités directes. Certainement, il y a le mouvement intégriste extrémiste international qui est derrière. Mais il y a aussi l’intégrisme extrémiste local dans la mesure où les auteurs de ces attentats sont des Marocains. Il faut dire aussi qu’il y a la préparation du terrain par le mouvement intégriste orthodoxe marocain. Peut-être qu’il n’est pas directement impliqué dans ces attentats, mais son discours a favorisé l’émergence d’une pensée obscurantiste qui a amené des jeunes à se transformer en bombes vivantes. Tout cela évidemment dans un cadre général qui a, quelque part, favorisé les choses.

Que voulez vous dire par cadre général? 
Je pense au comportement des élites et à la pauvreté.

Pensez-vous que les partis politiques et les ONG ont une part de responsabilité dans ce qui est arrivé ?
Je pense qu’il faut interpeller les élites et la société civile et la presse pour tirer la sonnette d’alarme et dire à haute voix: qu’il est grand temps de dépasser les discours confus, les calculs politiciens et les règlements de compte. La deuxième force à interpeller sont les partis politiques pour débattre des vrais problèmes du Maroc et qu’ils puissent encadrer les jeunes pour ne pas les laisser à la dérive. Le monde économique doit également réfléchir. Il faut développer la production et la productivité, encourager les investissements, redistribuer les richesses et les revenus. Enfin il faut dire aux pouvoirs publics d’appliquer la loi et d’en proumouvoir d’autres afin de lutter contre l’obscurantisme, les dérapages racistes, les dérives anti-modernistes. Disons leur également de cesser de jouer sur la confusion des genres. Assez de faire jouer « l’équilibrisme de forces «. Maintenant, notre message est très clair: nous sommes pour la protection des institutions du pays dans le cadre de la monarchie démocratique, mais celles-ci doivent désormais accentuer la cadence dans le vrai sens du changement, de la construction démocratique et du dévelopement économique et social. Des prises de position claires en faveur de la modérnité et de la démocratie s’imposent.

On reproche aux ONG marocaines leur absence dans les quartiers périphériques et dans les bidonvilles. Qu’en dites-vous?
Ce n’est pas vrai. il y a beaucoup d’ONG qui font un travail de proximité. Nous avons besoin aussi bien d’idées que d’action sur le terrain. Le problème qui se pose souvent aux ONG, c’est que les pouvoirs publics doivent comprendre qu’elles ont besoin de leur soutien pour s’investir dans ces quartiers et les aider aussi à jouer leur rôle de plaidoyer. 

Quelle leçon pourrons-nous tirer des attentats meurtriers du 16 mai? 
Maintenant il faut capitaliser sur la grande marche de dimanche. Sinon, nous risquons de régresser. J’ai l’impression qu’il faut agir dans deux sens complémentaires. D’abord, en approfondissant les débats de l’heure. Il faut interpeller les forces vives de la nation pour qu’elles agissent de manière permanente en faveur d’un Maroc tranquille, tolérant et ouvert. Si ces deux conditions ne sont pas, à mon avis, réunies, je crains que les quelques acquis obtenus de cette prise de conscience nouvelle ne s’estompent de nouveau. Quatre grands dossier sont devant nous: le référentiel, l’autorité religieuse et il y a la possibilité ou la non possibilité de l’existence de partis religieux et enfin l’école.

Pouvez-vous être plus précis?
Au Maroc, le référentiel s’est progressivement développé en faveur de l’universel. La preuve c’est que nous sommes actuellement parmi les pays arabo-musulmans les plus en avance sur le plan démocratique. Le référentiel religieux marocain a été très équilibré. Nous avons toujours vécu dans ce pays une symbiose entre le temporel et le spirituel entendu en sens de valeurs et non pas en tant que règles et normes. Par contre, nous avons vécu et nous vivons aussi, quelque part, une séparation des pouvoirs entre le temporel et le spirituel, entendue au sens des règles sauf pour le statut personnel. Dans ce schéma, le Maroc a toujours eu une position intéressante. Il n’y a pas de séparation entre le temporel et le spirituel lorsqu’il s’agit de valeurs, mais il y a séparation quand il s’agit des règles de fonctionnement de la société à l’exception de la Moudawana. C’est cela ce qu’on a toujours appelé un Islam ouvert et tolérant. Ce qui veut dire, tout simplement, que tout ce qui est règles et normes peut aller vers l’alternance démocratique. Et à côté de cela, il y a l’autorité religieuse; les modernistes demandent son organisation. Il y a le Roi, chef de l’autorité religieuse parce qu’il n’y a pas d’église en Islam. Il faut cependant structurer les choses, faire appel aux compétences éclairées et réorganiser les mosquées. Les prêches les plus extrêmistes véhiculent dans nos mosquées et ils n ont parfois rien à voir avec l’ésprit de l’Islam. Il faut, désormais, un prêche tolérant sans intervention dans la vie temporelle politique.

Qu’en est-il des partis à obédience islamiste?  
Il y a d’abord la thèse islamiste qui prévoit la confusion du religieux avec le politique. Nous préconisons donc l’Etat islamiste et ce seront les partis émanant de cette mouvance qui mettraient en place toute la vie sociale, religieuse, politique du pays. En termes plus clairs, cela veut dire que ce parti ne peut en aucun cas être démocratique puisqu’il lie le politique et le religieux. C’est une contradiction majeure entre les choix démocratiques mis en évidence en théorie et l’ État islamiste tel qu’on veut l’appliquer avec ses règles, ses normes, ses rites très souvent mal interprétés. L’autre thèse nie toute possibilité d’existence de partis d’obédience religieuse. La preuve c’est que tout simplement, nous sommes tous des musulmans et il n’y a aucune utilité de l’existence d’un parti islamiste. Ceci est quelque part vrai, mais c’est une opinion difficilement soutenable dans la mesure où nous ne pouvons C’est un peu vrai et faux dans la mesure où nous ne pouvons pas interdire à des partis islamistes d’exister sous des formes camouflées. Mais de plus, le choix démocratique suppose l’accéptation du pluralisme. Il me semble donc qu’on peut accepter l’existence des partis islamistes à condition qu’ils acceptent le jeu démocratique sans la mise en évidence d’un Etat islamiste. Autrement dit, il faut qu’ils mettent fin à leur double discours: démocratie d’un côté et Etat islamiste avec leur propre vision des choses. Constat qui remet en cause le choix démocratique lui-même. de respecter le cadre de l’alternance démocratique. Le dernier débat n’est autre que l’école dans son sens général. Il est nécessaire que les programmes soient révisés. Sinon, nous n’aurons pas pu tirer la leçon de ce que nous venons de vivre ainsi que l’unité nationale se constitue actuellement en faveur du changement. C’est par l’école que tout passe: Les valeurs universelles, les valeurs réelles de l’Islam, celles de la démocratie, le libre arbitre.

Propos receuillis
par Hassan Zaatit



 

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