La Nouvelle Tribune : Comment vont les activités de l’hôtel Farah après l'attentat du 16 mai 2003 ?
M. Khalid Boukhari : Pour nous la vie continue, d’une façon normale, pour la simple raison que nous avons eu le soutien inconditionnel de tous les partenaires avec qui nous travaillons et mêmes ceux avec qui nous n’avons pas l'habitude de travailler. Nous avons eu l'honneur de la visite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, celle de plusieurs ministres, des personnalités et des délégations étrangères et nationales. Bientôt, nous allons recevoir des artistes comme Gad et Jamal Debbouj. Une façon pour ces personnes d’exprimer leur rejet des idées et violences terroristes mais aussi d'exprimer leur soutien à l’établissement Farah et leurs condoléances aux familles des victimes de l’attentat barbare perpétré contre notre hôtel. Il faut dire que le personnel est encore sous le choc des événements du 16 mai . Malgré cela, nous restons toujours professionnels et responsables. Ce n’est pas la fin du monde. C’est arrivé une fois et nous espérons que de tels actes barbares ne se reproduiront plus car nous avons foi en Dieu et nous faisons confiance à la sûreté du pays ainsi qu’à la sécurité de notre établissement. Notre pays est paisible et il restera. La preuve c'est que nous continuons nos activités.
Qu’en est-il des touristes qui résident actuellement dans votre établissement ?
L'hôtel n'a jamais cessé de fonctionner. Il y a même des touristes étrangers, comme des Allemands, qui ont insisté pour rester à l'hôtel. C'est un groupe de touristes qui résident ici depuis deux mois et qui y sont encore pour un an. Pour nous, ils expriment ainsi ouvertement leur grande confiance en notre hôtel et à son personnel. D'ailleurs, les regrettés haj Atif et Hassan Karib qui ont empêché les malfrats d'accéder à l'intérieur de notre établissement representent le meilleur gage de notre professionnalisme. Et nous leur restons reconnaissants. Mieux, ces touristes allemands ont même insisté pour aller voir les familles des victimes, leur présenter leurs condoléances et en même temps leur faire une donation. C'est pour dire qu'ici, nous ne développons pas seulement une relation hôtelier-clients, mais nous développons aussi une relation d'amitié et de confiance.
Vu le choc qu'ont subi vos agents après cet attentat, y a-t-il eu une assistance psychologique pour les aider à affronter cette situation ?
Après l'ignoble crime commis par ces sinistres individus, nous avons mis à la disposition de tout le personnel, qui le désire, des séances de soutien psychologique à titre gratuit. Cependant, il faut dire que la confiance règne toujours. Tout le monde respecte l'horaire normal de travail, depuis le jour de l'attentat . Nous nous aidons mutuellement par le réconfort et la communication. Et je crois que tout se passe normalement et dans de bonnes conditions.
Quelles sont les mesures prises pour indemniser les familles des victimes ?
En réalité, nous sommes parmi les rares hôtels dont le personnel bénéficie de toutes les assurances. Nous avons des conventions avec des médecins, toutes spécialités confondues. Par rapport à l'assurance, tout le monde a sa CMR, sa CIMR et même son assurance-vie. Donc les défunts, que nous regrettons tous, sont assurés à cent pour cent. Il va y avoir la prime de leur assurance-vie. Le Président du Groupe va faire une donation sans oublier bien entendu le soutien du Gouvernement. Sur ce volet donc, il faut dire que les familles des victimes vont vivre de façon soutenue sur le plan financier bien que malheureusement rien ne peut rendre la vie aux défunts.
Peut-on avoir une idée sur l'ampleur de la donation ainsi que les mesures d'accompagnements ?
Concernant le montant global, je pense qu'il est un peu prématuré de l'avancer . Il faut attendre d'abord la décision du Conseil d'Administration qui a commence ses réunions mardi. Cette session sera suivie de plusieurs autres séances. Car le C.A ne se tiendra pas seulement par rapport à la donation que le Groupe va réserver aux familles des victimes, mais il y a aussi le programme de rénovation de tous les hôtels de la chaîne. Je veux parler ici de l'hôtel de Marrakech, de Kénitra, de Safi, de Khouribga et de Rabat. Ce qui est sûr et certain, c'est qu'il y aura une enveloppe consistante pour les familles des victimes et elle leur sera remise par le Président du Groupe.
Avez-vous déjà évalué, en terme de coût, l'ampleur des dégâts matériels causés par l'attentat du 16 mai ?
Le personnel a fait plus que son travail parce que nos deux agents ont arrêté ces terroristes au niveau du sas d'entrée. Par conséquent, les dégâts ont été moindres. Si les terroristes avaient accédé à l'intérieur de l'hôtel, les dégâts matériels auraient été catastrophiques. La grande perte, ce sont les victimes, les morts que nous déplorons. En fait, c'est au niveau humain que les dégâts sont importants.
Vous allez donner un nouveau visage à l'hôtel Farah de Casablanca et, bien entendu, vous renforcerez davantage la sécurité?
Par rapport à la sécurité, il faut dire qu'elle a toujours existé. D'ailleurs, ce qui s'est passé est la meilleure preuve que dans notre hôtel il existe une sécurité renforcée et performante. D'autre part,les deux personnes que nous avons perdues (paix à leurs âmes) ont été remplacées par six autres. Pour cela, nous avons fait appel à un service étranger de sécurité, en plus l'assistance de la police nationale. Nous avons des policiers en permanence. Quant au relookage, ce sera pour bientôt. D'ailleurs, toute la partie de l'entrée principale de l'hôtel est en rénovation, elle a été remplacée par une entrée provisoire donnant sur le côté de la CTM. Ce sera un look moderne, très sophistiqué et digne d'un hôtel de cinq étoiles, avec des caméras de la dernière génération des nouvelles technologies. Ceci pour renforcer notre sécurité en terme de présence humaine et technologique. Il faut aussi souligner que la rénovation ne se limite pas seulement à l'entrée de l'établissement, mais elle va toucher l'ensemble de l'édifice. C'est une rénovation qui a été déjà programmée pour fin juin mais avancée à début juin suite aux événements douloureux que nous avons vécus le 16 mai dernier.
Propos recueillis
par Mamady Sidibé