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Il appartient à l’État d’accorder la priorité aux quartiers pauvres en infrastructures et équipements sociaux Entretien avec le

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La Nouvelle Tribune : Nous constatons depuis les dramatiques événements du 16 mai, un sursaut de la société civile. Avait-on besoin de tels actes pour voire une mobilisation pareille ? Ne pensez-vous pas que ces actes, sont la résultante d’un vide d’encadrement dans le rang des jeunes, notamment dans les quartiers défavorisés ?
M. A. Harouchi :
Les événements du 16 mai ont provoqué un électrochoc au sein de la société marocaine qui a fait prendre conscience de la réalité d’un danger contre lequel un certain nombre de personnes, d’organisations et de journalistes mettaient en garde depuis plusieurs mois sans parvenir à se faire entendre. Il est effectivement très triste qu’il ait fallu qu’éclate cette barbarie pour qu’enfin apparaisse au plus grand nombre la véritable nature de ces groupes qui se proclament les détenteurs de la vraie foi.
Le sentiment d’abandon que peuvent ressentir les habitants des quartiers défavorisés a certainement favorisé l’emprise des groupes intégristes sur ces populations, mais ce n’est pas ce qui a suscité la naissance de ces groupes. Les méthodes utilisées ressemblent trop à celles que l’on retrouve dans d’autres parties du monde pour ne pas imaginer qu’elles sont inspirées par des idéologues qui sévissent dans le monde musulman et qui se servent de la religion comme d’un levier puissant pour parvenir à prendre le pouvoir. Des esprits désemparés, sans culture et sans espoir sont des proies faciles pour ces obscurantistes et il est vrai que nous les avons tous laissé faire.

Comment se décline cette nouvelle mobilisation, sera-t-elle conjoncturelle, et que compte-t-on faire concrètement ?
C’est notre responsabilité à tous de veiller à ce que ce ne soit pas qu’un sursaut passager. L’émotion suscitée par cette explosion de violence a été forte, mais à l’exception de ceux qui ont été touchés dans leur chair, il est possible que l’on oublie assez vite. Je crains fort que ce niveau de mobilisation ne puisse être maintenu pendant très longtemps. Pourtant la raison et le sens du devoir à l’égard des générations futures commandent que l’on ne perde pas de vue les priorités. Or la priorité aujourd’hui est d’empêcher de toutes nos forces l’avènement d’un totalitarisme intégriste dont nous avons vu clairement qu’il se fonde sur la haine de l’autre et l’intolérance sous le masque de la religion.
Il est donc temps pour l’État de cesser de fermer les yeux sur la propagation d’une idéologie de la violence et de la haine, sur l’utilisation de la religion à des fins politiques, sur la constitution de zones de non-droit. Ce n’est pas faillir à la démocratie et au respect des droits de l’homme que de réprimer des crimes de sang, de sévir contre ceux qui font régner la terreur dans les quartiers et pas seulement les quartiers les plus pauvres, qui appellent à la haine du Juif et du Chrétien, et qui incitent à la violence. Il est temps de s’inquiéter de ce qui se passe dans nos écoles, nos universités et nos mosquées. Il est temps pour les partis politiques de se mobiliser pour réinvestir le terrain. Il est temps pour la société civile de se battre pour défendre la modernité et la démocratie. Il est temps enfin dans chaque famille d’inculquer aux jeunes générations le sens de la tolérance, du respect de l’autre quelles que soient sa race et sa religion, de l’ouverture d’esprit et de la citoyenneté.

Sachant que les auteurs des attentats sont issus de quartiers pauvres, voire marginalisés, quelle sera votre stratégie d’action envers cette population, en particulier les jeunes, et avec quels moyens ?
Ce ne sont pas les ONG, quels que soient les efforts qu’elles déploient, qui pourront résoudre à elles seules les problèmes du sous-développement. Il appartient à l’État d’accorder la priorité à ces quartiers pauvres sur le plan des infrastructures et des équipements sociaux. C’est aussi la responsabilité de l’État de donner à la population un niveau de formation qui lui permette de subvenir à ses besoins dans un monde moderne
Mais il est urgent d’opposer à l’idéologie mortifère des intégristes un discours différent visant à inculquer les principes de vie dans une société tolérante et démocratique. Afak pour sa part prépare une campagne radio et presse contre la haine et l’intolérance, qui est d’ailleurs dans le droit fil des valeurs que l’association défend depuis sa création. Le Collectif Démocratie et Modernité est lui aussi en train d’élaborer une stratégie pour promouvoir les valeurs qui sous-tendent la démocratie et lutter contre l’obscurantisme.  Ce travail d’éducation des masses s’effectue sur le moyen et long terme, mais il faut s’y attaquer d’urgence si nous voulons amorcer la pompe du développement. En terme de moyens, nous sommes tributaires du bon vouloir des entreprises citoyennes qui voudront bien soutenir notre action.

Est-ce que de telles actions auront réellement un impact sur le peuple marocain dans sa masse, sachant qu’une grande partie de la population est à peine alphabétisée ?
Tout dépend de la détermination et des moyens employés. L’État dispose de moyens de communication de masse, la radio et la télévision, qui ne sont pratiquement pas utilisés pour l’éducation des masses. Mais pour expliquer la démocratie et répandre la culture de la tolérance et du respect d’autrui auprès de personnes peu familiarisées avec ces concepts, il faut trouver autre chose que des débats abscons entre intellectuels dans une langue que peu de gens maîtrisent. Lorsque l’on veut faire consommer une marque de yaourt ou de lessive, on trouve les mots pour se faire comprendre, même des analphabètes.
J’ose espérer que ces medias vont désormais s’engager de manière décisive pour montrer le véritable message de l’Islam et développer la culture de la tolérance, des droits humains et de la citoyenneté.

Propos recueillis par
Leïla Ouazry



 

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