Les Français s'attendaient au pire mardi soir devant leur petit écran pour ce premier débat télévisé de la primaire socialiste. Arnaud de Montebourg, porte-parole de Ségolène Royal, n'avait-il pas prévenu ? La "coalition des éléphants" du PS s'apprêtait à piétiner la gazelle dans un combat déloyal.
Mais la guerre des trois, des trois candidats socialistes à la candidature n'a pas eu lieu, du moins en « live ». Ni choc frontal, ni même petite phrase assassine ou simplement perfide. En réalité, il n'y eut pas de véritable débat contradictoire, car celui-ci fut policé et verrouillé par des règles très strictes avec interdiction de s'interpeller pour éviter tout dérapage. Les discours furent donc sans surprise, avec des tonalités désormais bien réglées, ponctuées de quelques joutes courtoises. Les socialistes ont quand même réussi à créer l' événement sur ce qui n'était au départ qu'une opération de communication interne, en principe destinée à la base, par le biais des chaînes parlementaires à l'audience limitée. Mais LCI, la chaîne toute info du groupe TF1, en faisant main basse sur ce direct, a changé la donne. Ce qui déclencha d'ailleurs la fureur d'ITV, sa concurrente du groupe Canal + exclue de la fête. Comme le dit sa Directrice générale,Valérie Lecable, on se croirait "en pleine bataille sur les droits de retransmission d'un match de football."
Qui l'a emporté? Laurent Fabius, dans ses nouveaux habits sortis d'un placard de la gauche des années 80, a semblé le moins crédible. Dominique Strauss-Kahn, une fois encore, a été le plus compétent. Ségolène Royal a cherché à atténuer la froideur de ses démonstrations d'énarque par une candeur dont on ne sait toujours pas si elle est feinte ou réelle. Rien de décisif, même si chacun des présidentiables a fait entendre sa différence sur le Smic et les 35 heures. Ce premier débat d'une primaire historique, et d'un niveau relevé marque, quand même un tournant dans la vie politique française. Il donne du Parti Socialiste une autre image que celle, plus habituelle, des tripatouillages internes, aux relents nauséabonds, avec des cartes biseautées.
À droite, on ironise sur ce show télévisé, mais on a d'autres chats à fouetter. Après s'être étripés joyeusement durant une semaine, sarkozistes et chiraco-villepinistes ont conclu un cessez-le-feu, in extremis.
Cessez-le-feu
Il était temps en effet. Face aux proches de Nicolas Sarkozy qui ont l'art de manier le fusil à tirer dans les coins, le président de l'Assemblée Nationale, Jean Louis Debré, gardien du dogme gaullien avait sorti le bazooka. "Il n'a jamais été et il ne sera pas question de primaire à l'UMP… être candidat d'un parti politique ne relève pas de la tradition gaulliste" avait-il lancé en direction du président de l'UMP, tout en adressant au passage "ses voeux chaleureux" à Ségolène Royal.
Du côté des Brice Hortefeux, Christian Estrosi et autres chevau-légers du ministre de l'Intérieur, on avait aussitôt répliqué par un feu d'artifice d'amabilités: ""grognon obsessionnel", "personnage tragi-comique", "intégriste", "mécanicien en chef de la machine à perdre", et la liste n'est pas exhaustive… Bref, on n'était pas loin du point de non-retour à partir duquel il aurait été difficile de recoller les morceau. À moins d'être suicidaire, la trêve était donc inévitable et elle est intervenue. Les "casques bleus" de la majorité chargés de surveiller l'application du cessez-le- feu ont un chef en la personne Jean Pierre Raffarin qui s'est lui même autoproclamé. L'ex-premier ministre, certes un peu dévalué mais toujours grand communicateur, a donc trouvé son rôle dans la campagne en réunissant les deux clans rivaux autour d'un grand banquet consensuel. On s'est À nouveau juré d'oeuvrer pour "le rassemblement et l'unité". La tempête est-elle derrière ? Ce n'est pas certain.
Voilà que l'affaire Clearstrem déboule à nouveau dans la campagne. Jean Pierre Raffarin, encore lui, a été appelé au confessionnal, à titre de témoin, dans le bureau du juge d'instruction. En attendant la suite…
A.P.