La réforme du champ religieux au Maroc reste sous haute surveillance..., bien entendu de part et d’autre. Rien ne se voit, mais beaucoup de choses sont sur la voie du changement: sécurité spirituelle, libertés des prêches, Fatwa, le fait religieux, Conseils des Oulémas, l’ordre dans les mosquées, la nature de la tutelle du ministère des Habous, le rapport Sûreté/religion... Au delà, il est important de constater que le phénomène “extrémisme” plane sur l’ensemble de la scène religieuse et les dangers apparus ça et là conditionnent désormais les limites où le jeu politico-religieux se situe et où l’Etat pose les jalons de sa nouvelle marge de manoeuvre. En faisant souffler le chaud et le froid, l’État veut montrer apparemment qu’il ne sera plus question de subir le désordre fondamentaliste quelles qu’en soient la nature et l’obédience. Le double langage, les attitudes mitoyennes entre l’outrance idéologique et le «légalisme politique» sont désormais tenus en suspicion. L’importance de ce volet résulte du fait que certaines représentations prégnantes et partagées deviennent collectives comme par exemple l’idée de la Oumma (Communauté des musulmans à travers le monde). Et que d’autres revêtent un caractère conventionnel, telle que la Fatwa. L’annonce, par ailleurs, de la réforme du champ religieux ne peut être détachée de ce contexte même si certains ne croient pas à cette version. De là découle la question de savoir ce que l’on a fait et si cela suffira-t-il pour se prémunir contre les idéologies extrêmistes. Car on a beau faire, l’intégrisme a la peau dure et pour mieux le contrecarrer, une série de mesures qui s’inscrivent dans le cadre général du discours royal du 30 avril 2004 ont été mises en place. Le but étant de mettre de l’ordre dans cet espace combien sensible et délicat.
Ce remue-ménage du champ religieux, tel qu’il est envisagé aujourd’hui, a pour base les postulats suivants: l’Islam, religion d’Etat, Imarat Al Mouminine assumée par le Roi sur la base de la Beïâ et l’unité du rite malékite sunnite. De ce fait, la réforme annoncée vise à reconsidérer certainement la gestion de ce champ au triple plan: D’abord au niveau des institutions ayant la mission du service public du culte assuré par le ministre des Habous et des Affaires Islamiques. Suivi de l’encadrement des Oulémas reconnus pour leur compétence et voués à réconforter le libre exercice paisible et tolérant du culte au sein de la société. Et enfin de l’enseignement et de la formation que requiert la perpétuation du savoir religieux en modernisant les méthodes et les programmes d’enseignement pour éviter aux élèves des écoles coraniques de subir la marginalisation et les attraits des conceptions extrémistes aux conséquences dommageables.
Il apparaît donc que la volonté de réformer, voire moderniser l’espace religieux est visible et de plus en plus irréversible.
H.Z.