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Le lumpenprolétariat s’explose à Casablanca Le vendredi noir

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Publier le : May 22, 2003

Les citoyens ont, d’ailleurs, très vite mesuré l’extrême gravité de la situation, à l’aune de la réaction des plus hautes autorités et notamment avec la présence personnelle de SM le Roi sur les lieux de la tragédie quelques heures à peine après les explosions barbares.
Par ailleurs, patronat, ONG, représentants de la société civile, partis politiques ont rapidement réagi, à la fois pour stigmatiser cette dérive criminelle, mais aussi rassurer à l’intérieur et à l’extérieur du pays tous ceux qui pouvaient être ébranlés par cette catastrophe qui place le Maroc dans le camp des démocraties victimes du terrorisme et de l’obscurantisme.

La sécurité, une priorité

Enfin, à côté des mesures préventives de sécurité, des interpellations à la fin d’enquêtes, des projets de loi qui, jusque-là suscitaient critiques et même rejet de la part de plusieurs milieux politiques, bénéficient aujourd’hui d’un appui quasi-unanime au Parlement. C’est le cas du texte sur le terrorisme, désormais en voie d’adoption en plénière à la Chambre des Représentants alors que les jours précédents il faisait l’objet de toutes les attaques à la fois par les élus de la vitrine légale de l’islamisme et par les milieux gauchistes désireux de faire feu de tout bois dans leur démarche oppositionnelle "de principe".
Il convient donc, à présent, d’essayer de déterminer les causes et d’envisager les conséquences de ces attentats, mais aussi de s’atteler à la mise en œuvre des véritables mesures destinées à prévenir toute répétition de cette horrible boucherie. La première réflexion qu’inspirent les événements de la nuit du 16 mai porte ainsi sur la sécurité des citoyens. Elle constitue, effectivement, la priorité des priorités pour les autorités publiques, mais aussi le premier droit pour tous les Marocains.
Les conséquences des actes terroristes seront néfastes et multiples, notamment aux plans économique, touristique, social. Il est un devoir impérieux pour les responsables, celui de faire régner la loi et l’ordre pour préserver la sécurité et la quiétude de tous, pour garantir l’emploi, l’investissement, le séjour des étrangers au Maroc (touristes et businessmen) et pour conforter la première caractéristique de ce Royaume, celle d’un pays ouvert, tolérant, aspirant à la modernité et au développement.
En effet, ceux qui ont commandité ces tueries avaient un objectif fondamental, plonger le Maroc dans l’insécurité, aggraver la fracture sociale, accroître les difficultés afin de faciliter les désordres et discréditer la classe politique traditionnelle ainsi que les autorités.
Installer le chaos, voilà le but de ces attentats et les lieux choisis par les kamikazes en attestent amplement. Il ne s’agissait pas, en effet, de s’attaquer à la grande bourgeoisie ou aux symboles du pouvoir, mais de frapper l’imaginaire populaire et d’exprimer des lignes de refus radicales tout à la fois. En faisant exploser la Casa de Espana et le hall de l’Hôtel Farah, les terroristes voulaient interdire aux franges supérieures du prolétariat et à la petite bourgeoisie de verser dans les loisirs et les comportements directement inspirés d’un mode de vie occidentalisé. Il fallait montrer au peuple marocain que tous ceux qui refuseraient "le droit chemin" seraient châtiés.

«Le juste chemin»

En ciblant le Positano, le Cercle de l’Alliance Juive et l’ancien cimetière hébraïque, c’était un second message, celui de la haine, de l’intolérance et de la discrimination la plus abjecte qu’on voulait transmettre aux Marocains, sachant que les islamistes, qu’ils soient "modérés" ou radicaux, professent en commun un antisémitisme viscéral.
Contrairement donc aux assertions des chaînes de télévision étrangères et de la presse internationale, ce ne sont pas des lieux fréquentés par des Occidentaux qui ont été visés vendredi dernier. Les terroristes voulaient donner une leçon aux Marocains, les punir de leurs "déviations" et leur interdire également une réalité ancrée depuis des siècles au Maroc, celle de la coexistence et de la convivialité entre Juifs et Musulmans, qui constitue, à n’en point douter, l’une des caractéristiques les plus fortes de l’exception marocaine au niveau de l’ensemble arabo-islamique.
Partant de ces constats, aggravés sans doute par le fait que les kamikazes viennent des endroits les plus insalubres et les plus pauvres de la périphérie casablancaise, lieux où l’autorité est absente, où règnent l’indigence, l’analphabétisme et où professent les "imams" autoproclamés, une évidence s’impose. Même si les artificiers sont venus de l’étranger pour préparer les engins de mort, même si une nébuleuse terroriste a récemment (par la voix supposée de Ben Laden) appelé à "punir le Maroc", même si les attentats pourraient être revendiqués par des organisations extérieures, il n’en demeure pas moins que les kamikazes sont des jeunes desperados de Sidi Moumen !

Un pacte démocratique

Ce sont des réseaux locaux qui ont agi. Il y a donc désormais chez nous un phénomène terroriste NATIONAL directement issu du lumpenprolétariat, ce terreau le plus propice à la constitution de brigades de la mort !
Face à cette réalité, au-delà d’une nécessaire réponse sécuritaire, l’État a le devoir de mettre en place une politique pluridimensionnelle de prévention des dérives terroristes et de correction des inégalités inacceptables qui frappent les villes et les campagnes de notre pays, plongeant des milliers et des milliers d’êtres dans la misère et le désespoir.
Alors que d’aucuns craignent pour l’avenir de la démocratie, c’est avec force qu’il faut proclamer que celle-ci ne se construit pas pour ses ennemis. La pérennité institutionnelle, la poursuite de l’ouverture, le chemin vers la modernité, le pluripartisme, la non-intervention dans la sphère privée des citoyens doivent, de ce fait, constituer le socle irremplaçable sur lequel devront reposer les programmes et les statuts de l’ensemble des forces politiques nationales. Aujourd’hui, plus que jamais, l’État a le devoir impérieux d’exiger de chaque force politique aspirant à la représentation des citoyens de signer une telle charte, un " pacte démocratique " minimal, sous peine de se voir refuser toute existence légale. Ce pacte devra faire l’objet d’un consensus et ceux qui refuseront de l’entériner se placeront, ipso facto, dans le camp des fauteurs de troubles, des alliés objectifs et des suppôts du terrorisme.
Le Maroc ne tombera pas dans l’erreur de l’Algérie où des mouvements obscurantistes furent légitimés par les urnes du fait d’un pouvoir incapable d’imposer des minima pluralistes et démocratiques.

La Femme et  ses droits

Il faudra, également, accélérer les réformes susceptibles d’engager durablement le pays sur la voie de la croissance économique, afin de réduire au plus vite les inégalités sociales, et mieux répartir les richesses ainsi créées.
Et, last but not least, afin de mettre les bigots et les tartuffes en situation de repli et de recul, il faudra, une bonne fois et rapidement, accorder à la FEMME MAROCAINE le statut qu’elle mérite et qui lui revient de droit dans notre société, sans espérer une hypothétique évolution des forces qui aujourd’hui font tout ce qu’elles peuvent pour empêcher la révision de la Moudouwana.
Le Maroc ne reviendra pas sur ses acquis après le 16 mai 2003. Mais cette date devra marquer le point de rupture avec tout ce qui a pu, d’une façon ou d’une autre, conduire quatorze kamikazes à porter la mort et la désolation dans Casablanca.

Fahd YATA



 

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