Il est particulièrement clair qu’à la suite des terribles attentats du 16 mai dernier, les pouvoirs publics ont décidé, non seulement de frapper la nébuleuse islamiste clandestine, mais également d’arrêter le développement insidieux et soutenu de l’islamisme politique. Ce qui n’était que l’esquisse d’une réaction durant l’été dernier à la veille des élections législatives, s’est affirmé et amplifié au point où les tenants de la confusion entre le temporel et le spirituel, c’est-à-dire toutes les composantes légales ou tolérées de la mouvance islamique ont désormais le sentiment que "le pouvoir" est contre eux…
Il y aura donc, dans l’Histoire du Maroc, l’avant 16 mai 2003 et l’après 16 mai 2003. Ce qui marquera la césure, outre l’évocation d’une ignoble boucherie perpétrée par des kamikazes victimes d’un endoctrinement puissant, ce sera l’appréciation des principaux acteurs de la vie publique sur la présence d’une démarche pernicieuse d’utilisation de la foi musulmane à des fins exclusivement politiques.
Certes, il est encore trop tôt pour porter des jugements tranchés ou définitifs, mais il paraît clair désormais que l’État et une grande partie de la société ont compris que l’islamisme n’était pas une famille politique "soft" et qu’il était difficilement soluble dans la nouvelle et jeune démocratie marocaine.
L’État a également perçu que le jeu classique qui se pratique entre les diverses composantes de la scène politique n’est pas fait pour des forces qui, inspirées d’une idéologie de conquête totalitaire et profondément réactionnaire, le wahhabisme, mettent en place pour arriver à leur fin (l’établissement d’un régime similaire à celui des Talibans) toute une panoplie d’actions. Les unes sont légales et "squattent" l’espace démocratique, comme le recours aux urnes, la fonction tribunitienne à partir des positions acquises dans les instances élues, l’activisme partisan et syndical, les autres sont communicationnelles, à travers une presse active, des prêches tous azimuts, des ONG et des réseaux associatifs à objectif caritatif.
Les troisièmes sont clandestines et illégales et consistent en la collecte de fonds, l’envoi de militants à "l’étranger" pour formation et les réunions de propagande dans des cercles plus ou moins restreints.
Les quatrièmes sont criminelles, et s’expriment par la mise en place de structures paramilitaires et de groupes prônant et pratiquant la haine, l’intolérance, l’antisémitisme et la violence, notamment à l’encontre des femmes et de tous ceux qui n’acceptent pas le "way of life" des wahhabites locaux .
Les dernières, enfin, sont terroristes et se sont manifestées vendredi 16 mai à Casablanca, marquant nettement la volonté des commanditaires (qui sont des Marocains liés aux réseaux de l’Internationale Verte) de déstabiliser et de fragiliser le Royaume, ses principales institutions, sa classe dirigeante.
Ces constats, désormais, ne sont plus seulement établis par quelques journalistes et intellectuels de gauche, régulièrement conspués et attaqués d’ailleurs, par la presse et les maîtres à penser de la mouvance islamiste. Même si les analyses et les avertissements de certains n’ont pas été pris en compte auparavant, tels ceux régulièrement parus dans La Nouvelle Tribune depuis plusieurs années, ce qui compte aujourd’hui c’est que la prise de conscience soit suivie d’effets à la fois préventifs et sécuritaires, mais aussi correctifs, notamment aux plans politique, économique et social.
Et s’il ne fait pas de doute que l’appareil de sécurité de l’État ait la situation bien en main, menant avec diligence les actions nécessaires pour empêcher que la folie du 16 mai ne se reproduise, le vote par la Chambre des Représentants de la Loi anti-terroriste apparaît véritablement comme la première réaction "politique". Elle représente la première prise de conscience collective d’une nécessité, celle de garantir aux citoyens leurs libertés fondamentales face aux menées de forces qui, avec une expertise consommée, utilisent le système démocratique et l’investissent pour le détruire.
Cette réaction des forces patriotiques, qui s’est également matérialisée par la marche du 25 mai à Casablanca, doit être suivie d’autres démarches, claires et fortes.
Les partis de l’arc démocratique et progressiste notamment devront accomplir leur mission avec constance et effectivité, en assumant véritablement leur rôle d’encadrement et de formation des citoyens, mission qu’ils ont délaissée depuis plusieurs années.
Des réponses multiples
Retrouver le chemin de la militance est désormais un devoir impérieux pour des formations comme l’USFP ou le PPS, tandis que d’autres, tel l’Istiqlal, devront, en prime, respecter l’obligation d’un discours non équivoque, rejetant fermement toute complaisance, et surtout, toute idée d’alliance avec les ennemis locaux des institutions et de la démocratie.
L’État montre actuellement sa détermination à œuvrer à l’éradication d’un phénomène mortel pour l’avenir du Maroc, non seulement par la répression des réseaux terroristes, mais par la mise place de mesures à caractère social (comme l’inauguration de projets d’habitat dans la wilaya de Casablanca par SM le Roi le mardi 27 mai) ou la préparation des politiques sectorielles ciblées (comme annoncé par le Premier ministre pour ce jeudi 29 mai).
Les autres réponses à l’intolérance et à la haine, devront être citoyennes, civiles et politiques. La marche du 25 mai a en a constitué le point de départ, mais cela ne sera pas suffisant si la mobilisation et la détermination faiblissent dans les rangs des démocrates. À ce niveau, Le rôle et la présence des partis politiques sont incontournables, essentiels, stratégiques.
La nouvelle ère a commencé le 25 mai 2003.
Fahd YATA