La menace a été prise au sérieux. Fallait-il attendre que le pays soit à feu et à sang pour se rendre compte de l’importance d’une loi contre le terrorisme? La réunion en urgence en ce début de semaine de la Commission de la Justice, de la législation et des droits de l’Homme de la Chambre des Représentants et son adoption mardi à l’unanimité en commission et au Parlement en séance plénière le prouvent. Son examen à la Chambre des Conseillers est prévu pour la semaine prochaine. Ainsi donc, trois jours après les attentats de Casablanca, ils s’est avéré, finalement, que les représentants des différents groupes parlementaires ne veulent plus perdre de temps pour boucler le dispositif juridique relatif à la lutte contre le terrorisme. Ces derniers ont présenté leur amendement sans pour autant changer de visions. Le PJD a, pour sa part, voté pour cette loi alors qu’il demandait, quelques jours après, un délai pour se prononcer sur le projet. Les députés de la majorité comme ceux de l’opposition ont affirmé que la tendance est la même que celle qui prévalait auparavant. Il s’agit de la nécessité d’assurer l’ordre, la stabilité et la sécurité contre toute attaque terroriste sans que cela porte atteinte aux acquis réalisés dans le domaine des Droits de l’Homme et des Libertés Publiques. Le dilemme reste cependant le même: comment donner aux autorités publiques les moyens de combattre le terrorisme, sans atteinte aux Droits de l’Homme. Du point de vue d’un analyste, la résolution de cette équation n’est pas facile. Les réseaux terroristes, explique-t-il, sont constitués d’individus décidés, qui cèdent rarement aux pressions psychologiques. Actuellement, les faits parlent d’eux-mêmes. Parmi les suspects arrêtés en Europe et des membres d’Al Qaïda, nombreux sont des Marocains et dans les milieux beurres, l’intégrisme recrute à tire-larigot. La lutte contre ce phénomène doit se faire donc dans la fermeté et la légalité et le projet de loi anti-terroriste est censé apporter un soutien indispensable. Actuellement et ce n’est plus un secret pour personne, la mort intervient au hasard de la folie meurtrière des intégristes qui font fi du plus élémentaire des principes humains, à savoir, le droit inaliénable à la vie. Contre cela, toute communauté doit, de l’avis d’un juriste, non seulement lutter contre ce phénomène, mais également agir de concert en vue d’empêcher le meurtre sauvage, le meurtre délibérément conçu pour provoquer terreur, humiliation, intimidation et violence au sein de la société. Un projet de loi anti-terroriste est là et il faut qu’il soit adopté rapidement pour encadrer l’action des services de l’Etat. Car, tout simplement, il y a urgence. Après le drame de Casablanca, le facteur temps est déterminant. Selon les éléments infiltrés en ce moment, loin des joutes verbales qui ont suivi les événements tragiques du vendredi 16 mai, il s’agit bel et bien d’un groupe qui voulait semer la zizanie. Des actes terroristes à Casablanca étaient bien au programme et les kamikazes étaient aussi parmi nous.
H.Z.
De l’amendement
Le ministre de la Justice a pris en compte plusieurs amendements de la majorité. L’une des principales nouveautés a trait à la définition juridique de l’acte terroriste. Il a été supprimé de la liste des actes terroristes les expressions : atteinte à la sécurité de l’Etat, à la paix intérieure et extérieure de l’Etat. La garde à vue a été assouplie. Au lieu de 144 heures, elle est passée à 96 heures et est susceptible d’être prolongée deux fois. La perquisition des lieux privés a été modifiée. Les domiciles peuvent être perquisitionnés, à titre exceptionnel, avant 6 heures du matin ou après 21 heures, avec un ordre écrit du parquet.