Il y a des événements où parfois l’on manque de mots pour qualifier la douleur, la frustration et le sentiment d’impuissance que l’on peut exprimer après les avoir vécus. Les attentats du vendredi 16 mai sont de ceux-là. Ce vendredi, ceux qui avaient appris la mauvaise nouvelle n’ont pas fermé l’oeil de toute la nuit tandis que les «couche-tôt» ont été terrifiés le samedi par l’horreur de Dar Beïda. Mohamed, l’épicier du coin a été consterné lorsqu’il a vu les premières images des attentats sur 2M. «Je venais de servir un client qui s’apprêtait à partir lorsque le présentateur annonça le tragique événement. Je suis resté bouche bée. Le client me demanda ce qui n’allait pas. Il a répété sa question plus de trois fois sans que je ne puisse lui répondre. C’est lorsqu’il a tapé fort sur le comptoir que j’ai repris mes esprits et l’ai informé qu’un événement horrible vient de se passer à Casablanca.» Dans ses explications, l’épicier trouvait difficilement les termes pour dire ses inquiétudes mais aussi et surtout ce que réserve l’avenir au Maroc. «Je ne cherche pas à comprendre qui sont les auteurs de ces horribles attentats. Car il faut être fou pour s’exploser de la sorte et tuer des innocents. Ce qui m’inquiète le plus, c’est ce que l’avenir nous réserve car la haine et le fanatisme, rien ne peut les arrêter. Je pense que les Marocains doivent faire attention à tous ces discours démagogiques des islamistes pour savoir que nous avons tous un avenir commun au Maroc.» Tout près de là, un ancien combattant ne pouvait cacher son indignation face à ces attentats meurtriers. Dans ses propos, il tentait de se faire une raison. «Au départ, je ne croyais pas que de telles horreurs pouvaient se produire au Maroc. Jamais, depuis l’indépendance, le terrorisme n’avait frappé notre pays. Ce qui vient de se passer doit nous amener à être plus vigilants.» À la question de savoir si de tels faits étaient prévisibles au Maroc après les attentats du 11 septembre, notre interlocuteur dira tout simplement qu’il fallait s’y attendre non pas en raison de l’existence d’un terrorisme international mais à cause de la poussée islamiste. Selon lui, l’extrême poids politique donné à cette frange de la société serait à la base de la situation qu’a connue Casa dans la nuit du vendredi à samedi.
L’indignation collective
Pour y remédier, il propose un retour sur les valeurs religieuses qui ont toujours caractérisé le Maroc. Sur un autre plan, l’ancien combattant estime que les attentats de Casablanca doivent être une leçon pour l’ensemble de la classe politique en vue de revoir la conduite à tenir pour que des éléments tarés ne profitent pas de l’ouverture politique et cultivent la haine. Même sentiment de frustration chez FB, mère de famille. Pour elle, c’était un l’électrochoc . «Quand j’ai appris la terrible nouvelle, j’ai eu des douleurs au ventre comme si on broyait mes intestins et lorsque les images de l’horreur ont commencé à défiler à la télé, je me suis évanouie. Alors mon fils a appelé mon mari qui s’est réveillé en sursaut et m’a aspergée d’eau. C’est le matin que je me suis rétablie.» À l’image de cette femme, d’autres personnes ont passé la nuit des lâches attentats éveillées et terrifiées. Naïma, une étudiante, n’oubliera pas de sitôt ce qu’elle a vu à la télévision. La nouvelle est tombée quand elle revisait ses cours. C’est sa mère qui l’a avisée d’abord mais les propos de cette dernière n’ont pas convaincu l’étudiante. Elle s’était dit que sa mère confond les images d’attentats du Proche Orient. Un fait devenu quotidien et où l’on a banalisé le drame de tout un peuple. La discussion s’engage à distance. «Mais ma fille, je te dis que des attentats viennent de se produire à Casablanca. Des bombes humaines ont exploser dans des immeubles. Viens vite voir la télé», dit la mère. «Non maman, ce n’est pas possible. Au Maroc, il n’y a pas d’attentats. Tu te trompes, peut-être, il s’agit d’un autre pays. Alors, s’il te plaît, laisse-moi continuer mes révisions», rétorque l’étudiante. Mais voyant que sa mère insiste, elle finit par la rejoindre au salon. Et ce fut effroyable. Sa première réaction a été de se serrer contre sa maman et de se blottir dans ses bras, comme un bébé, ne sachant où aller ni que faire. «De toute ma vie , je n’ai jamais vu une telle horreur perpétrée au Maroc. Si nous avons l’habitude de voir des images d’attentats dans d’autres pays, jamais je ne pouvais penser un seul instant que cela pouvait toucher mon pays. C’est vraiment horrible» dit-elle avant de se poser des questions sur les mobiles de ces crimes crapuleux. «Je crois que rien ne peut justifier de telles monstruosités. Toute la nuit, je n’ai pas pu dormir. Ce qui s’est produit à Casablanca est terrifiant», dit-elle. Alors quand on lui demande ce qu’elle va faire après les attentats de Casablanca, un sentiment d’inquiétude l’envahit. «J’aime aller au cinéma. Maintenant, je vais attendre longtemps avant d’y mettre les pieds.» Quelque part, dans un bistro au centre ville, il est 19 h. Toutes les conversions étaient centrées sur cette nuit tragique de Casablanca et les regards rivés sur le petit écran. Entre deux gorgées, Saïd ne cessait d’implorer Dieu pour que ce genre de malheur ne se reproduise plus. Son compagnon le consolait. «Je ne sais pas ce que cherchent ces fanatiques. Nous sommes un pays de la tolérance et de la fraternité. In challah, ils ne nous auront pas.» Devant cette condamnation unanime, je ne me suis pas empêché de dire : «Que Dieu vous entende chers amis!».
M.S.