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Dialogue social, le plus dur reste à faire

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Le Premier ministre, M. Driss Jettou, serait-il en passe de réussir là où ses prédécesseurs ont échoué dans le cadre du dialogue social ? Car jamais auparavant, on n’avait enregistré un tel progrès dans les discussions entre gouvernement, patronat et syndicats depuis la signature de l’accord du 1er Moharrem. Déjà à l’annonce des résultats des discussions, beaucoup d’observateurs, à commencer par la société civile, n’ont pas tardé à manifester leur satisfaction de l’accord cadre qui vient d’être conclu entre les partenaires sociaux. Du côté des syndicats, on affiche la même tonalité même si certains travailleurs restent sceptiques quant à l’application intégrale des différents points ayant fait l’objet de consensus. De l’avis de cette catégorie, le problème essentiel n’est pas de parapher des accord sous les applaudissements mais plutôt comment le gouvernement pourra traduire ses engagements sur le terrain. «Je ne suis pas contre une entente entre notre Direction et les autres partenaires du dialogue social, seulement je me pose des questions concernant la manière et les circonstances de cet accord. Car c’est à la veille du 1er mai que M. Jettou et ses collègues ont accepté de répondre aux revendications des travailleurs. Ce qui est tout de même un peu surprenant après tant d’années de rencontres infructueuses.» Celui qui parle ainsi est un membre influent de la CDT, une centrale considérée comme partie prenante des négociations. MK, qui ne fait pas de détours dans ses déclarations, estime tout simplement qu’il faut encore attendre des mois pour savoir si effectivement nous ne sommes pas en face d’une mise en scène destinée à calmer l’ardeur des ouvriers à la veille des élections communales. Notre interlocuteur cite en exemple le bras de fer déjà engagé entre le ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse et les enseignants, lesquels ont décrété des débrayages parce que leurs revendications n’étaient pas satisfaites. Une autre dame, qui travaille depuis plusieurs années dans une usine de textile, partage le même avis.

De nouvelles perspectives

 Pour cette dernière, l’amélioration des conditions de vie des ouvriers passe inéluctablement par un engagement sans condition non seulement de la part des politiques mais aussi et surtout de la part du patronat. Sans se faire d’illusion, elle ajoute qu’il faudra encore attendre longtemps pour pouvoir se prononcer. Cependant, dans le milieu patronal, on avance qu’il s’agit d’un début. «L’essentiel pour nous est que le dialogue ne se transforme pas en une vitrine de revendications sempiternelles. Il faut que les autres parties comprennent que le monde a beaucoup changé et par conséquent, il est dans l’intérêt du gouvernement marocain d’adapter sa politique sociale aux mutations intervenues dans les autres domaines d’activités à travers le monde.» Mais au regard des résultats obtenus, on peut avancer sans risque de se tromper que l’équipe Jettou affiche de bonnes intentions visant à réglementer le cadre du travail (voire encadré). Une satisfaction que les responsables syndicaux n’ont pas manqué de souligner dans leurs différentes déclarations. Ainsi à la CDT, on estime avoir fait preuve de confiance et d’une ferme volonté d’œuvrer pour faire de l’entreprise marocaine un espace cohérent et de solidarité au service de la classe laborieuse susceptible de redonner confiance aux autres partenaires. Pour Noubir Amaoui, qui semble être en hivernage politique ces derniers temps, cet accord est venu à point pour dire à ses détracteurs que sa centrale a encore un rôle déterminant à jouer sur la scène politique. À l’UGTM, il ne pouvait en être autrement quand on sait que l’Istiqlal fait partie du nouveau gouvernement. D’ailleurs, au lendemain de l’accord, Abderrazak Afilal s’est longuement félicité du progrès accompli. À l’UMT comme à la nouvelle centrale FDT (Fédération démocratique des travailleurs), on relève les mêmes signes de satisfaction. Bref, gouvernement, patronat et syndicats dansent à l’unisson. Mais le plus dur reste à faire. En effet, au-delà de l’accord cadre ainsi arrêté, les coûts sociaux et financiers restent à définir. Une partie qui ne sera pas facile dans une conjoncture économique particulièrement difficile où tous les indicateurs financiers de l’État ne sont pas tous au vert.

M.S.

 

Le dialogue social et ses avancées

Si tous les points inscrits au calendrier du dialogue social ne sont pas encore résolus, quelques progrès ont été tout de même constatés dans les pourparlers. On peut relever, à ce sujet, les avancées ci-après :
-Salaires : Adoption et généralisation de l’application du Salaire minimum Interprofessionnel garanti (SMIG) dans les secteurs public et semi-public avec les incidences financières qui en découlent, englobant les fonctionnaires classés Jusqu’à la limite de l’échelle 09
- Engagement du gouvernement à régulariser par étapes la situation des administrateurs, corps assimilés, techniciens, informatistes et enseignants universitaires
- Secteur privé: augmentation de 10% du SMIG, sur deux étapes
- Arrêt du recrutement dans les échelles comprises entre 1 et 4
- Habitat : Adoption de mesures permettant aux agents des secteurs public et privé d’acquérir un logement à travers la création d’un fonds de garantie
- Octroi de crédits à des taux préférentiels en reportant les échéances de remboursement de 12/15 ans actuellement à 20/25 ans
- Soutien public à travers la mobilisation du patrimoine immobilier de l’État et des collectivités locales en vue de réduire le coût de l’habitat social qui se situera désormais entre 80.000 et 120.000 DH au lieu de 200.000 DH actuellement
- Réduction de 48 à 44 heures de la durée hebdomadaire du travail et adoption du principe de la flexibilité dans le secteur privé.
- Adoption d’un régime d’indemnisation pour perte d’emploi pour des raisons économiques ou structurelles et définition d’un régime d’indemnisation sur les licenciements et les préjudices
- Couverture médicale: Le gouvernement œuvrera à l’adoption d’un décret portant création de l’Agence nationale de couverture médicale
- Relèvement du congé de maternité de 12 à 14 semaines
- Droit de grève: Modernisation des mécanismes de règlement des litiges sociaux et élaboration d’un cadre juridique régissant le droit de grève
- Adoption du principe de la préretraite volontaire à partir de 55 ans
- Rationalisation du régime des pensions de retraite sur la base des dix meilleures années de cotisations.



 

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