En effet, non seulement l’entreprise s’affirme comme le premier contributeur fiscal du Royaume, mais en outre, elle a constitué, véritablement, la vedette de l’Assemblée Générale des actionnaires de Vivendi Universal, qui s’est tenue la semaine dernière à Paris.
Au point où Maroc Telecom a fait la Une de la presse internationale spécialisée laquelle, du Wall Street Journal au Financial Times, en passant par La Tribune, Le Figaro ou Les Échos, n’a point manqué de relever l’enthousiasme de Jean-Réné Fourtou, le PDG de V.U à son endroit.
Car, comme expliqué à la presse nationale par un M. Ahizoune au triomphe modeste, il ne s’est trouvé aucun actionnaire présent à l’AG de V.U pour contester le choix du successeur de Jean-Marie Messier, celui de céder les actifs américains de Vivendi-Universal pour étendre sa participation dans le capital de Maroc Telecom !
Pas un seul petit porteur présent à Paris n’a protesté contre cette option qui se pare d’abord d’une assurance, celle que la multinationale d’origine française n’envisage nullement de quitter le tour de table de l’opérateur marocain. Mieux encore, c’est celle d’une prise de participation majoritaire qui semble se dessiner avec l’éventualité de l’acquisition ultérieure des 15 % restant, lesquels auraient fait l’objet d’un pacte d’actionnaires conclu au moment de l’achat de 36 % du capital d’IAM, en février 2001.
Mais cette reconnaissance internationale de la qualité de l’opérateur historique n’est pas venue toute seule. Et si cela a permis au Maroc de réaliser (à moindres frais) une très belle opération de communication au plan mondial, ce sont le travail et la mobilisation des équipes de Maroc Telecom qui ont permis cette avancée.
Et de fait, en 2002, l’opérateur, placé depuis février 2000 en situation de concurrence sur le mobile avec la mise en service de la seconde licence GSM par Méditel, possède aujourd’hui 70 % de parts de ce marché juteux, annonçant pratiquement 4,7 millions d’abonnés et une infrastructure de plus de 8 millions de lignes. Mais cet avantage se paie par la baisse "inquiétante" du parc des abonnés fixes.
M. Ahizoune a même évoqué l’éventualité de la mort du "fixe" au cas où on ne s’attelait à le préserver notamment par une politique tarifaire adéquate au niveau d’Internet.
Le fixe condamné ?
En effet, le fixe s’est quelque peu stabilisé à 1,1 million de clients (contre 1,4 auparavant) et n’aurait pas vraiment enregistré de pertes de son chiffre d’affaires s’il n’y avait les méfaits d’une concurrence déloyale menée par des opérateurs clandestins qui détournent des communications internationales, occasionnant un manque à gagner de 660 millions de dirhams (en devises, SVP !) pour l’opérateur en 2002…
Maroc Telecom est d’ailleurs déterminé à mettre fin à cette dérive frauduleuse et si d’ores et déjà trois sociétés (d’origine étrangère) ont été condamnées à de lourdes peines par la Justice, ce sont 17 dossiers qui, à l’initiative conjointe de l’ANRT et des services de M. Ahizoune, sont entre les mains des juges aujourd’hui.
Le fixe bénéficiera donc de l’attention soutenue du management en 2003 par la proposition d’offres adaptées (du style pack Al Manzil par exemple) mais aussi par une nette inflexion pour le développement du réseau Internet, porte d’accès essentielle à la modernité et à la mise à niveau du Maroc en ce début du troisième millénaire.
Comment accepter, en effet, que notre pays, majoritairement habité par une population jeune, ne compte aujourd’hui que 34 000 abonnés à Internet ?
Comment accepter que l’obstacle financier constitue en fait la raison principale de cette stagnation qui, dans quelque temps, se paiera très cher par notre pays ?
M. Ahizoune, avec franchise et clarté, a expliqué à la presse nationale les enjeux et les considérations financières qui caractérisent cette question cardinale.
Le client, avant toute considération
Maroc Telecom, en partenariat notamment avec le Ministère de l’Éducation Nationale, consent des réductions pour les abonnements (ce qui suscite l’ire du représentant local du géant France Telecom, Wanadoo).
M. Ahizoune s’affirme disposé à aller plus loin, notamment en mettant en service la nouvelle technique de l’ADSL qui offre une capacité d’accès plus rapide et une transmission plus importante de données à un coût largement inférieur aux lignes spécialisées. Mais cette volonté se heurte à de fortes oppositions, largement entretenues par la filiale locale de France Telecom, laquelle fait pression sur l’ANRT.
Pourtant, sans choisir l’un ou l’autre des protagonistes de cette compétition, n’est-il pas juste de considérer que le consommateur, le client marocain, au pouvoir d’achat et aux revenus limités, doit être l’objet ultime de la quête "régulatrice" de l’institution dirigée par M. Demnati ?
Qu’importe aux Marocains que Wanadoo, (filiale d’un groupe français grevé aujourd’hui de plus 40 milliards d’euros de dettes) perde de l’argent si par une politique tarifaire adéquate on parvient à réduire le gap technologique qui, d’ores et déjà, affecte considérablement un Maroc partiellement "largué" au niveau des nouvelles technologies de l’information et de la communication ?
Pourquoi ne pas soutenir la démarche de l’opérateur national qui se propose de commercialiser des ordinateurs à moins de 5000 Dh pour encourager le développement d’Internet parmi la jeunesse, afin d’inscrire les décideurs de demain dans la perspective de la modernité, de l’ouverture et des défis de la mondialisation ?
Maroc Telecom, premier opérateur local dans le secteur des télécommunications, affirme ainsi des ambitions qui n’ont plus vraiment de rapport avec la seule recherche du profit (ce qu’il ne néglige pas pour autant).
Cette démarche, qui correspond à l’intérêt stratégique de notre pays et de nos concitoyens, doit être encouragée aussi bien par les pouvoirs publics qui ont un rôle de tutelle incontournable que par les forces vives qui doivent prendre conscience de l’impact et des atouts d’une grande entreprise citoyenne.
Car, in fine, ce n’est pas seulement pour Jean-René Fourtou et pour les actionnaires de Vivendi Universal que "Maroc Telecom est un actif formidable". Cela vaut, prioritairement, pour le Maroc et les Marocains !
Fahd YATA