Succès. C’est le moins que l’on puisse dire, au sujet du colloque international, organisé du 24 au 25 avril 2003 à Rabat, par l’Amicale des ingénieurs des ponts et chaussées du Maroc. De par la qualité des participants et les profondeurs des thèmes abordés, il a été prouvé encore une fois de plus que nos ingénieurs ne manquent pas d’idées. Placée sous le thème : «État, régulation & autorités indépendantes», cette rencontre est venue dans un contexte d’ouverture et de mondialisation où de plus en plus seule une concurrence loyale serait à même de permettre aux entreprises nationales de faire face aux grandes firmes étrangères. Pour assurer un franc succès à ce séminaire, cinq ateliers ont été tenus en parallèle axés autour de l’eau et de l’électricité, les transports, les marchés financiers, les postes et télécommunications ainsi que l’audiovisuel. Tandis que le deuxième jour a été consacré aux «politiques publiques, cadre juridique et modes de régulation, quelle perspective ?», «les autorités de régulation, quelles missions et quels statuts», et enfin «les services publics, régulation et décentralisation : quels acquis?, quelles perspectives?». Un ensemble de thèmes qui ont mis en exergue l’importance d’un organe indépendant capable de statuer sur les différends pour intervenir entre plusieurs organismes opérant dans différents secteurs. En effet, comme en témoigne l’importance du colloque, la régulation est un thème porteur qui pose de multiples questionnements sur le rôle de l’État où il est question de réformes sectorielles, la promotion des investissements nationaux et étrangers et le renforcement de l’ouverture de l’économie nationale ainsi que son intégration dans l’économie mondiale. Pour les organisateurs, l’objectif de ce colloque est d’examiner, en tirant parti des expériences d’autres pays, les modalités concrètes d’organisation d’une concurrence loyale et l’exercice de la fonction d’actionnaire public. Dans ce contexte, fait remarquer M. Mohamed Boussaïd, Président de l’Amicale des ingénieurs des ponts et chaussées du Maroc, le rôle de l’État doit être aujourd’hui redéfini. En effet, les marchés deviennent de plus en plus compliqués et évoluent très rapidement et l’État se doit de réfléchir sur son rôle soit, entre autres, la régulation. Selon M. Boussaïd, on se rend de plus en plus compte que le fait de libéraliser devrait être réfléchi, programmé et maîtrisé. Le Président de l’Association souligne que l’idée donc est de dire comment doit-on concevoir une politique sectorielle pour introduire une concurrence saine et loyale. Cependant, l’organisation de M. Boussaïd n’entend pas faire de cette manifestation une tribune politique ou un espace de revendication. Sur ce plus, le Président de l’Amicale des ingénieurs des ponts et chaussées du Maroc est on ne peut plus clair : «en tant qu’association, nous essayons de réunir les gens pour qu’ils débattent des thèmes d’actualité. Nous n’avons pas de position à défendre. Nous avons toujours organisé des colloques de ce genre sur des sujets à portée nationale et qui sont généralement à caractère économique et social... Notre attente est d’abord que l’on puisse avoir une clarification du concept de la régulation. L’exemple des télécommunications est frappant puisqu’il y a désormais un cadre, une réglementation, l’ouverture du secteur et la mise en place du concept du service universel. Ce qui a aussi permis de créer l’idée de régulation.» Pour rappel, l’association comprend 270 ingénieurs, tous lauréats de l’école nationale des ponts et chaussées de Paris. La moitié, à peu près, exerce au Maroc. C’est également une association à but non lucratif, dont la vocation est le maintien des liens d’amitié et de camaraderie entre ses membres. Créée en 1959, l’Amicale des ingénieurs des ponts et chaussées du Maroc a pour ambition servir le pays et l’intérêt général.
M.S.
Trois questions à MM. Mohamed Wakrim, Directeur Général de Barid Al Maghrib et Ali Fassi Fihri, directeur Général de l’ONEP
La Nouvelle Tribune: Quelle est l’approche de Barid Al Maghrib par rapport au concept de régulation ?

M. Mohamed Wakrim : Nous sommes pour une régulation qui soit indépendante et qui assure un professionnalisme dans le secteur. Elle doit être équitable vis-à-vis de l’ensemble des opérateurs en leur assurant leurs droits et leurs obligations. Je pense aussi que ceci permettra au secteur d’évoluer dans de bonnes conditions. Une régulation qui doit permettre d’introduire des opérateurs de bonne qualité à travers une qualité de service au bénéfice des grandes entreprises et du grand public. Bien entendu, pour que cette qualité soit maintenue, il faudrait que les acteurs soient des professionnels et qu’ils respectent les règles du jeu. Et Barid Al Maghrib respecte ces règles et entend continuer sur cette voie. Mieux, nous sommes tout à fait prêts à la concurrence mais il faut que cette dernière soit loyale et bien réglementée, selon les règles de l’art.
Pensez-vous que Barid Al Maghrib est suffisamment bien armé pour faire face à la concurrence internationale ?
Sans exagération, notre établissement est réellement bien armé pour affronter tous les défis de la mondialisation. Aujourd’hui, nous sommes en train de nous moderniser et nous restructurer pour être une entreprise plus performante en vue d’être au standard, aux normes des qualités internationales, être réactifs, avoir un potentiel humain encore plus formé. Ce qui veut dire que nous ne sommes pas du tout contre la concurrence. Cependant, il faut dire que nous sommes handicapés par le poids du service universel. C’est pour cela que nous insistons sur l’équilibre entre le poids du service universel et l’ouverture des marchés sinon ce ne serait pas une concurrence loyale. Maintenant, s’il y a une contrepartie, car le service universel demande beaucoup d’investissements qu’assure aujourd’hui Barid Al Maghrib, nous nous trouverons dans une logique d’ouverture des marchés et ainsi la nouvelle loi devrait trouver un équilibre entre l’ensemble des opérateurs. Une action qui doit être matérialisée par l’intervention de l’État et les collectivités locales
Comment comptez-vous donc vous mettre au même niveau avec les autres opérateurs en terme de restructuration ?
Barid Al Maghrib est prêt en ce qui concerne sa restructuration. Nous n’avons pas à nous plaindre sur le côté commercial. Notre activité tourne à plus de 50 % y compris l’activité bancaire, contrairement à ce qui se dit. Nous assurons avec fierté et plaisir le service universel. C’est aussi une mission du service public que nous assumons au compte de l’État. Simplement cette partie doit être revue dès lors qu’il y a une plus grande ouverture du marché pour qu’il y ait un équilibre entre l’ensemble des opérateurs. Encore une fois, je dis que nous sommes prêts pour l’ouverture du marché mais elle doit être en conformité avec le poids du service universel. C’est une question de régulation et d’équité.
La Nouvelle Tribune : Qu’attend l’ONEP de ces deux jours de discussions ?

Ali Fassi Fihri : Pour nous, c’est un endroit où il est extrêmement important d’exprimer des idées qui sont développées ici et là en raison du niveau de la qualité très élevée des participants. Ce qui est donc important, c’est de rendre la distribution de l’eau potable et de l’assainissement liquide cohérente. Il y a pour cela un certain nombre d’expériences plus ou moins réussies. Pour cette raison, nous sommes venus proposer un nouveau concept en matière de distribution tout en rappelant les efforts que l’État fait en matière de généralisation de l’eau potable et de prise en charge de l’assainissement liquide.
Quels sont les éléments descriptifs de ce nouveau concept ?
L’idée est de dire que nous avons fait des contrats de gestion déléguée à Casablanca, Rabat, Tanger et Tetouan en mettant en place une péréquation tarifaire entre l’ONEP et le secteur d’assainissement tout en faisant intervenir le secteur privé. Malheureusement, si l’on regarde ou généralise cette expérience, cela paraît très difficile parce que ce qui reste comme centres ou zones n’ont pas suffisamment de niveau de développement équivalent aux régions citées dessus. Par conséquent, le privé ne prendra jamais en charge les zones éloignées. Par ailleurs, l’Office intervient dans certaines zones par absence d’intervenants. En fait, nous ne raisonnons plus en terme de cas isolés mais en terme de régions politiques. Ce qui veut dire que nous devons mettre nos actifs en commun (l’ONEP, les régies, l’ONE et les sociétés privées), la gestion déléguée avec les collectivités locales. A partir de là, nous pourrons multiplier l’expérience de Casablanca de telle manière à réaliser l’ensemble des investissements, rattraper le retard dans l’assainissement liquide, améliorer l’aspect tarifaire et le service rendu à la population et surtout optimiser les investissements dans les régions. En effet, quand la structure fonctionne mal, on se retrouve, nous les grands opérateurs de l’État, à faire de gros investissements pour maintenir en vie quelque chose qui n’est pas vraiment viable.
Selon vous quel devrait être le rôle de l’État dans cette régulation ?
Lorsqu’on a l’intervention de plusieurs groupes sociaux à savoir la collectivité locale, l’opérateur industriel, il faudrait bien qu’il y ait un arbitre en cas de conflit. Le contrat peut prévoir un certain nombre de codes sans pour autant les définir tous. Le régulateur sera celui qui permettrait de maintenir l’équilibre. Par exemple, l’ONEP est sous tutelle du ministère de l’eau, le distributeur c’est la régie qui, elle, est sous la tutelle du ministère de l’Intérieur. Donc on ne sait plus qui pourra décider en cas de problèmes. Donc la notion de régulation est de dire qu’on a quelque part une entité qui vérifie si les tarifs augmentent ou s’ils sont fixes et que si les investissements ne sont pas faits, il y aura des conséquences et ainsi de suite. Jusqu’à aujourd’hui, l’État a joué ce rôle mais il est en même temps partie prenante, c’est-à-dire juge et partie.
Propos recueillis
par Mamady Sidibé