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La Presse nationale rétive au changement ?

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Publier le : April 24, 2003

Cette situation est la résultante de plusieurs facteurs et phénomènes dont le plus évident est incontestablement le climat d’ouverture qui caractérise l’expression journalistique depuis plusieurs années. En effet, l’avènement du règne de SM Mohammed VI a induit l’amplification et l’accentuation d’un processus qui s’était développé à partir du début de la décennie quatre-vingt-dix, marquant la reconnaissance par le pouvoir des combats et engagements premiers et conséquents de la presse partisane, patriotique et progressiste, mère de toutes les avancées enregistrées depuis par le secteur.

Il était une fois la révolution (médiatique)

Ce qu’il faut affirmer aujourd’hui, haut et fort, c’est que la situation actuelle est la résultante d’une conjonction objective entre la lutte des forces politiques d’opposition, (puis, après 1999, de certains secteurs de la société civile), pour une réelle liberté de la presse au Maroc et la volonté expressément affirmée du Pouvoir royal de lui reconnaître ce droit.
Le deuxième facteur explicatif de cette situation réside dans l’émergence au début des années 90 d’une presse indépendante des partis politiques, qui fut fortement encouragée dans sa démarche par des secteurs économiques, financiers, voire gouvernementaux ou para-gouvernementaux (selon les titres !). Celle-ci, essentiellement hebdomadaire et francophone au départ, fut, dans la seconde moitié de ladite décennie, rejointe par de nouvelles publications, à périodicités variées, dont certaines, assure-t-on, furent créées pour exposer " in vivo " des points de vue et des idées qui, quelque temps plus tard, allaient connaître le succès que l’on sait.
De cette époque, d’ailleurs, date le sentiment de puissance et d’outrecuidance qui a caractérisé certains titres au point où ils se plurent à apparaître en donneurs de leçons, en conseillers et en maîtres à penser, ce qui, évidemment, entraîna leur rapide disgrâce !

Le bon, la brute et le truand

Ce bref tour d’horizon nous amène à un constat, celui de la coexistence actuelle de trois types de publications dans un contexte qui est en train de changer. En effet, on observe aujourd’hui le passage d’un stade " d’exubérance médiatique ", marqué par la prolifération des titres, à celui d’un darwinisme tout aussi médiatique qui se traduit par la disparition, effective ou annoncée, de publications " partisanes " ou " indépendantes ".
Il y a donc sur le marché les titres politiques, expressions des partis nationaux et qui connaissent actuellement, à des degrés divers certes, des difficultés financières, humaines, de mise à niveau technique, etc.
Il y a, également, les titres indépendants structurés et pérennes. Ceux-là sont dotés d’une transparence de gestion, agissent en véritables entreprises citoyennes et ont adopté le plus souvent la forme juridique de la société anonyme (et pour quelques-uns d’entre eux dont La Nouvelle Tribune, avec Conseil de surveillance et Directoire).
Enfin, il y a les titres " clandestins ", au statut ambigu, sociétés de personnes ou SARL à petits moyens, qui pratiquent le plus souvent la dissimulation fiscale, refusent d’inscrire leurs salariés à la CNSS, trichent sur le papier (exonéré de TVA et de droits de douane), paient les journalistes au noir, etc.
Ce tableau, pour être complet, doit également relever l’existence de groupes de presse. Certains sont de création relativement récente, d’autres existent depuis des décennies, mais ont changé de propriétaire. Plusieurs disposent d’imprimeries modernes et performantes, ce qui renforce leur poids et, pour l’un d’entre eux au moins, lui donne des ambitions qui peuvent entrer en contradiction avec l’éthique et la déontologie du simple éditeur…
Tel est, rapidement esquissé, l’état d’un secteur appelé, selon les vœux des autorités publiques, à jouer un rôle primordial pour le développement de la démocratie, mais aussi pour le processus de responsabilisation des citoyens, pour leur éducation, au-delà donc du simple devoir d’informer.
Dans ces conditions et partant d’un constat qui prouve la variété des statuts et des situations, on s’interrogera légitimement sur la capacité des pouvoirs de tutelle à promouvoir un processus de mise à niveau et de modernisation d’un secteur aussi disparate.
On remarquera également que la grande majorité des acteurs de la presse n’a pas vraiment intérêt au changement, ce qui explique la vigueur des critiques adressées au ministre Benabdellah au lendemain de l’organisation de " ses " assises.

Pour une poignée de dirhams

On notera, enfin, que des considérations politiques, mais aussi financières déterminent la démarche de plusieurs opérateurs du secteur, qu’il s’agisse de titres, partisans ou non, d’imprimeurs et de distributeurs, certains enjeux commerciaux et financiers étant par ceux-là, masqués par des considérations hautement morales (liberté de la presse, mondialisation, ouverture du Maroc) quand on n’agite pas des menaces parfaitement déplacées et hautement tendancieuses (comme le danger " d’algérianisation " de la presse marocaine) proférées par ceux qui confondent parfois influence et passe-droits.
C’est sur ce terreau, plus ou moins malodorant, que va devoir s’exercer l’action en profondeur des pouvoirs publics et des acteurs les plus conscients du secteur.
Et s’il existe des solutions acceptables dans leur principe, telle la proposition d’accord-cadre entre la presse et l’État pour une mise à niveau et la pérennisation des publications nationales, il n’en reste pas moins que le contenu de cette proposition est encore largement inconnu des principaux concernés. Mais bâtir une presse responsable et indépendante, libre de ses lignes éditoriales et de ses choix, critique ou laudatrice chaque fois qu’elle le souhaitera, ne se fera pas sans efforts et sacrifices. C’est au prix d’entreprises de presse modernes et performantes, réellement libres des centres de pouvoir, à l’abri des pressions comme des besoins, que pourra se réaliser l’objectif d’une profession respectable et respectée, elle-même influente et autonome. Car le journaliste est, avant tout, le produit du titre qui l’abrite, des moyens qu’il lui donne, des missions qu’il lui assigne.
" Asinus asinum fricat "…


Fahd YATA



 

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