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Adl Wal Ihssane donne le mauvais exemple Condition féminine

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Publier le : April 24, 2003

Les rencontres politiques sur le statut de la femme au Maroc se suivent sans jamais se ressembler. Intégration, modernité et égalité, autant d’enjeux de taille qui ont plongé de nombreux observateurs dans le doute profond. Résultat: certains représentants de la société civile, partis politiques, certaines ONG défendent la stratégie de l’intégration de la femme au nom de la modernité, de l’égalité et de la garantie de la transition démocratique. Tandis que pour d’autres qui refusent systématiquement le «changement de façade» mettent l’accent sur la nécessité de respecter les bases fondamentales de la religion musulmane et surtout de ne pas y toucher. Une situation confuse où se conjuguent avancées et reculades en termes de modernité et où l’outil du changement, en l’occurrence la classe politique, pose elle-même de véritables problèmes. Constat qui est loin, semble-t-il, de favoriser le climat de confiance indispensable à la construction du pays ainsi qu’à sa relance économique tant attendue. Le grand fossé séparant donc ces deux catégories est incarné, sans risque de se tromper, par l’approche entre « l’exemplarité» et le «machiavélisme» des discours. Quelle femme pour quel Maroc voulons-nous? Le risque est toujours là. Modernité et conservatisme, sont ils compatibles? Ne serait-ce le temps de dépasser cette morbide tendance à se contenter d’idées, lesquelles ne sont bénéfiques que pour ceux qui soutiennent et entretiennent la femme et son statut à des fins purement politiciennes? Qu’en est-il de la situation de facto de la femme marocaine et quelles sont les véritables entraves qui lui posent problème? Ces questions et autres ont été au centre des débats de la journée d’étude sur la situation de la femme organisée par Adl Wal Ihssane.

Faits

Samedi 26 avril, 10h du matin. Lieu: Hay Essalam à Salé, siège central de la Jamaâ de Cheihk Yassine. A l’ordre du jour: la rencontre annuelle d’Adl Wal Ihssane en commémoration de la levée de l’assignation à résidence de son chef spirituel en l’an 2000. Au menu: les diverses interprétations de la société civile au sujet du statut de la femme et les lectures islamistes occidentales. On reconnaissait, bien sûr, des membres de la Jamaâ ainsi que des Pjdistes venus nombreux. Néanmoins, d’autres courants islamistes, tels que Al Isslah Wa Tawhid, Al Haraka Men Ajl Oumma, Club de la Pensée Islamique et Al Badil Al Hadari n’étaient pas au rendez-vous. M. Fathallah Arsalane, porte-parole d’Adl Wal Ihssane était également absent en raison de son déplacement au Liban suite à une invitation de ses amis de Hezbollah. Parmi les présents, des membres de l’ambassade d’Allemagne, des professeurs chercheurs et des étudiants. Dès le début de cette journée d’étude, Mme Nadia Yassine, donne le ton: «notre mouvement croit sans aucun doute que, dans la société civile ainsi qu’au sein des institutions partisanes, existent des personnes portant un très grand amour à leur patrie et rêvant de la libérer de la décadence et de l’humiliation.  Je tiens à souligner que notre appel au dialogue n’est en aucun cas l’expression d’un opportunisme ou d’une tactique quelconques. Bien au contraire, notre choix est basé sur des principes immuables pour lesquels nous luttons et pour lesquels nous payons et nous payerons encore le prix fort. Tout l’enseignement de notre Prophète allait dans le sens du dialogue». Pour sa part le politologue M. Mohammed Darif, a indiqué que le statut de la femme constitue un grand écart d’idées entre modernistes laïcs et conservateurs islamistes et leur point de différence est l’Ijtihad. Pour les premiers, explique-t-il, ce principe d’Ijtihad devrait être ouvert à tous les penseurs et intellectuels alors que pour les autres, l’Ijtihad demeure relatif en l’absence uniquement de textes. Pour ce qui est des rapports homme/femme, M. Darif a indiqué que pour les modernistes, ils doivent être basés sur le principe de l’égalité alors que pour les Islamistes, ce sont des rapports de complémentarité. Résultat, conclut-il, ce débat entre les deux parties a pris de l’ampleur pour arriver à l’arbitrage royal. Mme Fatima Zahed, professeur chercheur a, quant à elle, centré son intervention sur la femme dans le monde rural.

Compromis

« A défaut d’infrastructures de base ( hôpitaux, routes, sûreté) et à défaut de moyens, la femme rurale se désintéresse complètement du reste «, dit Mme Zahed, en ajoutant, que la femme rurale n’arrive pas à assurer sa dignité en tant que femme parmi tant d’autres ( ex: 26% de mortalité des femmes rurales sont dus à des problèmes d’accouchement ). Mme Zahed a fait relever également que la femme rurale demeure écartée des plans de développement en faveur des femmes. Autre intervention non moins consistante, est celle de Mme Amina Messoudi, chargée de mission auprès de l’ONU au sujet de la femme et la politique. Pour elle, la femme et l’homme sont, en réalité, tous les deux dans le même sac d’injustice et de manque de droits les plus élémentaires. Au niveau des textes, indique-t-elle, le problème ne se pose pas tant que la Constitution, loi suprême de la nation, prévoit une armada de droits civiques, juridiques et politiques aussi bien pour l’homme que pour la femme. Cependant, la marginalisation  de la femme se trouve essentiellement dans les esprits. Un constat que l’on peut remarquer même dans les pays développés. En définitive, la plupart des intervenants dans ce débat ont, semble-t-il, oublié un point fondamental: Le Coran est non seulement un livre religieux mais il est aussi un code civil et pénal chargé de régler dans ses moindres détails la vie quotidienne de chaque croyant. Et tant que l’on n’aura pas pris conscience de ce fait incontournable, le débat sur la femme au Maroc et son intégration risquent de ressembler aux querelles byzantines sur le sexe des anges.


H.Z.


PJD, Adl Wal Ihssane et arbitrage royal

En fin d’après-midi, un débat houleux s’est déroulé entre Islamistes du PJD et ceux d’Adl Wal Ihssane. Sur le tapis: l’arbitrage royal. Pour ce qui est du statut de la femme, la Jamaâ du «Cheïkh» exclut toute intervention royale arguant que «l’arbitrage royal n’a pas de crédibilité». En contre partie, pour les Pjdistes, en l’absence d’une société civile mature et efficace, l’arbitrage royal s’avère nécessaire pour statuer dans des dossiers du genre. Rassurant et audacieux, le Pjd a tenu à préciser avec force que le jour où il jugerait que cet arbitrage contredit les préceptes de l’Islam, il serait le premier à le contester.


L’AMDH ne veut pas d’Adl Wal Ihssane

L’AMDH a été surprise de trouver son nom parmi les invités de la Jamaâ de Cheïkh. Dans tous les cas, selon les membres de cette association, « nous n’avons pas été invités expressément et nous n’envisagions nullement d’assister à un tel événement «. En revanche, la Jamaâ a démenti en précisant qu’elle a envoyé des lettres d’invitation pour l’AMDH et autres ONG. Et ceux qui n’ont pas assisté, dit la Jamaâ, prouvent leur volonté de miner toute possibilité de négociation et de dialogue.



 

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