Les Marocains âgés de18 ans sont appelés, depuis le 26 mars, à aller s’inscrire sur les listes électorales. Tout un dispositif administratif a été mis en place à cet effet. Date limite, le 14 avril. Une campagne publicitaire média est sur nos petits écrans depuis plus de 8 jours. Les commissions administratives du ministre de l’Intérieur procéderont à partir des 15, 16 et 17 à l’examen des nouvelles demandes d’inscriptions, de radiation légale ou de ratification des listes. Quant aux retardataires, ils auront encore une chance pour s’inscrire durant la période de dépôt du tableau rectificatif, du 18 au 24 avril prochain. Lors du Conseil des Ministres tenu le 25 mars, il a été précisé que les listes électorales générales définitives seront arrêtées le 4 mai prochain. Donc, tout a été prévu pour inciter les jeunes Marocains à remplir leur devoir civique. Néanmoins, un tour du côté des bureaux d’inscription dans les différents arrondissements de la métropole économique a laissé manifestement voir le désintérêt des jeunes casablancais à ce sujet.
Inquiétude
Un constat qu’un responsable d’un bureau d’inscription a confirmé:
« C’est vrai, nous n’avons pas reçu beaucoup de gens et comme vous le constatez c’est vide». D’où la question de savoir, de nouveau, comment faire voter massivement les jeunes Marocains lors des élections de l’été prochain? Un vrai défi pour les partis politiques appelés désormais à présenter un programme de société viable. Chose qui a disparu sur notre échiquier politique depuis des décennies. D’où la grande interrogation également qui entoure déjà les prochaines communales. Une façon de dire que les temps ont beaucoup changé. Entre différentes positions, c’est toujours la question de savoir comment pouvoir intégrer les jeunes dans l’actuel processus politique. Le refus où les doutes exprimés à maintes reprises de participer aux prochaines consultations seraient-ils la conséquence de l’incapacité des formations politiques, ou autres parties concernées à mobiliser les jeunes? Décidément , au-delà de la question organisationnelle et des garanties nécessaires concernant la transparence et l’achat des voix des électeurs, une autre inquiétude plane sur ce scrutin: celle relative à la participation des jeunes Marocains aux consultations communales. Dans ce contexte, La Nouvelle Tribune a donné la parole aux jeunes pour savoir ce qu’ils pensent des prochaines communales et ce qu’ils attendent de ces élections. Participeront-ils, vont-ils s’abstenir ou tout bouderont-ils la partie? Autant de questions qui ont parfois des réponses surprenantes.
Faits
Hakima, 23 ans, retient bien la leçon: « Je ne me suis pas inscrite car je n’ai y pas pensé tout simplement. Sincèrement je regrette le fait d’avoir voté lors des législatives de septembre mais il faut dire aussi que je l’ai fait par crainte de me voir refuser une pièce administrative pour... non inscription sur les listes électorales!». « Je ne me suis pas encore inscrite car tout je n’ai aucune envie de voter pour qui que ce soit.Je suis certaine qu’avec ou sans ma voix, ce sont les mêmes têtes, avec le même esprit et la même démarche qu’on trouvera après les élections «, nous a dit Mahassine, 27 ans, étudiante à la faculté de médecine de Casablanca. Même constat chez Ilham, 23 ans, étudiante à la faculté des sciences juridiques et économiques de Mohammadia: « Pour le moment, je suis préoccupée par des choses personnelles plus importantes que ces élections. En plus, je pense que je ne suis pas encore tout à fait prête pour aller m’inscrire, voire même voter, je ne sais pas mais c’est comme ça. Peut-être que je me trompe mais c’est ma propre conviction «. Amine, 22 ans, ignore la raison pour laquelle il ne veut pas se présenter au bureau d’inscription: « Non, je ne suis pas inscrit. Pourquoi? je ne sais pas». Pour Khaled F, 28 ans, il semble que les élections au Maroc ne changent rien. « Je ne m’inscrirai pas car je ne voterai pas. En plus, ma situation financière ne m’encourage pas à penser aux élections ou à quoi ce soit en ces moments précis». Les jeunes de son quartier ( Sidi Othmane) ont presque la même remarque. Pour eux, à défaut de moyens, ils imaginent mal comment une personne, dans des conditions pareilles, soit motivée pour aller voter. Idriss M, 26 ans, étudiant n’a pas fait exception. Comme les autres, il ne s’est pas encore inscrit pour les mêmes raisons ou presque.
Ces avis exprimés révèlent, encore une fois, un refus sérieux de cet échantillonnage de la jeunesse marocaine ordinaire d’aller aux bureaux de vote. Les communales pointent à l’horizon. Participation ou non dans le processus électoral, l’incertitude se mêle au scepticisme quant au rôle et contribution des partis et ONG à caractère politique dans l’encadrement civique des jeunes Marocains. Véritable défi d’aujourd’hui et surtout de demain.
H.Z.
Ahmed Ghayet
Appel civique : Pas sans toi
« Je voudrais ici m’adresser, avec la prudence et la modestie indispensables dans ce genre d’exercice aux jeunes Marocain(e)s mais aussi à tous ceux et celles qui, jeunes de ce pays, n’ont pas senti et ne sentent pas ni l’utilité, ni le besoin, ni l’envie de s’inscrire sur les listes électorales, car c’est bien de cela qu’il s’agit : Pourquoi s’inscrire? pourquoi voter? Le sujet de cet «appel» est donc bel et bien: s’inscrire sur les listes électorales...S’inscrire sur les listes électorales fait partie d’un processus, l’aboutissement de celui-ci est de choisir ceux qui demain vont administrer votre vie au quotidien. Êtes-vous à ce point blasés, résignés, désabusés, qu’un tel enjeu vous désintéresse? Je suis convaincu du contraire: vous ne vous êtes pas détournés de la politique, c’est elle qui vous a négligés....J’entends vos propos lorsque vous dites ne plus croire en qui que ce soit, lorsque vous expliquez que vos aînés ont été échaudés...Mais il faut inverser la tendance, il faut débuter un nouveau cycle... Oui, me répondrez-vous, mais si s’inscrire veut dire s’engager à aller voter, alors que vous n’êtes convaincus par aucun candidat, ou est donc l’utilité?...Si, par contre, vous voulez interpeller ces candidat(e)s, exposer vos exigences, leur faire prendre des engagements, leur faire « signer un contrat moral» pour que les promesses se transforment en actions concrètes, alors un seul choix s’impose: s’inscrire. Oui Mourad, oui Sanae, oui Redouane...l’avenir, le tien, celui de ton pays t’attend ! Il ne sera pas sans toi !