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Les commerçants «vendent» l’Irak Réactions contre la guerre en Irak

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Depuis le déclenchement de la guerre contre l’Irak, les Marocains continuent de suivre avec attention le déroulement des événements dans ce pays. De la rue au café en passant par les salons de coiffure ou encore dans les taxis et les bus, toutes les conversations convergent vers ce qu’il est convenu d’appeler l’invasion du peuple irakien par la coalition américano-britannique. Les commerçants ne sont pas en reste. Tous les mots sont bons pour exprimer sa douleur, sa colère ou son indignation. Dans ce contexte, chez ces commerçants, surtout les cafetiers, les écrans de télé sont scrutés sans arrêt pour ne rater aucun moment de la guerre, surtout les séquences diffusées par les chaînes étrangères. Dans les cafés, on regarde avec avidité les chaînes de télévision qui transmettent les images des opérations militaires en Irak. Naturellement, les chaînes arabes sont les plus regardées, notamment, la Qatarie Al Jazira, devenue la plus appréciée des Marocains dans cette quête irrésistible de l’image de choc. Mais comme l’a si bien fait remarquer Haj Khalid, propriétaire d’un petit snack à la médina de Rabat, où il vient d’installer un poste téléviseur spécialement pour l’occasion, ses clients regardent beaucoup la chaîne qatarie. «Avant la guerre, les clients ne restaient même pas 10 minutes. Ils venaient juste prendre un sandwich. Maintenant, j’ai un problème d’espace, tous veulent voir des images avant de reprendre leur travail. Certains  restent pendant plus d’une heure à regarder les informations «. Non loin de là, au quartier Akkari, les commentaires vont bon train ce vendredi, jour de la grande prière. Certains sont violents, d’autres expriment une sorte d’impuissance alors que d’autres personnes s’en remettent à Dieu. Les plus révoltés crient vengeance. Cependant, il faut souligner que ces réactions ne sont pas concertées. C’est Mounir qui ouvre la bal. Derrière son étal, il guette l’arrivée des agents de l’ordre. Entre deux regards furtifs, il se décide à nous dire. «Ce qui se passe en Irak est la preuve irréfutable que nous autres, Arabes, nous devons nous organiser davantage et consolider nos liens. Car si nous étions unis, peut-être que les choses iraient autrement. Mais comment voulez-vous, pour quelques caisses de pommes et de bananes (NDLR : ce sont les produits proposés à la vente par notre interlocuteur), on ne nous laisse même pas en paix».

Sentiment d’impuissance

Pour lui, l’union commence d’abord par l’entraide nationale. À deux pas de lui, un homme d’une trentaine d’années renchérit : «Quand je vois toutes ces images d’enfants tués et de civils tombés sous les éclats des bombes, ça me choque. Mais je ne sais pas ce que je dois faire. Je suis terrifié par la souffrance de ce peuple». C’est chez Baâ Oussema que les termes sont chargés d’émotion. Avec sa voix tremblante, il marmonne les mots. «Mon fils, c’est le désespoir qui s’abat sur le monde. Comment les plus forts de l’univers peuvent-ils se permettre d’aller attaquer un pays déjà affaibli par 12 ans d’embargo ? C’est vraiment de la folie. Tous les pays de la sous-région doivent s’inquiéter car nul n’est désormais à l’abri du danger anglo- américain.» Deux de ses clients le regardent, apparemment d’accord sur ce qu’il dit. Le visage embué, notre interlocuteur reprend ses propos : «nous ne devons pas rester insensibles à ce qui se passe en Irak. La Oumma islamique doit se mobiliser pour venir en aide au peuple irakien. D’ailleurs, personne ne peut rester indifférent en voyant des enfants massacrés par des bombes. L’agression américano-britannique va coûter beaucoup en vies humaines pour une simple question d’intérêt». Il est vrai que la notion d’intérêt n’est pas la même selon que l’on est américain ou britannique. Mais le Général de Gaule peut bien être fier aujourd’hui dans sa tombe, lui qui a prévu un peu plus tôt les (in)capacités du «machin», cette institution représentant le monde qui ne semble plus avoir de crédibilité puisque, selon les observateurs, ses décisions  ne sont pas exécutées. Une situation qui fait révolter le jeune Driss, un diplômé chômeur reconverti en vendeur d’appareils électroniques d’occasion au marché Yacoub El Mansour.  Les États doivent faire preuve d’imagination et d’abnégation ou d’un ultime courage au sein de l’ONU et présenter une démission d’une façon collective (ou largement majoritaire) pour protester contre l’attitude de ces deux nations (États Unis et la Grande Bretagne) qui se considèrent comme les maîtres du monde». Pour notre bonhomme, rien ne justifie une telle «busherie» en Irak. Il ajoute enfin que Bush et Blair ne connaissent que le langage et l’usage de la force. Autrement dit, «Nous ne sommes pour le respect de la légalité et le respect des règles internationales que lorsqu’elles nous sont favorables!» Un autre commerçant, croisé dans une ruelle, ne cache pas son mécontentement du fait que personne n’est libre pour vivre en paix après ce qui se passe en Irak. Pour lui donc, ce n’est ni la liberté, ni la démocratie encore moins la paix que Bush et Blair promettent aux Arabes et aux musulmans. Pour cela, il demande aux deux Chefs de guerre de laisser le peuple irakien vivre tranquillement comme il l’entend. Enfin, pour Mme Hijjra, vendeuse de légumes, il faut agir vite pour sauver le peuple irakien. «Nous n’avons pas le droit de rester les bras croisés. Je serais ravie que l’on ferme les commerces pendant un jour en signe de soutien à ce pays qui n’a que trop souffert». C’est dire qu’aucune frange de la société n’est restée insensible aux événement malheureux qui se déroulent en Irak. À quand donc la fin de ce massacre ?

M.S.



 

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