Actualité | Economie | Entreprise | Finance | Grand Public | Lire, Voir, Entendre

Rechercher :
  
Edition


Administration
Articles » Actualité
"Sur la liste des dangereux subversifs à passer par les armes" La démocratie et le pluralisme en danger

Auteur :
Publier le : January 30, 2003

Il n’est pas dans l’habitude de La Nouvelle Tribune de publier le courrier des lecteurs qui lui est régulièrement adressé. Lettres de félicitations, de menaces ou d’injures sont courantes, ainsi que les e-mails. Cela fait partie du métier…
Mais cette fois-ci, les circonstances et le sujet méritent pleinement une exception. En effet, à la suite de la publication de l’article "La jeune démocratie marocaine est-elle en train de mourir ?", dans notre édition de la semaine passée, nous avons reçu nombre de témoignages de soutien et de solidarité. Ce phénomène, qui nous impressionne par son ampleur et sa spontanéité, nous comble, sinon d’aise, du moins de reconnaissance à l’endroit de nos lecteurs qui, nationaux ou étrangers, comprennent le sens de la démarche de La Nouvelle Tribune. Une démarche, d’ailleurs, que d’autres reprennent et suivent, pour le plus grand bien de la préservation des acquis démocratiques du peuple marocain et la sauvegarde de ses institutions.
Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’ergoter ou de biaiser. Des forces, qui agissent au grand jour et dans l’ombre à la fois, selon une "division du travail" parfaitement orchestrée, veulent mettre fin à l’expérience démocratique nationale. Elles veulent que l’on revienne sur l’ouverture et la tolérance et aspirent à faire de nos concitoyens les lamentables émules et adeptes d’une idéologie étrangère, importée et réactionnaire, le wahhabisme.
"Bâcher" les femmes et s’habiller à la mode de Peshawar ne leur suffit plus. Il faut aujourd’hui bâillonner le peuple marocain, l’empêcher de parler, de penser, et réduire au silence tous ceux qui pensent différemment. Déjà, on dénie à une partie de la jeunesse le droit d’appartenance à la communauté nationale, au nom de cette intolérance crasse et d’excommunication propre à tous les pleutres, à ceux qui craignent la différence, parce qu’ils ne savent pas l’affronter. Demain, on cherchera peut-être à bannir les démocrates, à les enfermer, à les faire taire définitivement au nom d’une vision qui, en réalité, réduit l’Homme à l’état de marionnette manipulée et la Femme à celle d’une ombre écrasée et soumise.
Le Maroc sera-t-il le prochain pays où l’on coupera les mains ?
Ce danger est aujourd’hui de mieux en mieux perçu et il faut croire en une salutaire réaction de la société marocaine qui répondra politiquement à ces menaces obscurantistes inspirées de l’étranger. Nul colonialisme n’a pu s’imposer durablement au peuple marocain. Portugais, Espagnols, Français, mais aussi Ottomans en savent quelque chose. Avis aux prochains !
Voici donc de larges extraits d’une lettre adressée par un lecteur qui, s’il n’est pas Marocain, n’en exprime pas moins les sentiments éprouvés par nombre de nos compatriotes.

FY

Étranger résident au Maroc, je viens de prendre connaissance avec le plus vif intérêt de votre dernier article “La jeune démocratie marocaine est-elle en train de mourir ?”, et j’ai ressenti un impérieux besoin de vous adresser mes modestes commentaires.
1. D’abord pour vous féliciter du choix courageux que vous faites : vous inscrire en premier, avec quelques trop rares autres, sur la liste des dangereux subversifs qui seront à passer prioritairement par les armes après l’avènement des obscurantistes … J’aimerais être sûr que cette hypothèse, qui peut paraître aujourd’hui parfaitement outrancière, ne se transforme pas demain en réalité.
2. Le Maroc manque cruellement de voix aussi fortes que la vôtre pour établir un contrepoids au mouvement de fond que certains découvrent à peine alors qu’il est initié depuis bien longtemps. Et pour réveiller des consciences par trop engourdies.
3. Tout est dit ou presque dans votre article dans la plus grande clarté, sans être jamais provocant.
4. Mais vous écrire simplement pour vous encenser ne serait pas très constructif. Aussi, je voudrais vous faire part des omissions, imprécisions ou approximations que j’ai pu relever :
Dans le laxisme général que vous avez justement souligné, le poids du temps perdu, si déterminant, n’est pas suffisamment mis en exergue. Car ce laxisme n’est pas nouveau de la part des milieux politiques non islamistes, et économiques. Pendant que ceux-là ne faisaient rien ou presque, les autres s’organisaient et travaillaient le peuple marocain au corps. Les résultats des législatives en attestent. Le PJD n’avait présenté des candidats que dans à peine plus de la moitié des circonscriptions. Il s’est retrouvé néanmoins à quasi-équivalence de représentants avec les deux autres plus gros partis. Ce qui revient à dire qu’il est en réalité depuis les législatives et sans doute depuis avant, dans l’électorat, le premier parti politique du Maroc. Et cette révélation, qu’on aurait dû ressentir comme un électrochoc, risque d’être largement confirmée aux prochaines élections locales.
Sans doute “le programme social des forces qui se réclament de l’intolérance est indigent”. Pour l’avenir, sans doute. Mais pour le passé et le présent immédiat, il en existe un de programme social, qui est venu se substituer à celui totalement déficient des gouvernements successifs. Car les islamistes, sur le terrain, sont bien “socialement” présents. Ils compensent financièrement les carences de l’État. J’en ai la preuve régulièrement dans mes activités professionnelles.
J’ai vu à plusieurs reprises des financiers barbus et austères venir payer pour des déshérités. Grâce à cette assistance financière aux multiples facettes, ils assoient une certaine notoriété et crédibilité face à un électorat potentiel qui leur a déjà montré sa reconnaissance. Face à cela, les complaisances du pouvoir politique et judiciaire, relativement aux grands escrocs, jettent encore davantage le peuple dans les bras “intègres” des islamistes.
Et quand l’assistance financière ne suffit pas, la terreur est utilisée. Je sais, par des membres du personnel de l’entreprise, les reproches, souvent violents et plein de menaces, qui sont faits à des femmes marocaines parce qu’elles ne portent pas le voile. Et le système “marche” ! Elles finissent par le porter.
Faut-il passer sous silence l’irresponsabilité des acteurs économiques et des chefs d’entreprise qui entretiennent, par des salaires de misères et des comportements archaïques, le désarroi d’une grande partie de la population, devenue plus perméables aux chants des sirènes ?
Et cette irresponsabilité de certains nantis qui ne se déplacent pas pour voter ? La circonscription d’Anfa, si mes souvenirs sont bons, aurait deux élus PJD. Non seulement on peut reprocher à ces électeurs un certain manque de sens civique, mais au surplus, par leur abstention, ils laissent le champ libre à un parti qui, lui, sait parfaitement mobiliser ses troupes.
Enfin, que faut-il penser du comportement d’une partie de la bourgeoisie économiquement agissante qui, pour des raisons obscures, n’hésite pas à soutenir intellectuellement certaines thèses islamistes, faisant ainsi preuve d’un incroyable aveuglement ?
En résumé, votre plus criante vérité exprimée dans votre article est sans doute bien celle qui consistait à dire : “L’islamisme politique n’a personne en face de lui, sauf peut-être quelques journalistes inconscients et quelques cinéastes courageux…“
Le moins bonne question posée pourrait être : “Ne sera-t-il pas trop tard quand d’aucuns s’aviseront de réagir ?”. Face à l’inconscience, voire à la complaisance et au laxisme ambiant, ne peut-on pas se demander “s’il n’est pas déjà trop tard ?”. Si oui, en tout cas, ce n’est manifestement pas de votre faute !
Dans cette lettre, je me suis peut-être mêlé de ce qui ne me regarde pas, en tant qu’étranger au Maroc. Mais je crois que votre attachement à la simple notion de liberté est trop fort, pour craindre que vous me reprochiez l’expression de mon soutien, fût elle maladroite.
Et encore BRAVO pour vos positions.

Un lecteur



 

Hebdomadaire marocain paraissant le jeudi - Directeur de la publication: Fahd Yata 320 BD Zerktouni, angle rue Bouardel - Casablanca - Maroc
Tel : +212 (0) 22 42 46 70 (7 lignes groupées) | Fax : +212 (0) 22 20 00 31
eMail :  
courrier@lanouvelletribune.com | www.lanouvelletribune.com