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La jeune démocratie marocaine est-elle

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Publier le : January 23, 2003

Comment appréhender, de surcroît, les remarques de plus en plus désabusées qui se propagent dans bien des milieux, excipant du manque de visibilité (encore et toujours !) pour justifier l’attentisme, la frilosité et la passivité des hommes d’affaires ?
Est-on seulement conscient en "haut lieu" que certaines manifestations de la percée islamiste agissent comme des repoussoirs très forts et des éléments inhibants qui découragent toute velléité d’investissements de la part d’opérateurs étrangers ?
Mesure-t-on, par exemple, la portée "stratégique" d’une éventuelle et nouvelle percée du PJD à l’occasion des prochaines élections locales en juin 2003 ?
Quelle serait, ainsi, l’image de marque du Maroc à l’extérieur si les amis de MM. Ramid et El Othmani étaient portés à la tête de municipalités importantes en plusieurs endroits du pays ?
Serait-il toujours concevable, par exemple, de songer à l’objectif de 10 millions de touristes en 2012 avec des équipes qui auraient comme programme la fermeture des bars et night-clubs ou l’interdiction de la baignade féminine publique en maillot (au profit du pyjama ou de la combinaison moulante parce que mouillée)… ?
Comment réagiront ceux qui se proposent, de l’extérieur, de participer à la relance économique par l’investissement productif lorsqu’ils liront que des parlementaires exigent la fermeture de centres culturels étrangers, avant, peut-être, de demander celle des institutions privées d’enseignement qui ne répondent pas à leurs critères, voire celle des missions étrangères ?
Nos chers compatriotes résidant en Europe reviendront-ils en masse au pays en été lorsqu’on leur proposera des occupations aussi "folichonnes" que celles qui se pratiquaient à Kaboul au temps du Mollah Omar ?

Démission collective

Aujourd’hui, un climat malsain est en train de s’installer au sein des "élites" dirigeantes, soient-elles politiques ou économiques. Un seul mot le définit, celui de démission. Car c’est bien de cela qu’il s’agit lorsqu’on entend de doctes intellectuels gloser sur le retour de la spiritualité ou l’attachement du peuple marocain à notre religion sacrée. En réalité, de telles questions ne se sont jamais posées car les sentiments religieux et la stricte pratique des pieux préceptes de l’Islam ont toujours été très forts dans notre pays qui respecte à la lettre les commandements du rite malékite sunnite.
Ce qui est en cause, en vérité, c’est l’application et l’influence d’une idéologie importée, soit-elle d’essence islamique, et qui nous vient des vastes étendues désertiques où le wahhabisme est né, a prospéré avant de manifester sa volonté d’expansion grâce à une manne pétrolière qui a fait la puissance financière de ces milieux ultra réactionnaires.  
Ce qui est en cause, également, c’est l’absence de réponse idéologique et politique à l’offensive grandissante des conservateurs et des passéistes. Ceux-ci, désormais, ne cachent plus ni leur volonté de pouvoir et leurs ambitions, ni même leurs sympathies et leur solidarité automatique envers les adeptes de la violence, au point où leur presse les présente systématiquement comme des victimes de la répression et leurs cohortes d’avocats se mobilisent pour assurer leur défense devant les tribunaux.
Ce qui est en cause, encore, c’est la croyance qu’il sera possible, un jour, de les combattre et de réduire leur puissance, une fois qu’ils seront parvenus à la réalisation de leurs objectifs, la prise du pouvoir, légalement, par la voie d’un vote démocratique accordé à des électeurs désabusés, déçus, frustrés dans leurs revendications et assommés par une propagande rendue encore plus persuasive par la faiblesse de leur conscience politique et leur statut social de déshérités !
Ce qui est en cause, en outre, c’est la perte de crédibilité de l’État et de ses divers appareils, du fait d’un laxisme réel dans la gestion de certains dossiers, le manque de profondeur et de connaissance de mécanismes sociaux et politiques, l’inexpérience et l’angélisme, mais aussi la pression médiatique de certains milieux mal intentionnés…
Ce qui est en cause, enfin, c’est l’intolérable comportement des formations politiques historiques, principalement occupées à régler leurs dissensions internes, combattre ou encourager les ambitions personnelles, lancer des campagnes de presse par torchons interposés contre tel ou tel de leurs dirigeants.
L’islamisme politique n’a personne en face de lui, sauf peut-être quelques journalistes inconscients et quelques cinéastes courageux…
N’est-il pas temps de voire s’organiser la riposte, la reconquête politique et idéologique de nos masses populaires, à la fois par le biais de la mobilisation des militants et des états-majors partisans et, également, la prise de décisions rapides et courageuses par un gouvernement qui, déjà, est accusé des mêmes maux que son prédécesseur ?
N’est-il pas, surtout, urgent, de réfléchir de façon stratégique à une démarche de "containment" envers les forces politiques qui veulent en réalité, revenir sur tous les acquis démocratiques arrachés de haute lutte par le peuple marocain depuis des décennies ?
Quel serait le gain pour la cause du pluralisme, de la liberté, de la tolérance si les adversaires de ces principes les utilisaient pour parvenir à la réalisation de leurs objectifs ?
Que gagnerait le Maroc à affirmer à la face du monde, à cette Europe que nous voulons séduire pour qu’elle se rapproche de nous, à ce marché américain où nos opérateurs veulent exporter, que la seule option voulue par notre peuple est celle du passéisme, de la réaction, du conservatisme, du refus de l’ouverture et de la modernité ?
Qui oserait prétendre qu’il existe vraiment des similitudes entre un Erdogan turc et un Ramid marocain ?
N’est-il pas nécessaire de montrer l’indigente vacuité des programmes économiques et sociaux des forces qui se réclament de l’intolérance ?
N’est-il pas temps de nettoyer en profondeur les grands canaux de communication qui, avec l’argent de l’État et donc du peuple, sont uniquement axés sur une programmation médiocre, une information débile, au point où les histoires de mœurs et les querelles intestines s’étalent au grand jour sur les colonnes de journaux qui fabriquent ainsi artificiellement compétences et réputations ? La nullité de nos télévisons n’est-elle pas la cause première de la conquête des esprits par des idées importées généreusement répandues grâce aux antennes paraboliques ?
La démission qui sévit est générale, ample et terriblement communicative. Elle avance comme une gangrène et s’étend de plus en plus rapidement. Ne sera-t-il pas trop tard quand d’aucuns s’aviseront de réagir ?
À peine éclose, la jeune démocratie marocaine est-elle en train de mourir ?


Fahd YATA



 

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